VIDEO. Coronavirus : Pourquoi les rapatriés de Wuhan sont-ils installés dans les Bouches-du-Rhône ?

EPIDEMIE Le département des Bouches-du-Rhône est pour l’heure le seul à accueillir l’ensemble des 300 ressortissants français et étrangers qui fuient l’épidémie de coronavirus en Chine

Mathilde Ceilles

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Des rapatriés français en partance pour Carry-le-Rouet où ils sont placés en quarantaine, en raison de l'épidémie de coronavirus
Des rapatriés français en partance pour Carry-le-Rouet où ils sont placés en quarantaine, en raison de l'épidémie de coronavirus — FREDERIC MUNSCH/SIPA
  • Près de 300 ressortissants français et étrangers originaires de la région de Wuhan ont fui l’épidémie de coronavirus en Chine.
  • Ces personnes ont été placées en quarantaine à Aix-en-Provence et Carry-le-Rouet, dans les Bouches-du-Rhône.
  • Le département comprend en effet des locaux vides importants, une base aérienne, mais aussi et surtout une structure de soins spécialisée dans les maladies infectieuses.

Pas moins de 300 personnes ont été placées en quarantaine en quelques jours, dans deux centres spécialement réquisitionnés dans le département. Les Bouches-du-Rhône semblent avoir été choisis par les autorités pour être le lieu de rapatriement et de surveillance des ressortissants français et étrangers qui ont fui la région de Wuhan, en Chine, en raison de l'épidémie de coronavirus qui touche le secteur.

Deux sites ont été aménagés pour ces ressortissants, l’un à Carry-le-Rouet, dans un centre de vacances, l’autre au sein de l’école nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers (Ensosps) à Aix-en-Provence. Et partout, chez les riverains, chez les Bucco-Rhodaniens, et sur les réseaux sociaux, revient cette sempiternelle question : mais pourquoi ici ? Pourquoi les Bouches-du-Rhône ? 20 Minutes fait le point.

Un centre de santé à la pointe

Selon plusieurs sources interrogées par 20 Minutes, l’un des points clés qui a retenu l’attention des autorités est la présence, à Marseille, d’un centre médical récent et à la pointe sur le traitement des maladies infectieuses et tropicales, unique en son genre non seulement en France, mais en Europe. Ouvert à la fin de l’année 2016, l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée emploie pas moins de 750 personnes spécialisées dans ces questions, et notamment aptes à réagir pour éviter toute contagion.

Le bâtiment de 27.000 m2 sur quatre niveaux, situé sur le site de la Timone, comprend des laboratoires de diagnostic et de recherche, mais aussi, et surtout, au troisième étage, « vingt-cinq lits répartis en trois modules qui peuvent être totalement isolés », selon un porte-parole de l’IHU. « Grâce à un système de pression négative, quand on ouvre une porte, l’air rentre mais ne sort pas, indique cette même source. Cela évite tout flux d’air. L’air, en revanche, est aspiré dans des conduits spécifiques pour être ensuite traité. » C’est donc vers ce centre que, à sa descente de l’avion ce dimanche, une personne présentant des symptômes de coronavirus a été transférée en urgence à l’IHU, et devrait quitter ce lundi dans la journée l’hôpital, selon un communiqué de la préfecture. Pour rappel, pour l’heure, aucune des personnes rapatriées n’a été contaminée par le coronavirus.

Des locaux vides, en grand nombre et à proximité

Au moment d’organiser le rapatriement de ces ressortissants français s’est d’abord posée la question de leur transport. Rapidement, le gouvernement a cherché à faire atterrir l'A380 militaire affrété pour l’occasion sur une de ses bases aériennes adaptées. Or, la base aérienne d’Istres répondait à ses critères.

Mais il fallait aussi, et surtout, trouver des structures adaptées pour placer ces ressortissants en quarantaine. Or, contrairement à ce qui a pu être pratiqué dans d’autres pays européens, l’Etat se refusait à loger dans des hôpitaux au motif, entre autres, qu’elles n’ont pas été diagnostiquées comme malades. « Il fallait des lieux vides à disposition, avec un grand nombre de chambres individuelles, et à proximité de l’hôpital, indique la préfecture des Bouches-du-Rhône. Ils ont donc pensé aux centres de vacances, beaucoup plus nombreux chez nous, et en ce moment vides. »

« Les Bouches-du-Rhône ont été choisis car ils constituaient un lieu idéal, abonde la direction générale de la Santé. Il constituait un carrefour qui répondait à un cahier des charges, avec des lieux vides et pouvant accueillir des familles à proximité d’un centre hospitalier. »

Une organisation déjà en place à Carry

La prise en charge de ces centaines de rapatriés a nécessité la mobilisation d’équipes réservistes de médecins, infirmiers et secouristes de la Croix-Rouge du département qui assurent leurs prises en charge. Une organisation importante à mettre en place, enclenchée lors de l’arrivée des premiers ressortissants à Carry-le-Rouet, et qu’il semble, pour des raisons pratiques, plus facile de reproduire dans des centres à proximité, comme l’est l’Ensops. « Dans ce genre de situations, il est plus simple de mettre des lieux de prise en charge à proximité, plutôt que de s’occuper de deux groupes opposés géographiquement en France », indique la direction générale de la Santé.

En effet, l’Ensops se situe à 38 kilomètres de l’IHU et à 35 kilomètres du centre de vacances de Carry-le-Rouet. L’école accueille pour l’heure 79 ressortissants, dont 19 Français, selon un communiqué de presse de la préfecture. Mais les locaux peuvent accueillir plus de 500 personnes, si bien que de nombreuses places demeurent vides à l’heure où ces lignes sont écrites.

Est-ce à dire que le nombre de rapatriés accueillis dans le département pourrait augmenter, avec, par exemple, des ressortissants français de Chine établis hors de la région de Wuhan ? « Pour l’instant, non, ce sont les consignes, mais, si elles évoluent, nous évoluerons avec, indique-t-on du côté de la direction générale de la Santé. Je ne peux pas confirmer ni infirmer que l’on appliquera cette procédure de quarantaine bientôt pour tous les ressortissants français de Chine. »