Journée mondiale contre le sida : « Que doit-on faire si le préservatif craque ? »… On a assisté à une séance de sensibilisation au VIH avec des collégiens

REPORTAGE A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, ce dimanche, « 20 Minutes » a assisté à une séance de sensibilisation au collège Jacque Decour, à Paris

Delphine Bancaud

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Au collège Jacques Decour à Paris, une séance de sensibilisation aux IST et le VIH. Lancer le diaporama
Au collège Jacques Decour à Paris, une séance de sensibilisation aux IST et le VIH. — D.Bancaud/20minutes
  • Ce vendredi matin au collège Jacques Decour, à Paris, des élèves de 3e ont assisté à une séance de sensibilisation sur le VIH et les IST animée par une équipe médicale.
  • L’occasion de parler aussi de consentement, de contraception et de rapport à la sexualité.
  • Et de poser des questions que l’on n’aurait pas osées avec un prof de SVT !

Des verges en plastique et des préservatifs sur la table. Ce vendredi matin au collège Jacques Decour, à Paris, le matériel pédagogique n’est pas des plus classiques. Car les élèves de 3e reçoivent des invités un peu particuliers : quatre médecins, trois infirmièr(e) s, deux attachées de recherches cliniques du service des maladies infectieuses et tropicales, ainsi que deux sages-femmes du Planning Familial, venus aujourd’hui de l’hôpital Lariboisière et Saint-Louis.

A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, qui aura lieu ce dimanche, cette équipe médicale a décidé de sensibiliser les élèves via des séances d’une heure. « En 2018, environ 6.200 personnes ont découvert leur séropositivité, et on estime que 25.000 seraient séropositives sans le savoir en France. D’où l’importance d’informer les élèves sur cette thématique, d’autant qu’ils le sont bien moins que leurs parents au même âge », explique le docteur Rami, infectiologue à Lariboisière, qui pilote l’intervention de ce jour. « L’éducation à la sexualité ne rentre pas vraiment dans les programmes, et les discours sur la prévention portent davantage lorsqu’ils sont tenus par des intervenants extérieurs », ajoute Guillaume Thura, le principal du collège.

« Est-ce qu’il faut prendre la pilule avant ou après un rapport sexuel ? »

Les 25 élèves de la séance sont d’ailleurs très concentrés lorsqu’on leur passe des petits films sur les infections sexuellement transmissibles (IST), le VIH et la notion de consentement. « On ne veut pas leur parler uniquement de maladies, mais en profiter pour aborder des questions essentielles pour des ados qui s’apprêtent à démarrer une vie sexuelle, ou en ont déjà une », explique Agathe Rami. Les élèves doivent aussi répondre à un quiz sur le VIH. « Beaucoup ne savent pas que le sida est la phase la plus sévère de l’infection par le VIH. Ils pensent que les deux termes veulent dire la même chose », commente Maguy, attachée de recherche clinique.

Après la théorie, le dialogue. Pour libérer la parole sur ce sujet délicat, l’équipe médicale sépare les filles des garçons. Lola, sage-femme au Planning familial, exposent à un petit groupe d’adolescentes les différents moyens de contraception. Et c’est utile, à écouter certaines questions : « Est-ce qu’il faut prendre la pilule avant ou après un rapport sexuel ? », interroge une adolescente. « La pilule du lendemain, on peut la prendre dans quel délai ? On peut l’obtenir où ? », demande une autre. « Dans les 72 heures. Au planning ou en pharmacie, elle est délivrée de manière anonyme et gratuite pour les mineures », explique Lola. Dans la salle d’à côté, les garçons ont droit au même speech. L’occasion aussi pour les membres de Planning familial de tisser un lien avec les élèves, au cas où elles auraient besoin de leurs services : « Dans nos centres, vous aurez accès à la pilule, des préservatifs et vous pourrez nous poser toutes les questions que vous voulez », explique Clémence, une autre sage-femme.

« Est-ce qu’il faut que mon pénis soit décalotté avant que je mette le préservatif ? »

Puis vient l’atelier pour apprendre à mettre un préservatif. Dans le groupe de Jérémy Zeggagh, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis, les éclats de rire résonnent. Car les garçons en profitent pour parler de la taille de leur sexe. « Pourquoi les filles veulent toutes des sexes de 15 centimètres ? », interroge un élève. « C’est dans ta tête. Sais-tu que la profondeur du vagin est comprise entre 8 et 12 centimètres ? », lui rétorque le médecin. Car le but de la séance est aussi de déconstruire certaines idées reçues sur la sexualité. Jérémy Zeggagh en profite donc pour glisser quelques mots sur l’influence du porno : « Si vous reproduisez avec vos copines ce que vous voyez dans ces films, vous allez les faire fuir. Un rapport sexuel, c’est du fantasme, du désir, des caresses. Une femme, il faut toujours la respecter et lui demander de quoi elle a envie », insiste-t-il. Pas question d’utiliser un vocabulaire chaste, le médecin sait que pour être écouté des adolescents, il doit s’exprimer avec leurs mots. « A la fin du rapport, vous allez débander. Il ne faut pas rester dans le vagin de votre copine et il faut sortir tout de suite en tenant bien la capote », explique-t-il en bon pédagogue.

Du coup, les garçons se lâchent sur les questions : « Est-ce qu’il faut que mon pénis soit décalotté avant que je mette le préservatif ? », interroge l’un d’eux. « Et si je ne fais pas de nœud lorsque j’aurais enlevé ma capote, c’est grave ? » poursuit son camarade. Mais peu d’entre eux osent se servir dans le stock de préservatif. « Il faut toujours avoir des préservatifs sur soi. Si ce n’est pas pour vous, ça peut être pour un copain », insiste Jérémy Zeggagh.

« La prévention fait pleinement partie des missions d’un médecin »

Aux adolescentes aussi, le docteur Rami apprend à placer un préservatif sur une verge en plastique. « Il faut pincer le réservoir, le positionner et le dérouler », explique-t-elle. Mais les questions des filles se font plus rares et plus pudiques. Et certaines d’entre elles ont l’air gêné en saisissant le faux sexe. « Que doit-on faire si le préservatif craque ? », se lance l’une d’elles. « Il faut prendre la pilule du lendemain et s’il le faut, un traitement post-exposition accessible dans un centre de dépistage anonyme et gratuit ou aux urgences », explique Agathe Rami.

La sonnerie de la récréation retentit, mais les élèves ne sont pas pressés de partir. « Je savais déjà beaucoup de choses, mais c’est toujours bien de raviver ses connaissances », affirme une élève. « Moi, j’avais déjà appris à mettre un préservatif en cours de SVT l’an dernier », déclare un élève. « J’ai appris plein de trucs sur le VIH et les IST », indique une adolescente. Les enseignants de SVT qui ont assisté à la séance ont l’air aussi satisfaits : « C’est très complémentaire avec nos cours. L’équipe médicale est plus au fait que nous sur le traitement des IST et les élèves osent davantage poser des questions », relève Madame Basoin, professeur de SVT. « Pour nous aussi, ces séances sont très importantes. Car la prévention fait pleinement partie des missions d’un médecin », déclare Agathe Rami.