Maladies : Comment les applications et objets connectés peuvent aider les enfants à prendre leur traitement ?

SONDAGE Une étude OpinionWay pour Merck dévoile que les Français sont globalement convaincus de l’utilité des applications et objets connectés pour que les enfants suivent leur traitement

Oihana Gabriel

— 

Illustration d'un enfant sur un écran.
Illustration d'un enfant sur un écran. — Pixabay
  • Un sondage, que révèle ce vendredi 20 Minutes, indique que 67 % des Français trouvent la e-santé utile pour aider les enfants malades.
  • Mais seulement 7 % se sont vus conseiller une application ou un objet connecté par un médecin.
  • Quels peuvent être les intérêts et les limites des outils numériques pour ces enfants ? 20 Minutes fait le tour des enjeux.

Pourquoi ne pas confier le brossage des dents des enfants à un koala virtuel ? L’application Ben le koala prend le relais des parents épuisés de répéter 300 fois « Trois secondes, ça ne suffit pas, et n’avale pas le dentifrice ! » Et concernant des enfants atteints de maladies chroniques ? Mesurer sa glycémie, faire son aérosol, prendre un médicament ou limiter le chocolat chaque jour pour cause de diabète, d’asthme, de multiples allergies ou d’obésité est sans doute plus facile grâce à des compagnons numériques.

20 Minutes révèle ce vendredi, en exclusivité, un sondage sur la e-santé et les enfants, et s’interroge sur les apports et limites des applications et objets connectés pour leur santé.

68 % des Français pensent que le numérique aide les enfants

Selon ce sondage OpinionWay pour Merck*, 68 % des Français pensent que les enfants peuvent s’approprier plus rapidement des consignes sur leurs traitements grâce à des applications ou objets connectés. « Ce qu’on voit dans cette étude confirme ce qu’on savait : il existe une attente très forte des patients vis-à-vis du numérique, analyse Christine Balagué, chercheuse et professeure à l'Institut Mines Télécom Business School. Paradoxalement, on trouve assez peu d’applications santé dédiées à des pathologies chroniques, en particulier sur les jeunes patients. » Et ce alors qu’on a vu fleurir les applications touchant au bien-être : suivi de l’activité physique, mesure de la tension…

Certains outils numériques destinés aux enfants malades commencent pourtant à s’installer dans le paysage.  Une application gratuite, nommée Novi-Chek, s’adresse aux diabétiques, entre 13 et 25 ans, afin d’apprendre à s’injecter l’insuline, reconnaître les symptômes d’hypo et d’hyper-glycémie. Côté objets, les pompes à insuline connectées ou des robots-compagnons, tels  Meyko ou Joe, accompagnent les enfants atteints d'asthme et autres maladies chroniques.  Léo , lui, épaule ceux atteints de mucoviscidose.
 

Du ludique, moins de confrontations

Certains voient dans ces innovations un vrai avantage. D’abord, parce qu’un enfant avale bien mieux la pilule quand on parle de jeu. « D’une part, cela peut améliorer le dépistage des pathologies. Certaines applications permettent de faire sa propre courbe de croissance, par exemple, souligne Agnès Linglart, pédiatre à l’ hôpital Bicêtre (AP-HP). D’autre part, elles aident au suivi pour nous, médecins. Les consultations sont courtes, donc on n’a pas le temps de tout expliquer. Et entre deux rendez-vous, on n’a pas de données sur l’évolution de la maladie. »

« Les datas sont partagées facilement entre médecins, patient et parents, insiste Christine Balagué. Or, la santé d’un enfant se joue dans ce trio. Enfin, l’outil numérique peut jouer un rôle dans l’éducation pédagogique du jeune patient ». Et la pédiatre de confirmer que ces innovations aident les enfants à s’approprier leur maladie. « Ce sont eux qui entrent leurs données de vie réelle. Du coup, l’enfant devient l’interlocuteur, et cela l’aide à développer son autonomie et mieux connaître sa pathologie. » « Les effets des robots sur les enfants asthmatiques sont spectaculaires, confirme Marc Sapene, pneumologue et adepte d’outils numériques en santé. Grâce à l’aspect ludique et parce qu’ils enlèvent la confrontation avec les parents. En général, c’est "ta soupe est pas bonne, je ne prends pas ton médoc". Alors que là, l’enfant prend son traitement pour son petit robot. Ça soulage énormément les parents. » Ce qui pourrait améliorer l’observance thérapeutique (le réflexe de suivre les soins), sachant que seul un enfant asthmatique sur deux prend son traitement régulièrement…

Mais des limites…

Premier frein à ce développement, le manque d’information claire. Toujours selon ce sondage, seuls 7 % des Français affirment qu’un médecin traitant leur a déjà suggéré ou conseillé une application santé. « Au début, il y avait une résistance de la part des soignants, que je sens moins aujourd’hui, avance Marc Sapene. En revanche, ils ne sont ni informés, ni formés. Or, l’utilisation de ces outils s’installe sur le long terme, à condition que le médecin soit dans la boucle. » Une information claire qui manque aussi pour les parents. La HAS a publié un guide de bonnes pratiques à destination des créateurs d’outils numériques en santé, et devrait, d’ici à la fin 2019, produire son équivalent pour le grand public.

Par ailleurs, patients, soignants et parents peuvent avoir des craintes concernant la sécurité de ces données confidentielles. Où partent les informations médicales récoltées par une montre connectée ? Comment être sûr que le diabète de son enfant ne sera pas divulgué sur la Toile ? « Il faut se montrer vigilant, assure Christine Balagué. Mais en France, l’accès aux données de santé est protégé et limité. »

Côté pratique enfin, il reste des challenges à relever. « C’est rare qu’un soignant s’occupe d’une seule maladie rare, pointe Agnès Linglart. Et aller chercher des informations sur une multiplicité de plateformes, analyser quantité de données, cela prend du temps. Mais il y a une prise de conscience de la part des créateurs sur la nécessité de proposer des outils simples. »

Ces spécialistes font une différence entre applications et objets connectés. « La plupart des applis sont tournées vers les parents », précise Marc Sapene. Ce qui est logique, vu que les plus jeunes n’ont en général pas de smartphone avant l’entrée en 6e. « D’autre part, les applis ne sont utilisées en général que deux ou trois mois, le temps que la famille comprenne la maladie et prenne les bons réflexes. » Pour les objets connectés, dont certains ont été pensés pour les enfants, le problème est plutôt financier : ils sont onéreux et pas remboursés.

Quelle efficacité ?

Pour la chercheuse Christine Balagué, une application pédiatrique efficace doit nécessairement être pensée pour les enfants. « Il faut réfléchir à l’éducation thérapeutique des plus jeunes, à une interface ergonomique pour les enfants, mais utilisable aussi par leurs parents. »

Si, en théorie, ces applications ou objets connectés peuvent être utiles, très peu d’études scientifiques viennent confirmer cette impression. « Il faudrait mesurer les effets sur l’observance du traitement, en quoi cela change la relation entre le médecin et le patient, comment ce dernier vit sa pathologie… », liste Christine Balagué. Surtout, sur le long terme. C’est la HAS qui est chargée d’évaluer les dispositifs médicaux connectés. L’application Moovcare, pour le suivi du cancer du poumon, dont l’efficacité a été confirmée, est devenue un dispositif médical, donc remboursé par la Sécurité sociale. Mais selon nos informations, la HAS n’a reçu pour le moment aucune demande d’évaluation d’une application santé à destination des enfants.

* Sondage d’OpinionWay sur 1.067 Français, âgés de 30 à 55 ans, dont 524 parents, constitué selon la méthode des quotas.