Lyon : « C’est tout un hôpital qui était derrière ces enfants », les médecins qui ont séparé les sœurs siamoises racontent l’intervention

OPERATION Bissie et Eyenga, deux sœurs siamoises camerounaises de 1 an ont été séparées récemment par les équipes de l’Hôpital Femme Mère Enfant. Les médecins ont raconté ce vendredi cette intervention « magnifique », première à Lyon

Elisa Frisullo

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Bissie et Eyenga, soeurs siamoises, ont été séparées à Lyon en novembre 2019 — P. Breysse / HCL
  • Bissie et Eyenga, deux sœurs siamoises camerounaises de 1 an ont été séparées récemment par les équipes de l’Hôpital Femme Mère Enfant.
  • Les médecins ont raconté ce vendredi cette intervention « fabuleuse », première à Lyon, couronnée de succès.
  • Les jumelles vont "pour le mieux" selon les spécialistes. Mais l’une d’elle, atteinte d’une malformation au cœur, doit encore subir une opération.

« Quand elles ont été séparées, cela a été très émouvant. Il n’y a pas eu un mot dans le bloc. Je ne vous cache pas qu’il y a eu quelques larmes ». Dix jours après l’opération des deux petites sœurs siamoises camerounaises à Lyon, le chirurgien Pierre-Yves Mure et les nombreux spécialistes pédiatriques investis à ses côtés, ont raconté cette intervention « fabuleuse ». Une première à Lyon, réalisée à l'Hôpital Femme Mère Enfant (HFME) et couronnée de succès, qui a nécessité une adaptation constante des équipes médicales et une fine préparation de l’intervention de ces fillettes de 1 an, reliées par le foie.

« Lorsque Bissie et Eyenga sont arrivées à Lyon, on avait dans l’idée que la séparation était possible mais sans certitude », souligne Rémi Dubois, chirurgien à l’HFME. Les examens réalisés sur les enfants ont confirmé que chacune disposait de son propre foie, avec un système biliaire indépendant. Jusqu’à l’opération, reportée d’une semaine en raison d’un virus respiratoire contracté par les jumelles, les chirurgiens, anesthésistes, réanimateurs, infirmiers, techniciens, se sont investis pour préparer au mieux l’intervention. « C’est tout un hôpital qui était derrière ces enfants. Tout le monde a poussé pour que le bilan pré opératoire, les soins pré et post opératoires et la chirurgie se passent dans le calme et la sérénité », souligne Pierre-Yves Mure.

« Elles vont pour le mieux »

« Tous les siamois sont des cas particuliers. Il a fallu nous adapter. Mais quand on est arrivé à la chirurgie, beaucoup de choses avaient été préparées, anticipées, techniquement tout était prêt. Ce qui fait que cela s’est très bien passé », ajoute Sylvie Combet, anesthésiste. Une fois la séparation réalisée, les fillettes ont été transférées en réanimation.

Placées dans un lit unique, elles ont repris leur position initiale à leur réveil et se sont collées l’une à l’autre. « Elles avaient besoin de retrouver leur enveloppe corporelle qui a été chamboulée par l’intervention », analyse Hugues Desombre, le pédopsychiatre qui suit Bissé, Eyenga et leur jeune maman, « très attentive et soutenante » avec ses petites. « Aujourd’hui, elles vont pour le mieux, complète-t-il. Mais nous restons vigilants car le chemin est encore long ».

Les jumelles, qui parviennent aujourd’hui à être séparées quelques instants sans que cela ne génère de panique chez l’une d’elles, vont encore devoir traverser des épreuves. « Après la séparation physique, elles vont devoir gérer leur séparation psychique et leur lien avec leur maman », souligne le pédopsychiatre. Bissie, la moins développée et la plus petite des jumelles, souffre d’une cardiopathie assez sévère, une malformation cardiaque décelée à son arrivée à Lyon. Des examens complémentaires doivent être réalisés la semaine prochaine.

« Il y a 90 % de chance pour cette malformation puisse être opérée », précise Pierre-Yves Mure. Si tel est le cas, Bissie pourrait être opérée au cours des deux prochaines semaines à Lyon. « Je ne peux évidemment pas assurer que tout se passera comme prévu. Mais je peux assurer qu’elle bénéficiera des meilleurs soins. Notre souhait est qu’elle rentre au Cameroun, guérie, avec sa sœur et sa maman, avant la fin de l’année », précise le spécialiste.