Homéopathie : Le débat est tranché, mais les poursuites disciplinaires continuent

MEDECINE Alors que depuis juillet, le ministère de la Santé a annoncé le déremboursement progressif des granules, certains médecins qui avaient critiqué l'homéopathie font toujours l'objet de poursuites

20 Minutes avec AFP

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Strasbourg le 30 mars 2016. Chez Boiron, entreprise française qui fabrique et distribue des préparations pharmaceutiques homéopathiques àIllkirch-Graffenstaden.
Strasbourg le 30 mars 2016. Chez Boiron, entreprise française qui fabrique et distribue des préparations pharmaceutiques homéopathiques àIllkirch-Graffenstaden. — G. Varela / 20 Minutes

Un sujet qui n'a pas fini de crisper parmi les médecins... Le sort de l'homéopathie  a déjà été tranché :  elle ne sera plus remboursée à partir de 2021.

Pourtant, les poursuites disciplinaires devant l’Ordre continuent pour certains des médecins à l’origine du débat, et dix d’entre eux ont comparu ce mardi à Paris.

Le déremboursement acté depuis juillet

« Nous sommes arrivés au bout d’un an et demi d’une procédure un peu bâillon, on espère que la justice ordinale saura fonctionner comme une justice impartiale », a déclaré l’un d’eux, le Dr Pierre de Brémond d’Ars, après l’audience. Les décisions ont été mises en délibéré et devraient être rendues dans un mois, a-t-il ajouté. Ces médecins font partie des 124 auteurs d’une tribune véhémente contre l'homéopathie et d'autres «médecines alternatives», parue en mars 2018. C’est sa publication dans le Figaro qui avait relancé le débat sur le déremboursement. Un débat clos le 9 juillet par une décision du ministère de la Santé : dès le 1er janvier, les petites granules aujourd’hui remboursées à 30 % ne le seront plus qu’à 15 %, puis plus du tout à partir de 2021.

Cette décision s’appuyait sur un avis accablant de la Haute autorité de santé (HAS), selon laquelle les produits homéopathiques n’avaient « pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier d’un remboursement ».

Avant même la décision finale, le Syndicat national des médecins homéopathes (SNMHF) avait poursuivi certains des signataires de la tribune devant le Conseil de l'Ordre des médecins. Il les accuse de « non-confraternité » et leur reproche les termes vifs employés dans le texte. Les plaintes visaient une soixantaine de médecins à travers la France.

Passe d’armes

Pour l’heure, une vingtaine de décisions de première instance ont été rendues, qui varient selon les régions où les plaintes ont été instruites : il y a eu huit avertissements, trois plaintes rejetées et une relaxe, selon le collectif Fakemed, qui rassemble les médecins anti-homéopathie. Mardi, c’était le tour de l’Île-de-France. Dix médecins étaient cités devant la Chambre disciplinaire de première instance (CDPI) du Conseil national de l’Ordre.

« Nous avons affaire à une atteinte délibérée à la confraternité », a plaidé devant la chambre l’un des représentants des homéopathes, le Dr Daniel Scimeca, en déplorant l’emploi du mot « charlatanisme » dans la tribune. « On ne peut pas tourner autour du pot : l’homéopathie est un charlatanisme, c’est fou que des médecins aient si peur de le dire (car) les ordres professionnels sont là », a répliqué l’avocat de certains des mis en cause, Me Jérémy Afane-Jacquart. « Cela ne veut pas dire que les médecins qui la pratiquent sont des charlatans », a-t-il nuancé.

« Arrêtez votre numéro de music-hall »

La passe d’armes avait commencé avant même l’audience, dans la salle d’attente. « L’homéopathie c’est du sucre (et) le sucre vous a glissé des mains », a lancé aux homéopathes l’un des médecins poursuivis, l’urgentiste Mathias Wargon. « Arrêtez votre numéro de music-hall », lui ont rétorqué les homéopathes. Outre ces poursuites disciplinaires, deux des laboratoires qui fabriquent des produits homéopathiques, les français Boiron et Lehning, ont déposé des recours auprès du Conseil d’Etat pour contester leur déremboursement.