Virus en Chine : Que sait-on de cette mystérieuse pneumonie qui s'étend à l'Asie et aux Etats-Unis?

EPIDEMIE Plusieurs centaines de personnes ont été contaminées par ce virus, apparu en Chine au mois de décembre, et qui a déjà fait neuf morts

Anissa Boumediene

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De nombreux aéroports ont adopté des mesures de sécurité sanitaire spécifiques pour éviter une propagation mondiale de ce nouveau coronavirus apparu en Chine il y a quelques semaines.
De nombreux aéroports ont adopté des mesures de sécurité sanitaire spécifiques pour éviter une propagation mondiale de ce nouveau coronavirus apparu en Chine il y a quelques semaines. — AFP
  • Un nouveau virus, semblable à celui du SRAS, est apparu il y a quelques semaines en Chine, où plusieurs centaines de personnes l’ont contracté.
  • Ce coronavirus a pour l’heure causé la mort de neuf personnes.
  • Plusieurs cas ont été détectés au Japon, en Thaïlande, Corée du Sud et aux Etats-Unis, faisant craindre une propagation mondiale du virus.

Un bilan qui s’alourdit, et un virus qui semble échapper au contrôle des autorités. Apparue pour la toute première fois en décembre en Chine, la mystérieuse pneumonie a fait pour l’heure plus de 400 malades et provoqué la mort de 9 personnes. Et a dépassé les frontières de la Chine et de l'Asie, faisant planer le spectre d’une contagion mondiale, avec un premier cas possible à Seattle, aux Etats-Unis. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) se réunira ce mercredi pour déterminer s’il convient de déclarer une « urgence de santé publique de portée internationale ».

Quel est ce virus et comment se transmet-il ?

La souche qui sévit actuellement en Asie n’avait jamais été observée auparavant. Il s’agit d’un nouveau type de coronavirus, une famille comptant un grand nombre de virus allant du rhume au SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère). Ce nouveau virus, apparu mi-décembre en Chine, a pour épicentre la ville de Wuhan, une capitale régionale chinoise, et plus spécifiquement un marché de poissons et de fruits de mer, où il semblerait que d’autres types d’animaux vivants étaient vendus, et fermé depuis pour décontamination. Les premiers malades recensés sont des vendeurs qui travaillent sur ce marché, et qui ont probablement été contaminés par ces animaux. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que l’animal semble être « la source primaire la plus vraisemblable » de cette épidémie.

Si dans un premier temps, la piste de la contagion interhumaine n’a pas été privilégiée, ce lundi, Zhong Nanshan, un scientifique chinois de la Commission nationale de la santé, a déclaré que la transmission par contagion entre personnes était « avérée ». C’est la première fois qu’une telle affirmation a été faite publiquement. « Nous disposons aujourd’hui d’éléments permettant d’affirmer qu’une contamination entre homme est possible et s’est produite, indique à 20 Minutes le Pr Yazdan Yazdanpanah, chef du Service des maladies infectieuses et tropicales de l’Hôpital Bichat, à Paris. Ce virus est semblable à 80 % à celui du SRAS. Et selon l’âge et l’état de santé du patient contaminé, il peut causer différents symptômes, allant des signes d’un simple rhume à ceux d’une grippe, voire d’une pneumonie. Une personne fragile pourra développer une forme sévère de ce virus ».

Où ce nouveau coronavirus sévit-il ?

Mercredi, la Chine a annoncé que plus de 400 cas avaient été recensés, et neuf personnes décédées. Pour le moment intitulé « 2019-nCoV », ce nouveau coronavirus a dépassé les frontières de l’Empire du Milieu et contaminé plusieurs autres personnes au Japon, en Corée du Sud et en Thaïlande. Pour l’heure, 922 patients sont en observation dans les hôpitaux chinois, selon les chiffres communiqués par les autorités sanitaires.

Taïwan a annoncé mardi avoir enregistré un premier cas, une Taïwanaise en provenance de Wuhan. Cette femme, âgée d’une cinquantaine d’années, est arrivée en proie à de la fièvre, toussant et la gorge douloureuse à l’aéroport de la capitale, Taïpei, où elle a elle-même informé les agents des services de quarantaine de ces symptômes, a précisé le Centre pour le contrôle des maladies (CDC). Quelque 46 passagers et membres de l’équipage de l’avion dans lequel elle a voyagé devaient subir des examens.

