La Bretagne voit ses dépenses de santé franchir le cap des 10 milliards d’euros

SANTE La hausse du nombre d’habitants et le vieillissement de la population expliquent cette progression

Camille Allain

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L'entrée des locaux de la CPAM d'Ille-et-Vilaine, à Rennes. Illustration de la sécurité sociale.
L'entrée des locaux de la CPAM d'Ille-et-Vilaine, à Rennes. Illustration de la sécurité sociale. — C. Allain / 20 Minutes
  • Les dépenses de santé ont dépassé la barre symbolique des 10 milliards d’euros en 2018 en Bretagne.
  • Sans s’alarmer, l’Assurance maladie se dit vigilante sur l’évolution des dépenses.
  • Les indemnités journalières versées dans le cadre d’arrêts maladie sont notamment en hausse.

Un cap est franchi. L’an dernier, la Bretagne a dépensé plus de dix milliards d’euros pour se soigner, un seuil jamais atteint jusqu’ici. Inquiétant ? Non, mais à surveiller, prévient l’ Assurance maladie. Cette hausse de 200 millions d’euros sur un an (soit +2,1 %) est semblable à la hausse nationale (+2 %). Surtout, elle s’explique facilement. D’abord par la croissance de population mais aussi par son vieillissement. La Bretagne est doublement touchée puisqu’elle a la particularité d’accueillir de nouveaux habitants âgés, qui viennent dépenser leur retraite au bord de l’eau.

Si les autorités ne s’inquiètent pas de cette hausse qu’elles qualifient même de « bon résultat », elles surveillent de près certains postes de dépenses en croissance. C’est le cas des indemnités journalières versées aux salariés en arrêt maladie, qui ont grimpé de 4,6 % pour atteindre 731 millions d’euros. « La progression concerne surtout les arrêts de longue durée ou ceux concernant les personnes de plus de 60 ans », précise la directrice de l’Assurance maladie d’Ille-et-Vilaine Claudine Quéric.

Pour s’assurer du bon usage de ces arrêts maladie, la CPAM mène des contrôles mais assure également un rôle de conseils auprès des médecins prescripteurs et des patients. « La moitié des personnes en arrêt pendant plus de six mois ne reprennent pas leur emploi. Mais l’arrêt n’est pas toujours la solution, cela doit rester une prescription médicale », prévient Véronique Gestin-Lauzier, médecin-conseil au Service médical. Quant aux patients, ils sont également contactés pour être aiguillés vers la médecine du travail. « Les gens sont parfois perdus, ne savent pas vers qui se tourner. D’autant d’un arrêt a aussi des conséquences psychologiques pour les patients », poursuit la médecin.

« On ne cherche pas à traquer les dépenses »

L’Assurance maladie avait déjà lancé une alerte fin 2018. Mais elle se défend pourtant de mener une chasse aux euros. « On ne cherche pas à traquer les dépenses. On souhaite financer les arrêts pertinents, qui sont justifiés médicalement », embraye Claudine Quéric.

« Je n’ai pas un patient qui vienne me voir pour obtenir un arrêt de confort », confiait un médecin rennais à 20 Minutes, expliquant « recevoir de plus en plus de personnes fragiles ». En 2019, la tendance ne serait d’ailleurs plus à la hausse concernant les indemnités journalières. La lutte contre la fraude a coûté l’an dernier huit millions d’euros, sur les dix milliards de dépenses.

Pour tenir son budget, l’Assurance maladie essaie également de mieux orienter les patients, en évitant notamment le recours abusif aux services des urgences, déjà débordés. L’apparition du dossier médical partagé, auquel plus de 300.000 Bretons ont déjà souscrit, doit également permettre de limiter la multiplication des actes médicaux pour un même patient. « Le DMP améliore la coordination entre les professionnels de santé », assure Stéphane Mulliez, directeur de l’Agence régionale de santé bretonne.