Coronavirus : « On a acheté des masques », « J’éviterai les marchés »… A Roissy, inquiétude et manque d’infos pour les passagers vers l’Asie

REPORTAGE Devant la progression du coronavirus en Chine, « 20 Minutes » est allé à la rencontre des voyageurs à l’aéroport Roissy-Charles De Gaulle

Romarik Le Dourneuf

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Le comptoir de la compagnie Air China, ce jeudi 23 janvier 2020.
Le comptoir de la compagnie Air China, ce jeudi 23 janvier 2020. — Romarik Le Dourneuf
  • Un nouveau coronavirus se développe à partir de la Chine, se transmettant d’humain à humain.
  • L’inquiétude est mondiale concernant sa propagation possible.
  • 20 Minutes est allé à Roissy à la rencontre des passagers en partance pour l’Asie, afin de connaître leur état d’esprit.

Le vol pour Chendgu ne part que dans deux heures ce jeudi matin, à l’aéroport Roissy-Charles De Gaulle. Mais Mei, une jeune Chinoise, refait sa valise nerveusement devant le comptoir de la compagnie Air China. « Je suis excitée à l’idée de revoir ma famille pour le nouvel an », semble-t-elle sourire derrière son masque blanc.

A-t-elle peur du coronavirus qui sévit actuellement en Chine ? Oui et non. Elle explique : « Je porte souvent (ce masque) à Paris à cause de la pollution, mais c’est vrai que je le garderai là-bas ».

Les voyageurs prennent leurs précautions…

Le virus, dont l’origine semble se trouver dans la ville de Wuhan, trotte dans la tête de tous ceux qui s’apprêtent à s’envoler vers la Chine. Quelques minutes plus tard, à la sortie de leur enregistrement sur le même vol, Wei et Rémi confirment : « On n'a pas plus d’infos que celles qu’on trouve dans les médias. Rien de la part de la compagnie aérienne, ni de l’Etat ». Après s’être renseigné auprès des proches de Wei, en Chine, le couple a pris ses propres précautions avant de partir : « Nous avons acheté des masques et nous ferons attention à la nourriture ».

Derrière eux, deux petites filles aux combinaisons roses et jaunes ne semblent pas affectées par la situation et s’amusent joyeusement au milieu de grandes valises. Leur père Kim, Franco-Chinois, les emmène fêter le nouvel an en famille : « Nous éviterons les lieux publics, nous avons acheté des masques et des gants. Et les filles ne sortiront pas de la maison », prévient-il. Sans perdre son sourire, Kim admet avoir très peur du virus.

A quelques mètres, ce sont les enregistrements pour le vol à destination de Pékin qui ont lieu. Sébastien, grand gaillard d’une vingtaine d’années, embrasse ses parents venus l’accompagner. Sans prendre à la légère les événements, il relativise : « Mon amie sur place me tient au courant et elle m’équipera. Et puis je suis allé sur le site du gouvernement (diplomatie.gouv.fr) et je vais suivre leurs indications ». Et comme récitant à ses parents, il ajoute : « Je ne mangerai pas de viande ou de poisson cru. Et j’éviterai les marchés aussi, pour ne pas croiser la foule et les animaux ».

…mais regrettent de ne pas être mieux informés

Tout le monde n’a pas eu le réflexe de Sébastien d’aller sur le site du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Et beaucoup regrettent de ne pas avoir davantage d’informations sur le virus et les manières de s’en protéger. Bao, emmitouflé dans son gros pull rouge siglé « China », explique : « Ici, c’est comme s’il ne se passait rien. Personne n’en parle ». A côté de lui, Christelle attend l’embarquement de sa fille pour la Thaïlande et abonde : « Je suis morte de trouille et quand je demande si des précautions sont prises pendant les vols et aux aéroports, on me répond que ce n’est pas nécessaire. On dirait qu’ils s’en fichent ».

Assise non loin, une jeune femme dit comprendre sa peur : « Déjà, on s’inquiète de ne pas vraiment savoir ce que c’est, alors ils pourraient au moins nous rassurer en montrant que des mesures sont prises. Genre… distribuer des masques ou des solutions hydro-alcooliques ». Interrogé sur la question, un agent de l’aéroport nous répond : « On ne sait pas grand-chose pour le moment, les gens s’inquiètent déjà, pas besoin d’en rajouter ». Une de ses collègues lâche doucement : « Mais nous aussi, on commence à s’inquiéter. On en parle pas mal entre nous… ».

Dehors, derrière les vitres qui font face aux comptoirs, Franck, chauffeur de taxi, fume une cigarette en tremblotant de froid. « C’est vrai qu’il n’y a rien à ce sujet. Pourtant, les gens en causent », raconte-t-il. Dans son costume noir, il poursuit : « Le pire, ce sont les Chinois qui arrivent et qui ne voient pas de contrôles à l’arrivée. Ils nous prennent pour des fous ! » Philosophe, il conclut en riant : « Soit on va tous mourir et ils n’osent pas nous le dire, soit ils n’en savent pas plus que nous ».

L’aéroport assure communiquer

Contactés par 20 Minutes, les représentants de l’aéroport se défendent. Dans un premier temps, ils assurent que la communication est très présente dans la zone internationale, à laquelle nous n’avons pas accès, sans préciser exactement comment elle se matérialise.

Puis la communication des aéroports de Paris, jointe par téléphone, explique qu’en dépit de la non-décision de l’Organisme mondial pour la Santé (OMS) de décréter une « urgence de santé publique de portée internationale », l’initiative a été prise d’informer les arrivants des pays concernés par des cas de coronavirus via des flyers distribués. Les voyageurs se voient rappelés les gestes de prévention, les symptômes à surveiller et le service médical d’urgence (SMU) est à leur disposition à tout moment pour les prendre en charge.