Pas de kiné respiratoire, surveillance des parents… Comment prendre en charge la bronchiolite chez les bébés ?

SOINS Ce jeudi, la Haute autorité de santé (HAS) a émis ses nouvelles recommandations sur la prise en charge de la bronchiolite du nourrisson

Anissa Boumediene

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Les bébés n'aiment pas ça, mais en cas de bronchiolite, le lavage nasal et le recours au mouche-bébé l'aident à mieux respirer.
Les bébés n'aiment pas ça, mais en cas de bronchiolite, le lavage nasal et le recours au mouche-bébé l'aident à mieux respirer. — PFG/SIPA
  • Dans ses nouvelles recommandations dévoilées ce jeudi, la Haute autorité de santé déconseille le recours à la kiné respiratoire pour le traitement de la bronchiolite chez le nourrisson.
  • Elle préconise le recours au lavage nasal et appelle à une surveillance maximale de la part des parents.
  • Une surveillance qui porte sur les signes caractéristiques de la maladie et qui doit aiguiller les parents dans la marche à suivre, entre consultation de leur pédiatre et mesures pour soulager leur bébé.

Voir son bébé tousser, fatigué, la respiration saccadée et sifflante. Chaque année, le retour de la bronchiolite est, pour les parents de nourrissons, une source de grande angoisse. Cette maladie respiratoire virale, le plus souvent bénigne, est extrêmement contagieuse. Selon les estimations officielles, elle touche 30 % des enfants de moins de 2 ans chaque hiver, soit 480.000 cas par an.

En consultation, le pédiatre prescrira le traitement le plus adapté. Et si jusqu’à présent, certains prescrivaient des séances de kinésithérapie respiratoire, aujourd’hui, c’est fini. Après des années de controverse, la Haute autorité de santé (HAS) vient de trancher. Elle déconseille d’avoir recours à cette technique et a présenté ce jeudi ses nouvelles recommandations. Désormais, en cas de bronchiolite aiguë du nourrisson, la HAS place l’implication des parents au cœur de la prise en charge. Mais pourquoi la kiné respiratoire est-elle remisée au placard ?  Quelle prise en charge médicale est prévue pour les bébés ? Et quels sont les réflexes que les parents doivent avoir ? 20 Minutes vous explique tout.

Pourquoi la prescription de kiné respiratoire sur les nourrissons fait-elle débat ?

Aujourd’hui, la bronchiolite est encore très souvent prise en charge via des séances de kinésithérapie respiratoire. Des manipulations souvent impressionnantes, censées aider le bébé à mieux respirer en évacuant les sécrétions qui le gênent, mais qui effraient nombre de parents et divisent les praticiens. Il faut « sortir de l’idée selon laquelle bronchiolite = kiné », explique le pédiatre Christophe Marguet, qui a participé à la rédaction de ces nouvelles recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS).

Les nouvelles directives, qui portent sur les bébés de moins de 12 mois, ne recommandent donc plus la kiné respiratoire. La HAS justifie sa décision par le fait qu’aucune étude n’a, à ce jour, apporté de preuve scientifique de son efficacité contre la bronchiolite. Des recommandations prises sur fond de « désaccord fort » au sein du groupe de travail qui les a élaborées : sur 18 membres, quatre (trois kinés et une généraliste) ont désapprouvé la version définitive. Mais le débat sur la question n’est pas nouveau. Déjà en 2012, la revue Prescrire avait jugé qu’elle n’était pas efficace contre la bronchiolite, ce qui avait provoqué les protestations des kinés.

Pourtant, alors que la kiné ne figurait pas dans les précédentes recommandations, qui datent de 2000, elle est restée massivement prescrite. « Nous sommes le seul pays, avec la Belgique, où la kiné est faite de façon large dans les cas de bronchiolite », indique la présidente de la HAS, le Pr Dominique Le Guludec. « Cela a longtemps été un réflexe très français, que l’on ne retrouve quasiment pas chez nos voisins européens, confirme le Dr Brigitte Viray, pédiatre et présidente du Syndicat National des Pédiatres Français (SNPF). Imaginez un nourrisson de 15 jours ou un mois ayant une bronchiolite, il faut être très vigilant. Pour lui, ce traitement n’est pas du tout indiqué. En réalité, il est exceptionnel qu’un cas de bronchiolite nécessite de la kiné respiratoire ». Il y a « des cas particuliers où cela peut être utile, par exemple chez des enfants handicapés », complète le Pr Le Gudulec.

