La politique du dépistage du VIH critiquée par une commission car « l’épidémie se poursuit »

PRÉVENTION « La situation actuelle est inacceptable alors que tous les outils (…) sont disponibles, qu’il s’agisse du dépistage (…) ou des traitements dans leurs différents usages préventifs », juge le Conseil national du sida (CNS)

20 Minutes avec agences

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Aides est une association qui lutte depuis les années 1980 contre le VIH/Sida.
Aides est une association qui lutte depuis les années 1980 contre le VIH/Sida. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Des « retards », des « faiblesses », « des résultats qui marquent un échec » : une commission indépendante chargée d’évaluer la politique française en matière de lutte contre le sida étrille les résultats en matière de dépistage et de prévention, alors que « l' épidémie se poursuit ». Dans un « avis » cinglant sur la politique du dépistage, publié ce mercredi, le Conseil national du sida (CNS) juge que « la situation actuelle est inacceptable alors que tous les outils permettant d’enrayer l’épidémie sont disponibles, qu’il s’agisse du dépistage du VIH ou des traitements dans leurs différents usages préventifs ».

« Une remobilisation forte s’impose sur le plan national pour dépasser les obstacles qui perdurent en matière d’accès au dépistage et aux outils innovants de prévention », estime cette instance conseillère des pouvoirs publics. « En dépit des efforts engagés, les indicateurs ne montrent pas de réduction de l’épidémie en France d’un niveau aussi important qu’à l’étranger, dans des villes et des pays comparables aux nôtres », grince cette organisation, qui déplore aussi des 'retards' du recueil de certaines données sur l’évolution de l’épidémie.

Le manque d’évolution marque « un échec »

Des « données récentes suggèrent l’amorce d’une inflexion », mais elle « reste à confirmer » et est, pour l’instant, « limitée », selon ce rapport. « Aucune évolution favorable » n’est observée dans certains groupes de populations clés comme dans certains territoires prioritaires, assène le CNS, qui estime que « ces résultats marquent un échec ».

L’épidémie se poursuit en France chez les hommes homosexuels, des femmes et hommes nés à l’étranger, en particulier en Afrique subsaharienne, qui pour beaucoup se contaminent en France, note le CNS. Il pointe un nombre « stable » des découvertes de séropositivité, autour de 6.400 par an, ainsi que la proportion (30 %) de ces découvertes « à un stade avancé ».

Simplifier l’accès aux tests

En 2016, en France, 24.000 personnes infectées ignoraient l’être, dont 52 % nés à l’étranger. Sur ce total, 9.000 étaient des homosexuels (soit 38 % des non diagnostiqués). « En tout état de cause, les objectifs (…) que la France s’était fixés d’ici à 2020 ne seront pas atteints », poursuit-il. En l’occurrence, il s’agit d’arriver à diagnostiquer 95 % des personnes infectées, de mettre sous traitement antirétroviral 95 % de ces personnes diagnostiquées séropositives et de traiter avec succès 95 % d’entre elles, pour empêcher la transmission du virus.

Le traitement préventif PrEP pris avant un rapport sexuel et celui donné après un rapport à risque non protégé sont d’autres moyens d’enrayer la circulation du VIH. Le Conseil avance des propositions notamment pour « mieux adapter le dépistage aux besoins des personnes les plus exposées ». Il suggère, entre autres, de faciliter l’accès aux différents outils de dépistage, et de « démédicaliser » l’offre quand c’est possible et justifié.

L’idée est de « simplifier » l’accès aux tests sanguins classiques, d’augmenter l’offre, trop peu développée, du test d’orientation rapide TROD proposé par des associations et de l’élargir aux pharmaciens et médecins généralistes. L’expérience « Labo sans ordo » à Paris et dans les Alpes-Maritimes, qui donne accès aux tests VIH dans les laboratoires de ville, sans ordonnance et sans frais, aux assurés sociaux et titulaires de l’AME, pourrait, si elle est concluante, être généralisée.