Hôpitaux : Les parents alertent à leur tour sur la crise en réanimation pédiatrique

BEBES MALADES Un collectif de parents s’organise pour alerter sur la pénurie de moyens et de personnels dans les services de réanimation pédiatrique, qui sauvent des bébés

Oihana Gabriel

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Illustration d'un nouveau né hospitalisé.
Illustration d'un nouveau né hospitalisé. — Pixabay
  • Depuis le mois de mars 2019, des paramédicaux mènent une grève pour demander davantage de moyens.
  • Ces dernières semaines, certains soignants ont mis l’accent sur la situation particulièrement problématique en réanimation pédiatrique, qui prend en charge les cas les plus graves concernant les enfants.
  • Un collectif de parents s’est organisé depuis quelques jours pour alerter sur cette situation, laquelle risque de s’amplifier avec les diverses épidémies et les pénuries de lits et de personnels soignants.

Des mères et des pères interpellent Agnès Buzyn sur la situation critique en réanimation pédiatrique dans le pays. Face au manque de personnels, certains services sont en effet obligés de fermer des lits… ou même de fermer tout court, comme c’est le cas au Mans depuis lundi dernier. Une situation dénoncée par des médecins et des infirmières, notamment lors des manifestations de novembre et décembre, pour demander davantage de moyens pour l’hôpital public.

Mais après trois plans annoncés par la ministre de la Santé et le Premier ministre pour soulager l’hôpital, la colère continue de s’exprimer. Et pas seulement du côté des soignants. Un collectif de parents vient de se créer et a lancé une pétition, qui a recueilli 36.000 signatures en quelques jours.

Ils demandent une entrevue avec Agnès Buzyn

Dans un communiqué, cette centaine de parents, qui ont connu de près un service de réanimation pédiatrique, tire la sonnette d’alarme : « fin novembre, trois lits de réanimation pédiatrique ont été fermés au Kremlin-Bicêtre, quatre à Garches et neuf à Necker ». Et demande une entrevue avec la ministre, Agnès Buzyn.

« On aimerait lui faire part de nos expériences d’usagers, explique Pauline Lavaud, à l’origine de cette mobilisation. Je pense que notre regard de parent décale le prisme. On veut lui raconter qu’aller à Orléans parce que sa petite fille de six semaines est hospitalisée là-bas, quand on est Parisien et qu’on a un autre enfant à gérer, c’est tenable pour personne ! On veut savoir ce qui va être fait pour que ces situations ne s’installent pas. » Pour le moment, le ministère n’a pas répondu.

Des bébés hospitalisés déplacés

« Mon fils a été hospitalisé à sa naissance en 2018, il est resté neuf jours en réanimation à Trousseau, à Paris, confie Pauline Lavaud. Il est malheureusement décédé. On a vu des équipes qui ont tout fait pour sauver ce bébé, on leur en est reconnaissant. S’il avait dû être hospitalisé ailleurs, il serait mort tout de suite et je n’aurais pas pu le rencontrer. » Elle ajoute : « une mère m’a expliqué que son bébé était né fin 2019 dans un hôpital parisien avec une détresse respiratoire dans une maternité de niveau 1. Les soignants ont dû contacter onze hôpitaux pour trouver une place. On est quand même dans la capitale de la 6e puissance mondiale ! »

« C’est grâce au personnel soignant de la réanimation pédiatrique de Trousseau qu’on est rentré à quatre à la maison », raconte de son côté Julia Ealet, mère de jumeaux de 2 ans. En novembre 2017, elle a accouché de Joshua et Marlow avec trois mois d’avance. « Ils sont restés en réanimation pendant deux mois. On a fait face à un personnel totalement dévoué, ils s’occupaient de nos enfants de façon incroyable, mais aussi de nous, ils nous ont porté à bout de bras. »

Alors, quand elle a découvert par la presse les difficultés de ce service, elle a souhaité agir, à son échelle. « On ne peut pas dire qu’on ne savait pas. On a bien conscience que l’actualité sociale en France est lourde. Mais ces soignants, quand ils font grève, ils travaillent. Ils ne peuvent pas bloquer le pays. Ces infirmières sauvent des vies et elles s’essoufflent. » Le collectif espère donc se faire le porte-voix d’un malaise grandissant.

Un manque de lit en pleine épidémie

Alors que l’épidémie de bronchiolite se poursuit, avec 4.253 enfants de moins de 2 ans vus aux urgences durant la première semaine de janvier, et que la grippe et la gastro-entérite perdurent, le manque de lits et de soignants risque d’inquiéter plus d’un parent. « Je pense que les gens ne sont pas au courant. Même quand on ne connaît pas la réanimation pédiatrique, à partir du moment où on est parent, on veut être sûr que ces services fonctionnent. Personne n’est à l’abri d’une grippe qui dérape ou d’un accident. »

Or, selon ces parents en colère, la situation est de plus en plus critique : en 2018, trois enfants avaient dû être hospitalisés dans un autre service de réanimation en région parisienne par manque de place. D’octobre à mi-décembre 2019, ce sont 25 enfants, avancent-ils. « C’est en train de se pérenniser », prévient Pauline Lavaud.

Autre son de cloche du côté de l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France. Qui ne nie pas les difficultés. « 20 % des capacités de réanimation pédiatrique ont été fermées par manque de personnels (manque d’infirmières formées à la réa pédiatrique, notamment), ce qui a conduit depuis octobre à 25 transferts hors d’Ile-de-France pendant la phase aiguë de bronchiolite », confirme l’ARS. Mais « depuis mi-décembre, il n’y a plus de transferts. » Par ailleurs, l’Agence assure être mobilisée. « L’ARS a mis en place une réunion de suivi quotidienne avec l’AP-HP afin d’éviter les transferts. Certaines activités ont été déprogrammées, la prise en charge a été élargie à certaines unités de soins intensifs, le recours à l’intérim a été facilité », nous précise-t-on.

Une mission de l’IGAS qui se fait attendre

La pénurie avait aussi fait réagir le ministère. Qui avait annoncé, début décembre, le lancement d’une mission flash de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Le but : apporter « des préconisations de court et de moyen terme pour résorber les tensions et optimiser la couverture des besoins de la population pédiatrique de la région pour cette saison hivernale et les suivantes, précise le communiqué. A ce titre, la mission identifiera, le cas échéant, les moyens nécessaires pour garantir un accueil des patients pédiatriques franciliens au plus proche de chez eux ».

Les premières conclusions de cette mission étaient attendues pour la mi-décembre. Mais aucune trace, pour l’instant, de ces recommandations. « Je pense que cette annonce a été l’instrument pour faire taire la contestation, critique Pauline Lavaud. Le problème ne se limite ni à Paris, ni à des questions d’organisation. » Contactés, l’IGAS et le ministère de la Santé n’ont pas répondu à nos sollicitations à temps.