Quelle prise en charge pour les bébés souffrant de bronchiolite ?

« Une bronchiolite aiguë va généralement durer une dizaine de jours. Elle démarre avec un simple rhume ou une rhino-pharyngite. Puis il va y avoir une phase plus " spasmodique ", et une phase plus " sécrétante " », décrit le Dr Virey.
Et si la kiné respiratoire est aujourd’hui déconseillée, « les traitements médicamenteux ne sont pas non plus recommandés, qu’il s’agisse des bronchodilatateurs [Ventoline], des corticoïdes ou des antibiotiques, souligne la pédiatre. Il faut attendre que ça passe, ce qui est difficile à entendre pour les parents ».

La principale nouveauté des recommandations de la HAS est de classer les cas de bronchiolite selon trois niveaux de gravité, pour que les médecins puissent mieux orienter les tout jeunes patients. Les formes légères ne nécessitent pas d’hospitalisation, les formes modérées peuvent y aboutir au cas par cas, et les formes graves sont dirigées d’emblée vers l’hôpital. Actuellement, 2 à 3 % des nourrissons de moins d’un an sont hospitalisés pour une bronchiolite chaque année, estime l’agence sanitaire Santé publique France.

Mais désormais, quel rôle les kinésithérapeutes ont-ils à jouer dans la prise en charge de la bronchiolite ? « Je comprends leur incompréhension. Ils ont été mobilisés dans les Réseaux bronchiolites [les structures mises en place en période d’épidémie], et aujourd’hui, on leur dit qu’une partie de leur travail n’est plus nécessaire, commente le Dr Brigitte Virey. Mais je considère que le recours à la kiné respiratoire doit être l’exception. Toutefois, les kinés n’en restent pas moins des acteurs de la chaîne de surveillance, ils sont tout à fait aptes à évaluer l’état de santé d’un bébé et à le réorienter vers un pédiatre ou vers les urgences hospitalières si nécessaire ». Un avis partagé par la HAS.

Quels réflexes et gestes les parents doivent-ils maîtriser, et comment les apprendre ?

Aujourd’hui, la HAS base la prise en charge du nourrisson sur « le lavage du nez régulier et la surveillance des signes d’aggravation ». Le lavage du nez est nécessaire pour que les bébés respirent mieux, car ils sont incapables de se moucher tout seuls. Mais le faire avec un enfant qui ne se laisse pas faire n’est pas simple, d’où la forte angoisse que génère ce geste chez les parents. « S’il montre qu’il n’aime pas ça, c’est généralement le signe que c’est bien fait », rassure le Dr Brigitte Virey. Et pour être sûr que le lavage nasal est bien réalisé, la HAS diffuse dès ce jeudi une fiche pratique destinée aux parents, et leur explique comment laver le nez de leur enfant pour désencombrer ses voies respiratoires et l’aider à mieux respirer : après s’être soigneusement lavé les mains, il faut coucher son bébé sur le côté et vider une dosette de sérum physiologique dans sa narine. « Nous, médecins, sommes aussi là pour montrer comment faire aux parents inquiets de ne pas savoir s’y prendre lorsqu’ils viennent en consultation pour leur nourrisson », ajoute le Dr Virey.

Autre point capital des nouvelles recommandations : la surveillance. « Les parents doivent apprendre à reconnaître quelques signes cliniques pour connaître la marche à suivre, explique la pédiatre. Quand la gêne respiratoire est importante, le bébé ne va pas beaucoup manger, ça le fatigue trop. Plutôt que de tenter de lui donner un gros biberon d’un coup, mieux vaut fractionner les repas, prescrit-elle. Et veiller à le faire boire, pour qu’il ne se déshydrate pas ». Surélever légèrement la tête de son bébé dans son lit peut aussi diminuer la gêne respiratoire, plus grande en position allongée.

« D’autres signes doivent être guettés, poursuit la pédiatre. Si l’on observe une modification de la fréquence respiratoire chez son bébé, si sa respiration devient trop rapide ou au contraire trop lente, sifflante, s’il semble fatigué et que l’on note que son thorax est creusé, ce sont autant de signes de la bronchiolite aiguë et de la nécessité de consulter un médecin. Enfin, si l’on observe une somnolence et une coloration bleue autour de la bouche de l’enfant, il faut contacter le 15 et se rendre aux urgences ».

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