Coronavirus : Les urgences sont-elles capables de faire face à une éventuelle épidémie en France ?

MALADIE Après l’annonce d’un quatrième cas en France mardi soir, une réunion des représentants des urgences avait lieu ce mercredi au ministère

Oihana Gabriel

— 

A l'Institut Pasteur, des chercheurs analysent le coronavirus le 28 janvier 2020 à Paris.
A l'Institut Pasteur, des chercheurs analysent le coronavirus le 28 janvier 2020 à Paris. — AFP
  • Un quatrième cas avéré de coronavirus a été annoncé en France mardi soir.
  • Des expatriés français revenant de Chine devraient arriver dans l’Hexagone entre jeudi et samedi.
  • Les urgences pourront-elles faire face à un afflux d’appels et de consultations si l’épidémie s’installe en France ? 20 Minutes fait le point.

Les chiffres enflent de l’autre côté du monde. Ce mercredi, les autorités sanitaires chinoises ont annoncé que le fameux « 2019-nCoV » avait fait 132 morts et que 5.974 cas de contamination étaient confirmés.

Alors que pour le moment, seulement quatre cas ont été répertoriés en France et que des expatriés vivant en Chine vont être rapatriés entre jeudi et samedi, les urgences s’organisent pour faire face à une éventuelle épidémie sur le sol français. Ou à une psychose collective…

Entre 25 et 30 % d’appels en plus

« Nous avons constaté une hausse de 25 % à 30 % d’appels au 15 en Ile-de-France ces derniers jours », explique Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société Française de Médecine d'Urgence (SFMU). Un afflux qui semble surtout francilien. Pierre Yves Gueugniaud, directeur du Samu de Lyon, ne partage pas ce constat. « Dimanche, nous avons même vu une baisse de 12 % des appels par rapport à l’année dernière, souligne-t-il. Entre lundi et mardi, on est entre + 2 et + 6 %, une hausse vraiment à la marge. En moyenne, nous recevons entre 10 et 20 appels liés au coronavirus. » Pas d’affolement de masse, donc.

Les urgentistes martèlent qu’ils sont organisés, formés et habitués à faire face à ce genre d’événement. « On a renforcé les personnels pour gérer cet afflux », précise la présidente de la SFMU. Mais le tri s’avère assez simple si l’on en croit ces médecins. « Ce sont des appels courts et la majorité sont classés en "cas exclus", poursuit la médecin. Mais pour les "cas possibles", on envoie une ambulance dédiée avec un personnel protégé (avec des surblouses, des masques FFP2…). Ces cas suspects sont envoyés dans les 36 centres référents spécialisés pour ces épidémies. Ce dispositif permet d’éviter une errance des patients et donc de limiter au maximum la pénétration de l’épidémie sur le territoire français. Car le moment est crucial. »

Des appels pertinents… d’autres moins

Les urgentistes sont unanimes : il n’y a pas de raison que la psychose s’installe puisque le protocole est rodé et médiatisé. « On a cette chance en France de pouvoir obtenir un avis médical 24h/24 tout en restant chez soi, rappelle la présidente du SFMU. Ce système fonctionne : il a fait ses preuves sur les trois autres épidémies : Ebola, SRAS et le Coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS‐CoV). »

Elle l’assure : pour le moment, les services d’urgence ne sont pas impactés par ce coronavirus. Tant que les Françaises et Français suivent les conseils des autorités de santé. « C’est une bonne nouvelle que les appels augmentent, puisque nous avons demandé aux personnes qui suspectent un coronavirus d’appeler le Samu et de ne surtout pas aller directement aux urgences ou dans des cabinets en ville. » En effet, prendre le métro pour aller dans une salle d’attente de son généraliste, c’est prendre le risque de contaminer des centaines de personnes. « Pour l’instant, les gens sont respectueux des consignes », confirme l’urgentiste lyonnais.

En revanche, tous les appels ne sont pas forcément pertinents… « Hier, un garagiste nous a appelés parce qu’il avait reçu un colis de Chine, il voulait savoir s’il pouvait ouvrir le paquet sans risque », témoigne Yves Gueugniaud. « Ce n’est pas la peine de nous appeler parce que vous avez mangé dans un restaurant chinois ou parce que vous avez croisé dans la rue des touristes asiatiques, complète Agnès Ricard-Hibon. Il y a des peurs irrationnelles, c’est normal. » A condition que ces inquiétudes inutiles ne noient pas les services d’urgences, qui pourraient alors passer à côté de patients sérieux. Un site internet fait par le ministère permet de se renseigner sans bloquer les lignes du Samu. Et les autorités de marteler qu’on ne peut attraper le coronavirus que par les postillons et les mains. Donc aucune chance d’être infecté si vous avez commandé du riz cantonais ou une télévision made in China…

Par ailleurs, le rapatriement des Français vivant en Chine ne devrait pas davantage encombrer les urgences. En effet, ceux qui ne présentent pas de symptômes seront regroupés dans un lieu et resteront sous surveillance médicale pendant quatorze jours, durée maximale estimée d’incubation de la maladie.

Des urgences beaucoup sollicitées

Mais si le ministère, comme les autorités sanitaires, ont tout intérêt à rassurer l’opinion publique, force est de constater que cette potentielle urgence sanitaire tombe plutôt mal. Si épidémie il y avait, et si le public ne respectait pas les consignes d’éviter les urgences, les soignants devraient gérer un afflux en plus de l’épidémie de grippe en pleine expansion, qui a fait 22 morts depuis novembre, selon les chiffres de Santé Publique France publiés ce mercredi. Chez SOS Médecin, les consultations sont en forte augmentation : +11,3 % la semaine dernière. De même, les passages aux urgences et les hospitalisations pour grippe ou syndrome grippal ont fortement augmenté.

« La grippe tue davantage que le coronavirus, insiste la présidente de la SFMU. Si les Français prenaient avec autant de cœur les consignes sur le coronavirus que pour la grippe, on arriverait peut-être à limiter le nombre de morts. Peut-être qu’il y aura des effets bénéfiques de ce coronavirus sur la prévention… »

A la grippe s’ajoutent les autres maux de l’hiver – gastro, bronchiolite… –, qui congestionnent les urgences. Le tout dans un climat où  les urgentistes se mobilisent depuis presque un an pour dénoncer leurs conditions de travail dégradées et dire leur épuisement. « La grippe est a priori sous contrôle, la gastro en fin de course. S’il se passe autre chose, techniquement, on est capable de faire face, rassure Pierre Yves Gueugniaud. Les personnels de santé ont démontré depuis des années que quelle que soit leur fatigue, leur morosité, ils savent se mobiliser en cas de catastrophe. »