Coronavirus : Vol direct, quarantaine, surveillance médicale… Comment vont être pris en charge les Français rapatriés de Wuhan ?

RISQUE S’ils le souhaitent, les Français installés à Wuhan pourront être rapatriés dans l’Hexagone dans les prochains jours, ont annoncé les autorités françaises

Anissa Boumediene

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Dès leur arrivée en France, les ressortissants français de Wuhan seront placés en quarantaine durant 14 jours afin d'éviter tout risque de propagation du coronavirus.
Dès leur arrivée en France, les ressortissants français de Wuhan seront placés en quarantaine durant 14 jours afin d'éviter tout risque de propagation du coronavirus. — ALAIN JOCARD / AFP
  • Les ressortissants français souhaitant quitter Wuhan (Chine) pourront être rapatriés dès le milieu de la semaine à Paris.
  • Dès leur arrivée, ils seront confinés dans un lieu pour l’heure indéterminé.
  • Ils y seront placés en quarantaine durant quatorze jours, sous la surveillance constante d’une équipe médicale, afin d’éviter tout risque de propagation du coronavirus.

Une épidémie de coronavirus qui progresse sur la planète. La population de Wuhan et de plusieurs grandes villes chinoises confinée. Et trois cas déclarés en France, où grandit la crainte d’une propagation qui échapperait au contrôle des autorités sanitaires. C’est dans ce contexte que sera organisé, en milieu de semaine, le rapatriement des Français installés à Wuhan désireux de quitter l’épicentre d’une épidémie qui n’a pas fini de livrer ses secrets. Le gouvernement a ainsi annoncé le retour des Français de Wuhan dès les prochains jours, alors que six cas suspects sont toujours à l’étude en France.

Comment les expatriés seront-ils accompagnés à leur arrivée sur le territoire ? Pourquoi vont-ils tous être placés en quarantaine ? Et quelle sera la marche à suivre si l’un d’eux s’avère être porteur du virus ?

Un rapatriement par vol direct

« En lien avec les ministères de l’Intérieur, de la Santé et des Armées, nous sommes en train de mettre en œuvre une opération de retour », a déclaré lundi le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, en précisant que cette évacuation aurait lieu « a priori au milieu de la semaine ». C’est le Premier ministre, Edouard Philippe, qui a « demandé d’organiser un rapatriement par voie aérienne directe vers la France avec l’accord des autorités chinoises » pour les Français présents dans la région de Wuhan, épicentre de l’épidémie et normalement soumise à une interdiction de circuler, a ajouté la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, après une réunion à Matignon.

« Les Français qui souhaitent quitter la ville seront rapatriés par vol direct au départ de Wuhan », indique à 20 Minutes la Direction générale de la santé (DGS). Parmi les quelque 800 Français présents dans la ville chinoise, ceux qui désirent quitter le foyer de l’épidémie sont invités à se faire connaître auprès du consulat général du secteur. « Nos équipes à Wuhan sont en train d’identifier nos compatriotes qui souhaitent revenir », a détaillé le chef de la diplomatie française. Une opération qui pourrait concerner « de quelques dizaines à quelques centaines » de personnes, a spécifié la ministre de la Santé. Ensuite, au moment du retour des expatriés vers la France et « tout au long de leur transfert, ils seront accompagnés par une équipe médicale dédiée, pour l’heure encore en cours de constitution », précise la DGS.

Une mise en « quatorzaine » pour éviter « toute propagation du virus sur le territoire »

A leur arrivée sur le sol français, les Français de Wuhan « seront dirigés vers un lieu d’accueil à définir, où ils seront confinés pour une quatorzaine », annonce la DGS. En clair, les rapatriés seront placés en quarantaine durant 14 jours. Pourquoi ce délai ? « C’est pour être sûr de couvrir toute la durée d’incubation du virus, répond à 20 Minutes le Pr Yazdan Yazdanpanah, chef du Service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Bichat, à Paris. Entre le moment où une personne est exposée au virus et le moment où elle développe des symptômes, il s’écoule en général environ sept jours, mais ce délai peut, dans de rares cas, être de onze à douze jours. En optant pour une mise en quarantaine de 14 jours, on est ici dans une mesure de précaution maximale qui permet d’éviter de passer à côté d’un cas qui se développerait assez tardivement. Ainsi, on peut être sûr que lorsque la quarantaine sera levée, les doutes le seront aussi ».

Durant leur quarantaine, les rapatriés seront placés sous la surveillance continue d’une équipe médicale qui contrôlera l’évolution de leur état de santé. « C’est capital, car l’urgence ici est de diagnostiquer les cas suspects et de les placer à l’isolement pour éviter toute propagation du virus sur le territoire, insiste le Pr Yazdanpanah. Fièvre, douleurs articulaires et musculaires, ainsi que signes respiratoires sévères – semblables à une pneumonie – sont les symptômes du coronavirus auxquels sera très attentif le personnel médical qui les accompagnera. Mais la maladie peut également se présenter sous la forme d’un simple rhume, voire sans symptôme, auquel cas cela signifie probablement que le patient est moins contagieux », tempère le spécialiste des maladies infectieuses. Pour l’heure, les conditions exactes de cette mise en quarantaine restent encore inconnues. Mais si elle se déroule sans encombre, elle devrait être levée à l’issue des 14 jours prévus.

Un protocole bien rodé

Et que se passera-t-il si, parmi les ressortissants rentrés de Wuhan, l’un d’eux développe les symptômes du coronavirus ? « Il sera exfiltré du lieu de confinement et transféré vers l’un des hôpitaux de référence, parmi lesquels figure notre service à l’hôpital Bichat, indique le Pr Yazdanpanah. Mais même dans ce cas, cela ne signifierait pas nécessairement qu’il s’agit du coronavirus chinois. Cela pourrait tout à fait n’être qu’une grippe classique. C’est pourquoi des tests diagnostic doivent être réalisés ». Ainsi, si un cas semble suspect, « des échantillons biologiques seront transmis au Centre National de référence des virus des infections respiratoires (CNR) – dont la grippe – à  l'Institut Pasteur, qui a mis au point un test de dépistage de ce coronavirus », poursuit le médecin infectiologue.

Alors que trois cas de coronavirus sont confirmés sur le territoire, le protocole établi pour leur prise en charge est bien rôdé. « Si le test confirme le diagnostic, le patient est hospitalisé dans une zone spécialement prévue à cet effet, où tout est mis en place pour contenir le virus et éviter toute contamination », rassure le Pr Yazdanpanah, dont le service accueille deux de ces trois personnes. « Ils ont bénéficié d’une très bonne prise en charge, informe-t-il, et pour l’heure, ils vont très bien ».