Marseille: Une « première mondiale » à l’hôpital Nord pour réduire le stress des greffés du poumon

RESPIRER DE NOUVEAU Avec l'appui d'une start-up toulonnaise, l'hôpîtal Nord espère réduire l'anxieté des patients, essentielle dans la réussite de la transplantation

Caroline Delabroy

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La start-up C2Care a recréé l'environnement de réveil des greffés du poumon de l'hôpital Nord de Marseille.
La start-up C2Care a recréé l'environnement de réveil des greffés du poumon de l'hôpital Nord de Marseille. — C2Care
  • La start-up toulonnaise C2Care a développé avec l’hôpital Nord de Marseille une nouvelle technologie de réalité virtuelle pour préparer les futurs greffés du poumon.
  • L’expérimentation est présentée comme une première mondiale.
  • Elle pourrait réduire de 30 % l’anxiété des patients et ainsi les risques liés à un trop long passage en réanimation.

Quand ils arrivent dans le service pour une greffe du poumon, ces patients-là sont au bout de leur détresse respiratoire. Qu’ils soient jeunes, atteints de mucoviscidose, plus âgés, victimes de l’amiante ou du tabac, « on leur permet de respirer de nouveau, on leur redonne non seulement de l’espérance de vie mais aussi de la qualité de vie », rappelle le docteur François Maltese, psychologue dans le service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Nord de Marseille.

Mais pour qu’un patient délaisse enfin la bouteille à oxygène, il doit surmonter de lourdes suites opératoires. D’où l’idée de recourir à la réalité virtuelle, une « première mondiale » selon le médecin, qui attend un dernier feu vert de la Commission de protection des personnes pour débuter l’expérimentation auprès de patients en attente de greffe. En janvier au plus tard, table-t-il.

« L’enjeu, rappelle le Dr Maltese, est de faire sortir le patient le plus vite possible de la réanimation, où la durée moyenne de séjour varie de 15 jours à 3 semaines. Car plus vous restez longtemps, plus vous êtes exposés à des risques de complication et susceptibles de développer des infections. » Et le stress, l’anxiété, voire chez certains les troubles dépressifs, jouent alors un rôle déterminant, jusqu’à prolonger le passage en réanimation de plusieurs mois.

Habituer le patient à la salle de réanimation

« Il est difficile de se confronter à quelque chose qu’on ne connaît pas », insiste François Maltese, qui a fait appel à une start-up basée à Toulon pour développer une nouvelle méthodologie. Depuis 2015, C2Care travaille à mettre la réalité virtuelle au service de la santé. Ses logiciels sont utilisés par près de 600 professionnels de santé, pour le traitement des phobies, comme un vaccin qui désensibiliserait à la peur de prendre l’avion par exemple, ou pour la relaxation au moment d’un acte médical, dans un cabinet dentaire par exemple. Cette fois, il s’est agi de concevoir des séances de réalité virtuelle en amont de l’intervention chirurgicale, pour habituer le patient à l’environnement qu’il va connaître en se réveillant après sa greffe.

« C’est un concept d’hyper-immersion, avec une technologie qui nous est propre », explique Pierre Gadea, cofondateur de C2Care (« voir pour soigner », tout un message…). « On a travaillé sur un scanner qui nous permet à la fois d’avoir du réalisme, de pouvoir interagir et se déplacer comme dans un jeu vidéo, et d’avoir une vision 3D, c’est cela la grande nouveauté au niveau de la technologie », détaille-t-il. « Ils sont venus dans le service, dans nos box de réanimation, poursuit le Dr Maltese. Ce sont nos propres matériels qui figurent à l’image. »

Trois séances de 45 minutes

Le scénario a ensuite été construit pour que l’immersion soit « la plus progressive possible ». Avant la greffe, le patient se verra ainsi proposer trois séances (de 45 minutes minimum chacune). Casque sur la tête, il rencontrera le personnel soignant. Il visitera le bloc de réanimation, avec d’abord personne dans le lit. Puis il se retrouvera au moment du réveil, allongé et attaché. Les soins quotidiens, les visites médicales, les alarmes entrent ensuite en scène, jusqu’à la dernière séance où les imprévus sont abordés. « II faut parfois passer par une trachéotomie, cela permet de les préparer », explique le Dr Maltese.

Tout au long des séances, il garde la main sur le scénario, et peut varier le rythme et les situations selon les réactions du patient. « On espère aboutir ainsi à une diminution de 30 % de l’anxiété des patients en situation post-opératoire », affirme-t-il. Cette nouvelle approche va être testée auprès d’un groupe de 25 patients tirés au sort – l’hôpital Nord pratique près de 80 greffes du poumon chaque année. D’ici deux ans, ses effets devraient ainsi pouvoir être précisément mesurés. Déjà, au sein de l’hôpital Nord, d’autres services ont manifesté leur intérêt. « Si elle montre des effets positifs sur le stress, cette méthode peut-être extrapolée dans plein de domaines de la chirurgie programmée, et pourquoi pas aussi pour les grossesses à risque », projette déjà le Dr François Maltese, intarissable et passionné.