Médecin, sage-femme, pharmacien, dentiste… Quels changements à la rentrée prochaine pour les étudiants en santé ?

« PREMIERE ANNEE » A partir de septembre 2020, tout va changer pour les bacheliers qui souhaitent devenir médecin, sage-femme, pharmacien, dentiste

Oihana Gabriel

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Strasbourg le 06 11 2012.  Devant la fac de médecine de Strasbourg
Strasbourg le 06 11 2012. Devant la fac de médecine de Strasbourg — G. VARELA /20 MINUTES
  • Agnès Buzyn avait annoncé la fin du numerus clausus et une refonte en profondeur des études de médecine.
  • Ce mardi, les arrêtés qui précisent les contours de cette nouvelle filière de santé sont publiés.
  • Les étudiants pourront dès septembre 2020 choisir entre suivre une licence en droit, biologie, lettres avec une option « accès santé », ou un parcours spécifique à la santé. Deux voies qui leur permettront de rejoindre, après une sélection, le cursus de maïeutique, odontologie, pharmacie ou médecine.

Des bêtes de concours au teint gris qui avalent des polycopiés pendant une année entière (ou même deux). La Paces, pour Première année commune aux études de santé, qui forme les futurs médecins, sages-femmes, dentistes et pharmaciens, a longtemps été critiquée. Dès les annonces de Ma Santé 2022, Agnès Buzyn avait promis la fin du numerus clausus et une refonte globale des études de médecine. Depuis, les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur planchent pour rendre leur copie et proposer aux futurs étudiants un cursus plus adapté. Ce mardi, les arrêtés qui précisent les contours de cette réforme sont publiés au Journal officiel. 20 Minutes fait le point sur ce qui va changer.

Deux cursus et aucun étudiant sur le carreau

A partir de la rentrée 2020, tous les bacheliers pourront s’inscrire sur Parcoursup dans un cursus qui leur permettra, s’ils ont le niveau, de rejoindre des études en santé. Via deux parcours. Première option : ils choisissent une licence dans différentes disciplines (droit, lettres, biologie…) comprenant une option « accès santé ». Ils pourront candidater pour rejoindre les études en santé à la fin de leur première, deuxième ou troisième année. Mais attention, s’ils échouent une première fois, ils ne pourront refaire la demande qu’une fois.

Deuxième option, les bacheliers peuvent s’inscrire dans un parcours spécifique « accès santé » (Pass), où, cette fois, ils devront choisir une option, lettres par exemple. Ces filières-là seront proposées uniquement dans les universités ayant une faculté de santé. L'étudiant devra présenter sa candidature une première fois lors de cette formation d'un an et pourra se représenter en cas d'échec, après avoir poursuivi ses études correspondant à sa «mineure» pendant un an. 

Infographie du ministère de l'Enseignement supérieur résumant les choix des bacheliers qui souhaitent faire des études de santé.
Infographie du ministère de l'Enseignement supérieur résumant les choix des bacheliers qui souhaitent faire des études de santé. - Ministère de l'Enseignement supérieur

Afin qu’aucun étudiant ne « perde » un, voire deux ans. Car avec le système actuel, deux tiers des jeunes qui suivaient la Paces échouaient au concours et se réorientaient vers d’autres filières, souvent en reprenant à zéro. « Le premier objectif est de faire réussir les étudiants à l’université, explique-t-on au ministère de l’Enseignement supérieur. Jusqu’ici, un bon bachelier pouvait devenir un étudiant en échec dès novembre ! Ce qui a découragé nombre d’entre eux à poursuivre leurs études. Certes, il existait auparavant des réorientations quand un étudiant échouait au concours, mais à la rentrée prochaine, quelle que soit la porte d’entrée à l’université, il y aura bien une poursuite d’études prévues pour tous ».

S’il est sélectionné, l’étudiant, qu’il vienne des sciences sociales ou du parcours spécifique d’un accès santé, rejoindra la deuxième année d’une faculté de santé, directement dans la filière de son choix, pour devenir sage-femme, médecin, pharmacien ou dentiste.

En quoi va consister la sélection ?

Si le concours tel qu’on le connaît aujourd’hui n’existera plus, la filière santé n’en restera pas moins sélective. Mais ce ne sera plus sous forme de QCM, où la mémoire compte davantage que la réflexion. En effet, chaque université pourra définir son mode de sélection : contrôle continu, partiels, un mélange des deux, des épreuves orales… « Nous espérons diversifier le profil des étudiants admis, nous assure-t-on au ministère de l’Enseignement supérieur, qui a piloté cette refonte avec le ministère de la Santé. Aujourd’hui, nous avons énormément de bacheliers S qui ont obtenu une mention au bac. Ce qui induit des biais en termes de justice sociale, mais également en termes de diversité des profils pour des métiers très différents les uns des autres et qui appellent, justement, des profils très divers. Nous avons besoin à la fois de médecins qui travailleront avec l’intelligence artificielle et dans les soins palliatifs… »

Y aura-t-il davantage d’intérêt porté à la relation au patient, point faible de la sélection comme de la formation ? « En recrutant au moins la moitié des étudiants avec des épreuves orales, nous pourrons évaluer les compétences relationnelles, assure-t-on au ministère. Il est intéressant de recruter un étudiant peu à l’aise avec le savoir académique, mais qui a des capacités de communication, d’empathie… »

Des quotas définis par les ARS

Et pour le nombre de places ? Chaque université déterminera, en lien avec l’agence régionale de santé (ARS), le nombre d’étudiants qu’elle admet dans chaque filière de santé. On part donc du terrain pour mieux coller aux besoins. Avec l’espoir de rééquilibrer la démographie médicale. « Notre troisième objectif, avec cette réforme, c’est d’améliorer la répartition des médecins sur l’ensemble du territoire, poursuit-on au ministère. En rendant la décision aux acteurs locaux. »

Ce qui ne veut pas dire pour autant que les places vont tripler… « Nous souhaitons augmenter le nombre de médecins formés tout en tenant compte de la capacité des universités, ce qui ne signifie en aucun cas baisser le niveau d’exigence », insiste le ministère.

Concrètement, comment peuvent faire les étudiants ?

Pour les élèves actuellement en terminale, ils pourront se renseigner dès le 20 décembre 2019. En effet, chaque université ayant des filières de santé précisera l’ensemble des voies d’accès possibles, soit en son sein, soit dans une université partenaire. Car si un étudiant suit une licence de droit dans une université qui n’a pas de filière santé, cette dernière, quand elle propose une option santé, passe un partenariat avec une autre faculté. Il pourra donc suivre son cours par correspondance.

Et pour les étudiants qui suivent aujourd’hui la Paces ancienne version ? S’ils n’ont pas réussi leur concours cette année, ils pourront le repasser. « Nous maintenons une Paces résiduelle, avec un numerus clausus à elle, pour tuiler la mise en route du dispositif », précise le ministère.

Une réforme de taille, donc, et qui a un coût. Voilà pourquoi le ministère de l’Enseignement supérieur a prévu un accompagnement de 16 millions d’euros dès 2020 pour que les universités puissent mettre en place ces formations et l’organisation des examens nécessaires.