Des corps donnés à la science entassés dans un état épouvantable pendant des années à l’université Paris-Descartes

REVELATIONS Censés aider à la recherche, ces corps ont été laissés en état de décomposition, enchevêtré les uns aux autres, pendant des années, au Centre du don des corps à la science, qui a été fermé provisoirement ce mercredi

20 Minutes avec AFP
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Une morgue, ici à l'hôpital de l'AP-HP Bichat-Claude-Bernard. (illustration)
Une morgue, ici à l'hôpital de l'AP-HP Bichat-Claude-Bernard. (illustration) — PHILIPPE LOPEZ / AFP

Des cadavres par centaines, en état de putréfaction, complètement délaissés, dans des locaux indignes. C’est ce qu’on pouvait trouver, pendant des années, au centre de Paris, au 5e étage du centre de don du corps de l’université Paris-Descartes, haut lieu de la médecine en France. Les révélations du journal L’Express dans son édition de ce mercredi sont à peine croyables, tellement les descriptions sont précises.

L’hebdomadaire a choisi de ne pas publier les photos. Mais l’atmosphère irrespirable de ce lieu, et au moins jusqu’en 2018, semble bien retranscrite. Les photos datent de fin 2016, mais la situation durait depuis visiblement des années. Dans ce centre, situé dans le 6e arrondissement de la capitale, en plein quartier universitaire, on reçoit depuis les années 1950 des corps « donnés à la science ». Paris-Descartes a la particularité de proposer des corps « frais », pas passés au formol par exemple.

Des années de négligences

Seulement, l’article de L’Express décrit par le menu de graves négligences de la part des directions successives. Des négligences sur le plan éthique : des familles ont confié le corps de défunts ou défuntes pensant qu’ils seraient traités avec dignité. Des négligences sur le plan matériel : les locaux décris semblent friser l’insalubrité. Les signalements de différents professeurs passés par là ont mis bien du temps avant d’avoir des effets, en 2018.

Entre 2017 et 2018, en effet, des incinérations massives ont eu lieu. Sans, pourtant, que tous les problèmes soient réglés, vu la vétusté des locaux. Un exemple parmi d’autres : en juillet 2018, une vingtaine de pompiers sont contraints d’intervenir à cause d’une panne des réfrigérateurs dans ce fameux 5e étage, ajouté à une fuite de produits toxique qui a provoqué l’évacuation du bâtiment.

En réaction à ces révélations, la ministre de la Recherche a ordonné la fermeture administrative immédiate, a annoncé mercredi l’Université. Cette mesure s’accompagne d’une mission d’inspection afin « d’établir la réalité des faits » et « la marche à suivre » avant une réouverture, selon un communiqué de l’Université.