Coronavirus : « On ne sait pas encore quelle sera la diffusion de ce virus dans la population », explique un responsable de l’Institut Pasteur

INTERVIEW Pour l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, la France dispose des structures sanitaires nécessaires pour faire face à une possible épidémie de ce virus apparu fin décembre en Chine

Propos recueillis par Thibaut Chevillard

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Les Français arrivés de la ville de Wuhan en Chine sont placés en quarantaine.
Les Français arrivés de la ville de Wuhan en Chine sont placés en quarantaine. — CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
  • Le nombre de décès liés au coronavirus a dépassé la barre symbolique des 300 en Chine.
  • En France, seules six personnes sont infectées par le virus apparu en Chine fin décembre. Mais une vague d’inquiétude semble gagner la population qui se rue sur les masques de protection et inonde d'appels les équipes du SAMU.
  • Si « on ne sait pas encore quelle sera la véritable diffusion de ce virus dans la population », la France dispose des structures sanitaires nécessaires pour faire à une possible épidémie de ce virus, estime Arnaud Fontanet, directeur au département de Santé globale à l’Institut Pasteur et professeur au Cnam.

Un vent de panique souffle sur la France. Notre pays va-t-il être touché de plein fouet par le coronavirus, cette maladie venue de Chine et qui a causé, là-bas, la mort de plus de 300 personnes depuis la mi-décembre ? Alors que six personnes ont été infectées et hospitalisées, les Français s’inquiètent, se ruent sur les masques de protection et inondent d'appels les équipes du Samu pour leur poser toutes sortes de questions sur le virus.

Par ailleurs, des centaines de personnes revenues de Chine ont été placées en quarantaine à leur descente de l’avion, ravivant l’inquiétude des habitants des villages qui les accueillent. La peur de ce coronavirus est-elle vraiment justifiée ? Pour le savoir, 20 Minutes a interrogé l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, directeur au département de Santé globale à l’Institut Pasteur et professeur au Conservatoire nationale des Arts et Métiers (Cnam).

A-t-on raison d’avoir peur de ce Coronavirus ?

Il faut comprendre que nous sommes devant une situation inédite. C’est un nouveau virus qui arrive en population humaine. Il y a donc une part d’anxiété tout à fait légitime qui est associée avec. On peut se dire qu’il y a d’autres infections respiratoires qui sont dangereuses, comme la grippe. Il y a chaque année, en moyenne, 10.000 personnes qui meurent de la grippe en France. Mais cela ne nous émeut pas beaucoup plus que ça. Ce nouveau Coronavirus, aujourd’hui, ce sont six personnes infectées sur le sol français, et il n’y a toujours pas de décès. Mais on ne sait pas encore quelle sera la véritable diffusion de ce virus dans la population. On est juste en train de recueillir les premières informations.

On a vu qu’en Chine il y a une épidémie massive qui est contrôlée par des moyens extrêmement draconiens. Nous avons en France un système de surveillance qui est déjà opérationnel, des lits d’hospitalisation dédiés à ce type de patients et un suivi des contacts sur une période de deux semaines. Pour l’instant, toutes les personnes infectées rentraient de Chine, à l’exception de la sixième. Il s’agit d’un médecin qui avait examiné une personne infectée depuis rentrée d’Asie, mais il a été diagnostiqué rapidement après.

Quelle est votre principale inquiétude concernant ce virus ?

Ma crainte actuelle est la diffusion possible du virus dans des pays aux structures sanitaires plus fragiles et qui auraient des difficultés pour y faire face. Je pense, par exemple, à l’Inde où un premier cas a été diagnostiqué il y a trois jours, aux Philippines où un autre patient a été détecté il y a trois jours aussi avant de décéder. Il y a aussi l’Afrique subsaharienne où il y a beaucoup d’échanges avec le Chine ; si le virus arrivait, la réponse serait très difficile à mettre en place. Si d’autres foyers épidémiques s’installaient et devenaient actifs, cela compliquerait énormément notre capacité à contrôler à l’échelle mondiale cette épidémie. C’est le long terme qui nous dira qu’elle sera la sévérité réelle de ce virus.

Sait-on comment va évoluer l’épidémie au cours des prochaines semaines ?

C’est encore trop tôt pour le dire car les foyers peuvent se déplacer sur d’autres pays. En Chine, des données contradictoires circulent. Une modélisation plaçait le pic de l’épidémie fin avril. Ça me paraît un peu tardif. Par ailleurs, ce sont des virus saisonniers, il faudra donc voir l’impact que des températures plus clémentes pourront avoir.

On parle du Coronavirus, mais en réalité il en existe plusieurs….

Il existe déjà six coronavirus qui infectent les hommes. Quatre sont saisonniers, dont ceux qui donnent les rhumes. Il y a aussi eu le coronavirus du sras en 2003, celui du mers dans les pays du golfe qui circule depuis 2013 et qui se transmet par les dromadaires. Ce nouveau coronavirus, qui vient de la ville de Wuhan, est plus proche dans sa façon de se comporter du sras que du coronavirus saisonnier qui donne des rhumes. Il y a des pneumopathies sévères avec une mortalité pour les patients hospitalisés qui peut être élevée. Après, il y a peut-être des formes bénignes en communauté qui n’amènent pas des hospitalisations et qui feraient que sa mortalité serait plus faible que le sras. Mais pour l’instant, sur les formes hospitalisées, c’est un coronavirus qui peut tuer 10 à 15 % des personnes.

Qui sont les personnes les plus touchées par ce nouveau coronavirus ?

Pour l’instant, ce sont les adultes qui sont touchés. En particulier les personnes âgées de plus de 65 ans, qui sont susceptibles de faire des complications et de décéder, ou celles qui ont d’autres maladies associées comme le diabète ou de l’hypertension.

Des recherches sont-elles en cours pour trouver un vaccin ?

Oui. Il y a plusieurs vaccins dans le pipeline mais il faut savoir que cela prend du temps. Selon les estimations les plus optimistes, ce vaccin serait prêt d’ici un an.

Y a-t-il des gestes à adopter pour limiter la contagion ?

Pour l’instant, il faut rappeler que ce coronavirus circule de façon extrêmement limitée en France puisque l’on n’a détecté qu’une seule transmission sur le territoire. En revanche, les personnes qui reviendraient de Chine et qui, dans les 15 jours suivants, auraient des symptômes comme de la fièvre et des signes respiratoires, sont invitées à appeler immédiatement le 15, et à ne pas se rendre aux urgences ou chez leur médecin. En discutant avec le régulateur du Samu, elles verront s’il est nécessaire d’envisager une mise à l’isolement pour un test diagnostic spécifique.

Plusieurs centaines de personnes rentrées de Chine ont été mises en quarantaine. Cette mesure, selon vous, est-elle efficace ?

C’est une bonne mesure. Ils le sont durant 14 jours, c’est la durée maximale d’incubation de la maladie. S’ils étaient infectés dans cette période, nous le saurions.

Le virus peut-il muter ?

Il fait partie des virus à ARN qui mutent, il peut peut-être devenir plus transmissible. C’est une possibilité car il est en train de s’adapter à l’homme. Mais pour l’instant, il ne mute pas beaucoup.