« Sex Education », c’est pas juste une série, c’est aussi « un manuel pour parler de cul de manière décomplexée »

INTERVIEW A l’occasion de la sortie de la saison 2 de la série « Sex Education », est publié un petit manuel du même nom, signé Charlotte Abramow, pour se plonger dans l’éducation sexuelle en images et de manière décomplexée

Propos recueillis par Anissa Boumediene

— 

Grâce à ce "Petit manuel Sex Education", on (re)découvre notamment à quoi ressemble vraiment le clitoris.
Grâce à ce "Petit manuel Sex Education", on (re)découvre notamment à quoi ressemble vraiment le clitoris. — Charlotte Abramow
  • Ce vendredi, la saison 2 de Sex Education est arrivée sur Netflix.
  • A cette occasion, la plateforme publie Le petit manuel Sex Education, un ouvrage ludique et visuel imaginé par la photographe et réalisatrice belge Charlotte Abramow, qui a notamment réalisé le clip Balance ton quoi de la chanteuse Angèle.
  • Ce manuel, gratuit, peut être commandé en ligne.

Masturbation, taille, contraception ? Vous vous posez des questions sur le sexe ? Vous avez de la chance, il existe aujourd’hui « 64 pages pour parler de cul sans tabous et pour aborder les bases d’une sexualité plus épanouie ». La sortie, ce vendredi sur Netflix, de la saison 2 de Sex Education, s’accompagne de celle d’un ouvrage associé, Le petit manuel Sex Education, auquel Emma Mackey, aka Maeve, prête son visage.

Un livre à commander gratuitement en ligne et signé de la réalisatrice belge Charlotte Abramow, à qui l’on doit notamment le clip Balance ton quoi de sa compatriote Angèle, et qui veut « qu’on puisse parler de cul de manière décomplexée ».

Qu’est-ce qui vous a menée sur ce projet de « Petit manuel Sex Education » ?

C’est une histoire assez improbable ! J’étais à l’anniversaire d’une amie et l’une des invitées, qui collabore avec Netflix, m’a demandé si j’aimais certains de leurs programmes. J’en ai cité plusieurs, dont Sex Education. Elle m’a recontactée quelques jours plus tard :  Netflix me proposait de participer à la promotion pour la sortie de la saison 2 de « Sex Ed ». J’ai tout de suite eu l’idée de faire un outil papier qui reprendrait un peu les bases théoriques de la sexualité, sous la forme d’un petit manuel d’éducation sexuelle, et surtout pas un gros ouvrage scientifique exhaustif. Ça a été une démarche très spontanée !

En quoi ce manuel est-il la continuité de la série ?

La sortie de la saison 2 offre à nouveau l’opportunité d’amener le sujet de la sexualité sur le tapis en France. On voulait insuffler dans ce manuel l’âme et l’essence de la série, en évoquant la sexualité de manière décomplexée, pour déconstruire les tabous.

L’un des gros avantages de ce manuel, c’est son prix : il est gratuit. C’était important pour vous ?

Ah oui ! L’idée était de proposer un contenu accessible au plus de monde possible. C’est une initiative réservée à la France : on peut le commander en ligne gratuitement et sans frais de port. Et le contenu du manuel sera bientôt accessible en ligne, pour que tout le monde puisse s’en emparer.

Ce manuel s’adresse aux adolescents, une période où l’on s’interroge, où l’on a des complexes, des peurs… Comment aborde-t-on, pour un jeune public, les questions liées au sexe, au corps, au consentement, au genre ?

On s’est calqué sur le public et les personnages de la série : ce sont en partie des ados en fin de lycée, donc ce manuel est centré sur la découverte du sexe. Mais on s’est rendu compte, avec toute l’équipe qui a travaillé sur ce projet, que des adultes ayant une sexualité active depuis de nombreuses années se posent aussi des questions. On l’a élaboré de manière très naturelle, en adoptant un ton très direct, avec les mêmes termes que dans les discussions qu’on peut avoir entre potes, pour s’adresser aux gens comme on aurait aimé qu’on s’adresse à nous quand on avait 15 ou 17 ans. Sans être paternaliste ou moralisateur, ni faire un bouquin « scientifico-complicado ».

