La césarienne sur demande, une « épidémie » dangereuse ?

MATERNITE L'Hôpital américain organisait ce vendredi un congrès sur la césarienne sur demande

Oihana Gabriel

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Illustration d'une femme enceinte.
Illustration d'une femme enceinte. — Pixabay
  • En octobre 2018, des gynécologues avaient alerté contre la hausse importante du nombre de césariennes sur demande maternelle dans le monde.
  • En France, il y aurait autour de 1% de ces césariennes sans indication médicale. 
  • A l'occasion d'un congrès organisé par l'Hôpital américain sur ce sujet, 20 Minutes a interrogé trois spécialistes ainsi que ses internautes pour mieux comprendre ce phénomène. 

Phobie des hôpitaux, peur de la douleur, d’un gros bébé pour un bassin étroit, souvenir d’un premier accouchement traumatisant… Nombreuses sont les raisons pour demander une césarienne. Il y a un an, certains gynécologues avaient cependant dénoncé ce qu’ils appelaient une « épidémie » de césariennes sur demande. Alors que l’Hôpital américain* organisait ce vendredi un congrès sur « La césarienne à la demande : limites et enjeux », 20 Minutes revient sur ce phénomène.

Une « épidémie », vraiment ?

Si aucun chiffre national n’est connu sur les césariennes sur demande, la Haute autorité de santé (HAS) avançait qu’environ 1 % des accouchements en France seraient réalisés par une césarienne sans indication médicale. « Il n’y a pas d’épidémie, mais après la vague #metoo, les femmes ont commencé à être écoutées », analyse Amina Yamgname, cheffe de service de la maternité de l'Hôpital américain. « La césarienne sur demande concerne un très petit nombre de patientes mais ouvre sur beaucoup de réflexions, complète Caroline Geyl, gynécologue dans cette même maternité. Notamment de comprendre que l’accouchement est une véritable expérience, parfois traumatique et qu’on a besoin d’écouter les femmes différemment. »

« Il y a eu une augmentation de la demande ces dernières années, mais de façon hétérogène. Globalement, on voit que certains hôpitaux limitent leur taux de césarienne à 10 % quand d’autres, avec la même démographie, atteignent 40 %, complète  Philippe Deruelle, obstétricien à Strasbourg et secrétaire général du Collège national des gynécologues-obstétriciens français (CNGOF), qui participait à ce congrès » Selon lui, ces demandes iraient plutôt en se stabilisant, et seraient amenées à diminuer : « Beaucoup de femmes qui ont déjà eu une césarienne souhaitent ensuite un accouchement par voie basse. Et on constate une demande importante d’accouchement physiologique ou  à la maison. »

Quelles raisons poussent les femmes à demander une césarienne ?

« Mon besoin de contrôle est tel que je ne fais pas confiance à mon propre corps pour mener à bien un accouchement par voie basse, explique Mylène, qui a répondu à notre appel. De plus, il faut reconnaître que les témoignages d’expériences traumatisantes vont dans mon sens : épisiotomie extrêmement douloureuse, accouchement long et pénible… Je suis consciente de l’impact physique de l’opération que la césarienne représente sauf que l’impact psychologique d’un accouchement par voie basse, même sur la vie de couple ensuite, me paraît bien pire qu’une cicatrice sur le ventre. »

Laura, 30 ans, enceinte de jumeaux et qui a préféré demander une césarienne : « je connais trois femmes qui ont accouché par voie basse et qui ont eu de graves complications, qui font qu’aujourd’hui leur bébé a des séquelles pour le restant de sa vie. » Mathilde, 33 ans, avait, elle, déjà vécu une césarienne pour son aîné et a donc demandé à son gynéco si elle en pouvait en programmer une pour sa seconde grossesse. « J’avais une peur bleue de l’accouchement. Du fait de ne pas connaître la douleur (…) et la date. Il fallait que je sache parce que mon mari était en formation loin de la maison et aussi pour que je puisse faire garder mon aîné. »

Un aspect pratique qui peut soulager les parents mais peut aussi arranger les soignants. En effet, une césarienne dure environ trois quarts d’heure alors qu’un accouchement peut prendre douze heures, vingt heures, davantage encore. Et quand un obstétricien s’engage à être celui qui accouchera sa patiente, avoir une date précise en avance s’avère utile… « Ce terme de "césarienne sur demande" tronque la réalité des choses, tranche Philippe Deruelle, du CNGOF. C’est plutôt la rencontre entre la demande de la femme et un gynéco complaisant. » 

Pourquoi un congrès sur cette question ?

« La demande existe et ce n’est pas en la niant qu’elle va disparaître, justifie Amina Yamgname. Comme pour l’avortement, mieux vaut proposer une césarienne sur demande dans de bonnes conditions. En faisant ce congrès, on veut donc alerter des collègues : que fait-on de ces femmes ? » « Notre hôpital est connu pour réaliser cette pratique depuis des années, mais elle n’était pas bordée, or elle est contraire aux recommandations de la HAS [qui préconise d'envoyer la patiente chez un collègue ou lui proposer un accompagnement personnalisé] », reconnaît-elle.

Après cinq ans de travail,l’hôpital propose donc un accompagnement spécifique, durant lequel les patientes peuvent rencontrer un pédopsychiatre, des sophrologues et des acupuncteurs, etc. En créant ce parcours et en proposant à trois reprises une information claire, dont un document à signer, l’Hôpital américain, qui fait dix fois plus de césarienne sur demande que les estimations nationales [entre septembre 2018 et novembre 2019, 18 césariennes sur demande y ont été réalisées, soit 7 % des césariennes], se met à l’abri d’éventuelles poursuites si jamais la césarienne tourne mal.

Quels sont les risques ?

En s’intéressant au Brésil, où un accouchement sur deux se fait par césarienne, Caroline Geyl a, elle, rencontré une jeune collègue qui réalise 120 césariennes par an… mais ne sait plus accoucher par voie basse. Même problème du côté des Etats-Unis, selon le CNGOF, certains gynécos américains viendraient en France se former à l’accouchement par voie basse pour les jumeaux.

Surtout, les patients doivent être informées des dangers pour elle comme son bébé. « Le nouveau-né aura davantage de risques de détresse respiratoire, car avec les contractions, le stress du travail pendant l’accouchement par voie basse va l’aider à s’adapter à la vie extra-utérine », résume Philippe Deruelle. Les conséquences peuvent aussi se ressentir tout au long de la vie. En effet, quand l’enfant n’est pas en contact avec le microbiote vaginal, il a davantage de risques de développer plus tard un diabète, des allergies, de devenir obèse ou asthmatique.

« Il y a davantage de risque d’hémorragie, d’infection, d’embolie et de thrombose avec cette opération chirurgicale qu’avec un accouchement par voie basse, liste encore Amina Yamgname. On augmente également les facteurs de risque pour les grossesses ultérieures d’anomalie du placenta qui peut s’insérer dans la cicatrice. » 

*L’hôpital américain est un hôpital à but non lucratif et non conventionné par la Sécurité sociale situé à Neuilly-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine.