Prison : Santé mentale, manque de médecins… L’OMS s’alarme de la santé des détenus en Europe

MEDICAL Le manque de soignants est l'un des aspects du problème : la France compte 49,9 soignants, dont 3,4 médecins, pour 1.000 prisonniers

20 Minutes avec AFP

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La prison de Neuvic en Corrèze (image d'illustration)
La prison de Neuvic en Corrèze (image d'illustration) — GEORGES GOBET / AFP

Un accès aux soins difficile, trop peu de médecins et de dépistages de pathologies dans les prisons françaises. C’est le constat dressé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui alerte ce jeudi sur la santé des détenus européens, dans un rapport inédit.

Après avoir étudié la population carcérale dans 39 des 53 pays de sa zone, le bureau de l’OMS pour l’Europe recommande à ses membres d’établir un état des lieux de la santé de leurs détenus. Tests de dépistage de la tuberculose, de santé mentale et d’addictions – ainsi que, sur la base du volontariat, des maladies sexuellement transmissibles et des hépatites devraient ainsi être menés, conseille l’OMS. « Comme les détenus continuent de souffrir de manière disproportionnée de pathologies non diagnostiquées et non traitées, cela va s’ajouter au fardeau des organismes de santé publique après leur sortie », prévient l’organe onusien.

La santé mentale cruciale

Le rapport pointe un manque criant de personnel de soins dans certains pays. La France compte 49,9 soignants, dont 3,4 médecins, pour 1.000 prisonniers. C’est mieux que la moyenne de la région pour les soignants (31,7 pour 1.000) mais largement moins bien pour les médecins (10,3 pour 1.000). En Russie, il y a 32,1 soignants, dont 11,5 médecins pour 1.000 détenus. Le Portugal compte 8,6 soignants, dont un médecin pour 1.000.

La santé mentale des détenus est cruciale. 14 % des décès pendant la détention sont liés à un suicide. En outre, le « taux de mortalité des personnes sortant de prison excède ceux des populations civiles, principalement dans le mois suivant leur remise en liberté » majoritairement de causes prévisibles telles les suicides ou les overdoses, note le rapport.

Des prisons surpeuplées

Dans certains pays d’Europe de l’Est, il est deux fois supérieur aux taux enregistrés en Europe de l’Ouest – allant jusqu’à 500 morts pour 100.000 anciens détenus. D’après l’OMS, la moyenne mondiale est 10,5 pour 100.000 habitants. L’accès à la santé buccale est inégal à travers les prisons européennes. Si chaque établissement pénitentiaire français propose des soins dentaires, aucun dentiste n’est rattaché aux prisons géorgiennes et il y a un dentiste pour l’ensemble de la population carcérale bosnienne, d’après le rapport de l’OMS.

La surpopulation carcérale est également vecteur de mauvaise santé. Si le nombre de détenus a reculé sensiblement en Europe entre 2016 et 2018, huit pays, dont la France, affichent toujours de « graves problèmes de surpopulation » carcérale, avait estimé en avril une étude du Conseil de l’Europe.

Avec un taux de 116 détenus pour 100 places, la France, qui enregistre le plus haut taux de suicide (12,6 pour 10.000 prisonniers), figure à la troisième place, derrière la Roumanie (120) et la Macédoine du Nord (122). Le taux médian européen est de 91 détenus pour 100 places.