Aux Philippines, les autorités cherchaient ce mardi à déterminer la pathologie dont souffre un enfant de 5 ans récemment arrivé de Chine, et qui pourrait être le premier cas avéré dans le pays. L’enfant est arrivé le 12 janvier en provenance de Wuhan, et est depuis hospitalisé avec des symptômes semblables à ceux de la grippe. S’il est avéré qu’il est atteint d’une maladie virale, les autorités ne savent pas s’il s’agit de ce nouveau coronavirus. « L’enfant est considéré comme un patient faisant l’objet d’investigations », a déclaré le ministre philippin de la Santé, Francisco Duque.

Comme les Etats-Unis le redoutaient, un premier passager en provenance de Wuhan a contracté le virus, ont annoncé les Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC) américains mardi. Il a été hospitalisé à Seattle.

Quelles mesures sont mises en place pour éviter une propagation mondiale de ce virus proche du SRAS ?

En 2003, on avait recensé 8.096 cas de SRAS, qui a fait 774 morts dans le monde, dont 349 en Chine continentale et 299 à Hong Kong, selon l’OMS. L’organisation internationale avait à l’époque vivement critiqué Pékin pour avoir tardé à donner l’alerte et tenté de dissimuler l’ampleur de l’épidémie. Toutefois, la gestion de ce type de virus a beaucoup évolué depuis l’épidémie de SRAS : « Nous avons tiré les enseignements de cette pandémie et sommes aujourd’hui beaucoup mieux organisés, rassure le Pr Yazdanpanah. Le plus important et urgent, face à ce type de situation, est d’être en capacité de détecter au plus tôt les personnes contaminées ». La Chine a déjà partagé avec la communauté scientifique internationale le séquençage génomique du nouveau coronavirus. « Depuis une dizaine de jours, nous savons donc identifier ce virus, ce qui est déterminant pour contrer sa propagation, poursuit l’infectiologue. Dès qu’un individu en provenance d’une zone où sévit le virus présente les symptômes respiratoires qui lui sont associés, il faut immédiatement le placer en quarantaine ». Ainsi, Pékin a annoncé mardi qu’il classait l’épidémie dans la même catégorie que le SRAS, et a décrété l’isolement obligatoire pour les personnes chez qui la maladie a été diagnostiquée.

« Il faut prendre cette situation très au sérieux, et s’assurer de la mise en place d’un système de détection efficace. A ce jour, nous ne disposons pas de traitement spécifique, ni de vaccin contre ce virus, indique le Pr Yazdanpanah. On peut simplement dispenser un traitement symptomatique, pour soulager les manifestations de la maladie ». Si les derniers bilans font état de centaines de personnes touchées, « en réalité, les chiffres pourraient être bien plus élevés, explique le Pr Yazdanpanah. D’autant que seuls les cas les plus sévères se présentent à l’hôpital. D’autres, chez qui le virus peut se manifester par des symptômes proches d’un simple rhume, ne feront pas le lien et n’auront pas la démarche de consulter un médecin. En outre, un travail de modélisation du virus, effectué par nos confrères anglais, table sur une estimation d’au moins 1.700 personnes contaminées à ce jour ».

Face à ce risque sanitaire mondial, de nombreux pays d’Asie ont renforcé mardi leurs contrôles. De Bangkok à Hong Kong, de Singapour à Sydney, les autorités procèdent à des contrôles systématiques à l’arrivée des vols en provenance des zones à risques. Au Vietnam, pays frontalier de la Chine, le ministère de la Santé a proclamé un « risque d’infection élevé » et ordonné des contrôles renforcés à sa frontière nord, intense lieu de passage entre les deux pays. Les autorités thaïlandaises, elles, ont mis en place des détections thermiques obligatoires dans les aéroports de Bangkok, Chiang Mai, Phuket et Krabi, pour les passagers en provenance des zones chinoises à risques. Dans un communiqué, le ministre thaïlandais de la Santé, Anutin Charnvirakul, a annoncé que ces passagers étaient contrôlés « sans exception », et placés sous observation en quarantaine pendant 24 heures s’ils présentent des signes de fièvre. Une vigilance d’autant plus importante à l’aube d’un chassé-croisé dans les transports à l’occasion du Nouvel an chinois ce samedi, qui fait craindre une accélération des contaminations.