Avoir un ton décomplexé permet de décomplexer le fond du sujet, de faire passer le message que c’est normal et important de parler de sexualité. Sans ça, on passe à côté d’informations essentielles, on n’a pas de plaisir, on a des doutes ou des tabous, on ne se protège pas suffisamment. Alors que le porno est très facilement accessible et que la société est hypersexualisée, au final, les vraies questions autour du corps et des stéréotypes de genre – qui altèrent la sexualité – ne sont jamais abordées ni débattues. Heureusement, de plus en plus de podcasts, comptes Instagram et beaucoup d’autres initiatives libèrent la parole sur le sexe. Et ce manuel s’inscrit dans cette mouvance.

Ce manuel est divisé en douze épisodes. Le premier est consacré au consentement. Parce que c’est un préambule à une sexualité épanouie ?

Il nous semblait important de rappeler que la toute première chose à savoir pour faire du sexe, c’est qu’il faut que tout le monde soit d’accord ! Or, on ne l’a peut-être pas assez appris, et la conséquence de ça, c’est que beaucoup de personnes ne savent pas vraiment ce qu’est le consentement. Des viols sont commis sans même que leurs auteurs ou leurs victimes ne sachent qu'il s'agit bien d'un viol.

C’était primordial de poser cette base, juste avant d’aborder les identités de genre et les orientations sexuelles, parce que c’est important aussi de savoir qui on est avant de commencer à baiser. Le reste de la programmation s’est fait naturellement, avec des épisodes plus anatomiques, plus sociaux, et enfin plus sensuels, en abordant la découverte de soi, la masturbation.

En tant que photographe et réalisatrice, l’image est au cœur de votre travail. Et on retrouve cela dans ce manuel, riche en photos et illustrations. Qu’apportent ici les images ?

Avec ces dessins, l’idée était de montrer des sexes différents, plus réalistes, sans être cru, ni vulgaire. Quand on regarde un manuel – ou un porno –, les sexes se ressemblent tous, et nous voulions montrer la diversité et rassurer, tant avec les dessins qu’avec les photos. C’est pourquoi je n’en ai retouché aucune : parce que les poils, les vergetures, les boutons, ce sont des éléments normaux du corps, et les gommer ne feraient que créer, alimenter les complexes et les stéréotypes de genre et de corps normés. Or, à cause de ça, il y en a qui ont peur d’allumer la lumière pendant le sexe, alors que ce qui peut être considéré comme des imperfections, ce sont simplement des choses qui font partie de la vie, donc de la sexualité. Et au fond, on s’en fout !

Les photos sont une manière de prendre le contre-pied des manuels d’éducation sexuelle en France, qui laissent peu de place à l’image, à l’heure où elle est partout, où les jeunes ne communiquent qu’en images et en émojis sur les réseaux sociaux – Instagram, Snapchat ou TikTok. Et puisque l’influence de l’image est considérable, on a voulu en faire un outil qui interroge et ouvre le débat. Au final, c’est un sujet artistique qui parle d’éducation sexuelle.

On apprend, grâce à ce manuel, la signification de mots nouveaux, que l’on connaît peu ou pas, comme le dickclit. C’est quoi ?

C’est, chez les hommes trans qui entreprennent une transition, lorsque le clitoris grandit et grossit sous l’effet des traitements hormonaux. Il y a peu de temps encore, je ne savais pas tout ça, ni que le clitoris est un corps érectile comme le pénis. Cela fait partie des choses liées aux sexes et à la sexualité que l’on ne nous a jamais apprises, et il était important d’en parler parce que plein de jeunes se sentent mal dans leur corps, ne se reconnaissent pas dans leur genre. Des jeunes qui n’entrent pas dans les normes cisgenres hétéronormées vont être contents, en lisant ce manuel, de se sentir concernés et représentés, car il n’y a pas que les garçons et les filles, et les hétéros.

Les gens sont multiples, différents, et n’ont pas tous les mêmes besoins. C’est pour ça aussi qu’on voulait parler d’asexualité, et rappeler que le sexe, le plaisir et l'orgasme ne doivent pas devenir des injonctions : on a le droit de ne pas avoir envie, on doit entendre que certaines personnes sont asexuelles. C’est tout ça qui fait la liberté sexuelle.