Journée mondiale des toilettes : Quels risques y a-t-il à se retenir trop souvent d’uriner ?

PIPIIIIIII Retenir trop longtemps une envie pressante n’est pas sans risque sur la santé

Anissa Boumediene

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Se retenir fréquemment d'uriner est une mauvaise habitude qui n'est pas sans risque pour la santé.
Se retenir fréquemment d'uriner est une mauvaise habitude qui n'est pas sans risque pour la santé. — Kerplode / Pixabay
  • Faute de temps ou de toilettes à proximité, tout le monde a déjà retenu une envie pressante au moins une fois dans sa vie. Mais il serait bon de ne pas en faire une habitude.
  • A l’occasion ce mardi de la Journée mondiale des toilettes, 20 Minutes relève la lunette et se penche sur les risques de se retenir trop longtemps d’uriner.
  • Infections et incontinence urinaire pourraient être au rendez-vous lorsqu’on se retient trop souvent et trop longtemps.

Avoir une envie pressante que l’on ne peut soulager, faute de pouvoir prendre une pause, ou d’avoir des toilettes (propres) à proximité. Tout le monde a vécu ça au moins une fois dans sa vie. Mais se retenir d’uriner fréquemment ne doit pas devenir une (mauvaise) habitude, car cette tendance n’est pas sans risque pour la santé. A l’occasion, ce mardi, de la Journée mondiale des toilettes, 20 Minutes vous avertit des dangers de se retenir de faire pipi.

Pas de pause pipi pour les travailleurs et les travailleuses

Travail en extérieur, sur une chaîne de production ou encore dans un commerce : en pratique, on n’a pas toujours la possibilité de faire une pause pipi dès que le besoin s’en fait sentir. Alors qu’un employé de Toyota a été licencié pour s'être rendu aux toilettes, de nombreux employés n’ont pas la liberté de prendre deux minutes quand leur vessie se rappelle à eux. Et parfois, c’est le dégoût d’utiliser des toilettes sales qui poussent les plus délicats à bouder le petit coin de leur entreprise.

Sauf qu’en pratique, la vessie a une contenance maximale d’un peu plus de 400 millilitres. Et lorsqu’elle est pleine, elle envoie un message au cerveau pour lui indiquer que l’heure de la vidange est venue. Ainsi, le corps humain a besoin de se soulager au moins cinq fois par jour, et, après 50 ans, au moins une fois par nuit aussi.

Gare aux infections urinaires chez les femmes

A chaque vidange, on évacue entre 300 et 500 millilitres d’urine, soit près de 2 litres par jour, selon les boissons et les aliments composés d’eau que l’on ingère. Et si elle est principalement composée d’eau, l’urine​ contient d’autres substances que les reins ont filtrées et qu’il ne fait pas bon retenir trop longtemps. « La miction est un mécanisme essentiel à notre santé puisqu’il participe à l’évacuation des déchets de notre organisme », souligne ainsi  l'Association française d'urologie (AFU). C’est pourquoi « le meilleur moyen de désinfecter une vessie est d’assurer son évacuation fréquente et complète, au moins 5 à 6 fois par jour », prescrit l’AFU.

Ne pas suivre ces recommandations peut entraîner une stagnation de l’urine et une accumulation de bactéries dans la vessie, qui peut causer une infection urinaire, ou cystite. Un trouble plus fréquent chez les femmes, et qui se traduit par une envie persistante d’uriner, des douleurs dans le bas-ventre et des sensations très désagréables de brûlures au moment de la miction. «  Les femmes qui se retiennent souvent d’uriner et qui ont tendance à souffrir de cystites ont plus de risques de développer des infections bactériennes », indique le Dr Odile Bagot, gynécologue, auteure du blog  Mam Gynéco et de l’ouvrage Vagin & Cie, on vous dit tout ! (éd. Mango). Et s’il est un moment où il ne faut JAMAIS se retenir de faire pipi, c’est « après un rapport sexuel, insiste la gynécologue, c’est important pour éviter les cystites post-coïtales. Lors d’un rapport, les germes situés au niveau du périnée vont remonter au niveau de l’urètre jusqu’à la vessie. Mais en urinant juste après, la miction va comme "laver" l’urètre de ces germes ».

La crainte de s’asseoir pour les petites filles

Mais pourquoi les femmes sont-elles plus touchées par les infections urinaires ? Parce qu’elles ne sont pas très à l’écoute de leur vessie : elles font soit le choix de se retenir, ou consentent à se rendre au petit coin, mais pas dans des conditions optimales. « Quand les toilettes les plus proches sont sales, cela retentit sur le comportement de nombreuses femmes : elles restent en sustentation, genoux fléchis, pour ne pas avoir à s’asseoir sur la lunette, décrit le Pr François Desgrandchamps, chirurgien urologue, chef du service d’urologie de l’hôpital Saint-Louis à Paris et auteur de La prostate, on en parle? (éd. Hachette). Dans cette position, elles gardent la vessie en permanence semi-pleine, ce qui favorise les cystites. Or, il faut respecter sa vessie, insiste l’urologue. Les femmes doivent s’asseoir et vider complètement leur vessie, et au besoin nettoyer au préalable la lunette. La seule chose que l’on risque d’attraper sur des toilettes sales, c’est un furoncle ».

Sauf que cette crainte de s’asseoir aux toilettes est enseignée dès l’enfance aux petites filles, « qui apprennent très jeunes à se retenir ou ne pas s’asseoir », relate le Pr Desgrandchamps. Un comportement précoce déploré par le Pr Michel Averous, ancien chef du service d’urologie pédiatrique au CHU de Montpellier, qui, dès 2004, parlait de « fléau scolaire méconnu : l’infection urinaire et les troubles mictionnels de la fillette ». Face aux retentissements de ces troubles, qui les poursuivent dans leur vie de femme, l’urologue appelait à l’époque à « apprendre ou réapprendre à l’enfant à bien uriner, à la maison et à l’école ».

Se retenir… jusqu’à avoir de fuites

Côté anatomie, il faut se figurer la vessie comme une sorte de ballon de baudruche organique qui gonfle à mesure qu’elle se remplit. Jusque-là, rien d’anormal, elle joue son rôle de réservoir à urine. Mais à trop se retenir, le poids du volume qu’elle stocke peut devenir trop pesant. « Se retenir trop longtemps va distendre la vessie, et dans ce cas, il sera plus difficile de la contracter suffisamment pour la vider complètement. Là, il y a un risque d'infection du résidu post-mictionnel, prévient le Dr Odile Bagot. Dans les cas où la vessie est vraiment pleine, on aura du mal à la vider. Parfois, il sera même nécessaire d’appuyer avec son poing sur la vessie pour y parvenir, détaille la gynécologue. Et si on a un sphincter limité et la vessie pleine, alors le risque de fuite urinaire n’est pas loin ».

En résumé, trop se retenir entraîne « des fuites qui surviennent parce que la vessie est trop pleine, explique le Pr Desgranchamps. Par la suite, le cerveau enregistre cet épisode gênant et pour éviter qu’il ne se reproduise, envoie des messages en donnant des envies impérieuses d’uriner, c’est l’hyperactivité vésicale ». Comme le récapitule l’AFU, à terme, « on risque à la fois une rétention des urines due à l’incapacité de se relâcher et des fuites accidentelles ».