Coronavirus et racisme antiasiatique : « J’étais tellement choquée de la violence des mots et de cette humiliation »

TEMOIGNAGES Sur Twitter, le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus répertorie les attaques que des personnes d’origine asiatique ont pu subir

Pierre Cloix

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Coronavirus et racisme anti-asiatique : «On a eu beaucoup de témoignages dans les transports en commun» — 20 Minutes
  • L’épidémie de coronavirus se répand depuis plusieurs semaines, et a touché la France il y a quelques jours.
  • Venu de Chine, le virus a amené avec lui son lot de préjugés.
  • Nos internautes nous ont fait part de leurs témoignages à ce sujet.

Coronavirus chinois, « Alerte jaune ». Ces mots, inscrits en une du Courrier Picard, n’ont pas manqué de faire réagir sur le Web, car jugés profondément racistes par un grand nombre d’internautes. Enormément partagé, ce titre ne semble être que la partie émergée de l’iceberg, si l’on n’en croit le mot-dièse #JeNeSuisPasUnVirus apparu sur les réseaux sociaux.

Les personnes d’origine (ou ayant des traits physiques) asiatiques ont subi une recrudescence d’attaques verbales et autres attitudes discriminatoires depuis le début de l’épidémie. Pour rendre compte du phénomène, nous avons demandé à nos internautes concernés de nous faire part de ce qu’ils ont vécu ces dernières semaines.

« Les Chinois, les Vietnamiens et les autres c’est tout pareil »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces remarques sont parfois d’une violence sans retenue. Manon en a fait les frais : « Je me suis fait interpeller par une personne qui est venue me dire "Les Chinois, les Vietnamiens et les autres c’est tout pareil, vous avez le coronavirus" : le racisme quotidien se retrouve exacerbé avec ce virus. », nous livre-t-elle. Des attaques gratuites, que Julia, elle aussi, a vécues. Seulement parce qu’elle est « typée asiatique » : « Je vais à la cafétéria du Crous pour prendre un goûter, un groupe d’étudiants s’aperçoit de ma présence et me dévisage… Un garçon dans ce groupe met son écharpe sur sa bouche, une fille s’étale sur son amie pour m’éviter et sort : "j’aime manger des nems mais je ne veux pas manger chinois ces derniers temps". Je n’ai pas réagi sur le coup non plus, j’étais tellement choquée de la violence des mots et de cette humiliation que je n’ai rien fait. »

La peur du masque ?

Des préjugés relevant de l’absurde qui ont poursuivi Cédric, interne en médecine, jusque sur son lieu de travail : « J’ai reçu un couple en hospitalisation et la dame, en me voyant arriver, l’air inquiet, recule et me demande sans aucun complexe de lui apporter un masque. J’ai 28 ans et ça fait… 28 ans que je suis en France… » Cinglant.

Le masque, justement, semble cristalliser les inquiétudes. Selon Sophie, une autre internaute, il y a « un malentendu culturel sur le port de masque : en Chine, les gens en bonne santé le porte pour la prévention ». Elle insiste d’ailleurs sur le fait qu’un malade atteint du coronavirus est contagieux avant d’en montrer les symptômes : « Ainsi un Francais qui voit un Asiatique avec un masque a peur, à cause de l’interprétation différente du port de masque. Il est donc essentiel de faire comprendre le message aux différentes communautés pour éviter ce genre de problèmes. » Pas certain, pourtant, que cela suffise à supprimer les amalgames dans la rue comme sur les réseaux sociaux.