Face au mystérieux virus apparu en Chine, « Il ne faut pas céder à la panique »

INTERVIEW Le virus apparu fin décembre en Chine a touché une soixantaine de personnes, et deux ont succombé à cette nouvelle maladie. Mais le virologue Vincent Enouf explique qu’il ne faut pas angoisser

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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L'épicentre de l'épidémie se situe sur un marché de Wuhan spécialisé dans la vente en gros de fruits de mer et de poissons, aujourd'hui fermé par les autorités chinoises pour décontamination.
L'épicentre de l'épidémie se situe sur un marché de Wuhan spécialisé dans la vente en gros de fruits de mer et de poissons, aujourd'hui fermé par les autorités chinoises pour décontamination. — NOEL CELIS / AFP
  • Une épidémie mystérieuse de pneumonie sévit en Chine, où 62 personnes ont été contaminées.
  • On recense également deux malades en Thaïlande et un au Japon. A ce jour, le virus a fait deux morts.
  • Cette épidémie de pneumonie est due à un coronavirus jamais observé auparavant, et se caractérise par des symptômes proches de ceux de la grippe.

Un mystérieux virus. Une ville avec des dizaines d’habitants contaminés. Et la peur que ce mal nouveau ne se propage dans le monde entier. Non, ceci n’est pas le pitch d’un film catastrophe, mais le phénomène qui est apparu il y a trois semaines en Chine et qui commence à toucher les pays voisins.

A ce jour, au moins 62 malades touchés par une forme inédite de pneumonie ont été recensés en Chine, ainsi que deux en Thaïlande et un au Japon. Et  deux personnes ont perdu la vie après avoir contracté ce virus inconnu jusqu’alors. D’où vient-il ? Faut-il craindre une contagion mondiale ? « Il ne faut pas céder à la panique », rassure Vincent Enouf, virologue et directeur adjoint du Centre national de référence de la grippe à l’Institut Pasteur.

Quel est ce virus ? Quels sont ses symptômes et avait-il déjà sévi auparavant ?

Selon les quelques éléments dont on dispose à ce jour, il semblerait que ce soit un nouveau virus, jamais observé jusque-là. Il appartient à la famille des coronavirus, et plus spécifiquement des béta coronavirus. Il est semblable un autre coronavirus de la même famille : le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), qui a sévi en Chine et à Hong Kong en 2003 et qui avait alors tué des centaines de victimes. A ce jour, il existe sept coronavirus : quatre appartiennent à la famille des virus à surveiller de manière saisonnière, qui provoquent les symptômes d’une grippe classique. On compte aussi  le MERS (middle east respiratory syndrome), un coronavirus apparu en Arabie saoudite en 2012, ainsi que le SRAS. Et enfin ce nouveau virus.

Cette nouvelle maladie, observée pour la première fois fin décembre en Chine, se caractérise par un syndrome respiratoire, comme une forme de pneumonie, avec des symptômes proches de la grippe. Il n’y a aujourd’hui pas de raison de céder à la panique, cela n’a rien à voir avec des virus complètement différents comme Ebola. Il peut ne pas être plus méchant qu’une simple grippe. Toutefois, comme cette dernière, ses effets seront plus sévères chez les personnes les plus fragiles, qui ont plus de 65 ans ou qui ont des comorbidités.

Comment ce virus se transmet-il ? Est-il contagieux et une propagation mondiale est-elle possible ?

L’épicentre de l’épidémie est situé dans la ville de Wuhan, en Chine, et plus spécifiquement sur un marché de poissons et de fruits de mer. Les autorités sanitaires chinoises ont établi que plusieurs patients touchés travaillent sur ce marché, où sont vendus des animaux vivants et morts : c’est là le point de départ. Par le passé, d’autres coronavirus ont contaminé des animaux sauvages – des oiseaux ou encore des chauves-souris – avant que la maladie ne soit transmise à l’homme. Là encore, les premiers malades ont probablement été infectés par des animaux morts atteints par ce coronavirus.

On parle ici d’un passage de l’animal à l’homme, il n’y a à ce stade aucun élément qui penche en faveur d’une transmission interhumaine, il n’y a pas de propagation dans la population. C’est un élément rassurant : ce virus n’est pas hautement contagieux comme pouvait l’être celui du SRAS.

Que va-t-il se passer ?

Puisque ce virus est a priori nouveau, il n’existe aucun traitement ni vaccin. Aujourd’hui, notre travail, au Centre national de référence de la grippe, est d’analyser les séquences du génome du virus qui ont été diffusées par les autorités chinoises. Ces données vont permettre de mettre au point un système de détection. La France est mobilisée et a activé ses réseaux de surveillance pour détecter le plus rapidement possible l’éventuelle présence du virus chez toute personne qui reviendrait du secteur géographique contaminé, et ainsi juguler tout risque de propagation.

C’est le même processus que nous avions mis en œuvre lorsque avait sévi le MERS, mais aussi le même que pour la traditionnelle grippe saisonnière.