Mais que devient Myriam El Khomri, qui rend un rapport à la ministre de la Santé ce mardi ?

RETOUR VERS LE FUTUR L’ancienne ministre du Travail, aujourd’hui directrice conseil chez Siaci Saint Honoré, doit rendre ce mardi à Agnès Buzyn un rapport sur les métiers liés au grand âge

Charles-Edouard Ama Koffi

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Myriam El Khomri, photographiée le mardi 13 juin, dans la 18e circonscription de Paris.
Myriam El Khomri, photographiée le mardi 13 juin, dans la 18e circonscription de Paris. — Tristan Reynaud/SIPA
  • L’ancienne ministre du Travail doit remettre mardi un rapport sur l’attractivité des métiers du grand âge à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn.
  • Aujourd’hui directrice d’une entreprise spécialisée dans le conseil et le courtage en assurance, Myriam El Khomri affirme ne pas regretter sa loi controversée.
  • Une loi travail qui restera comme l’un des marqueurs du quinquennat Hollande.

On avait perdu sa trace depuis son départ de la scène politique, au printemps 2017. Mais revoilà Myriam El Khomri. L’ancienne ministre du Travail de François Hollande (de septembre 2015 à mai 2017) va rendre ce mardi son rapport sur l’attractivité des métiers du grand âge à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Rapport sur lequel la ministre doit s’appuyer pour rédiger son projet de loi sur le sujet, prévu avant la fin de l’année.

Faire l’actualité, Myriam El Khomri connaît. Moins d’un an avant la fin du quinquennat Hollande, il ne se passe pas une semaine sans que le projet de loi portant son nom fasse la une des titres de presse nationaux. La loi El Khomri, ou loi travail, est à l’origine de la dernière vague de mouvement social d’ampleur en France avant celle des « gilets jaunes ». Le 9 mars 2016 marque la première manifestation nationale, suite à l’appel de la CGT et de FO. Suivent six mois de grèves et de protestations dans la rue, auxquelles près d’un million de personnes participent. Le mouvement citoyen Nuit Debout est même créé en marge des mobilisations, le 31 mars 2016.

« J’ai adoré la politique »

Comme Alain Juppé, Dominique de Villepin ou encore François Fillon avant elle, Myriam El Khomri a cristallisé la colère de centaines de milliers de manifestants. « J’ai porté une loi très critiquée [adoptée via l’article 49.3 de la Constitution] qui a provoqué beaucoup de manifestations, reconnaît-elle aujourd’hui. Etre ministre, c’est être confrontée à des champs de forces multiples, c’est un terrain glissant et extrêmement complexe. » Malgré cet épisode éprouvant, l’élue au Conseil de Paris du 18e arrondissement – poste qu’elle ne briguera pas une nouvelle fois en 2020 – a tout de même tenté d’obtenir un mandat de député en juin 2017.

Battue par le candidat LR Pierre-Yves Bournazel, elle a alors été l’une des victimes silencieuses de la descente aux enfers du Parti socialiste, et a finalement quitté la scène politique et médiatique presque dans l’anonymat. Depuis, plus rien ou presque dans ce monde à part. « J’ai adoré la politique, jure-t-elle. J’en ai goûté les charmes et les limites (avec les menaces de mort), mais elle assèche et il ne faut pas en faire toute sa vie. »

Aujourd’hui directrice dans une entreprise privée

La vie d’après peut être difficile pour les anciens ministres, selon Olivier Rouquan, enseignant chercheur en sciences politiques. « Il y a une grande partie de l’opinion publique qui considère – à tort – que les anciens ministres ont un statut privilégié à la sortie du gouvernement. Pourtant, ils n’ont aucun filet de sortie. Il y en a beaucoup qui, grâce à leur réseau, parviennent tout de même à trouver du travail dans le privé. »

Myriam El Khomri a choisi de se lancer un temps dans l’entrepreneuriat, en créant son entreprise de conseil, MEK Conseils… avec tout de même un pied dans le privé, en tant que senior advisor chez LHH Altedia, du groupe Adecco. Depuis mars, elle est directrice conseil chez Siac Saint Honoré, l’un des leaders du marché de conseil et du courtage en assurance de biens et de personnes. « Mon moteur a toujours été l’intérêt général, justifie-t-elle. Je pense que l’on peut porter des convictions dans le privé. » En formulant un vœu : « Les politiques, comme les entreprises, doivent essayer de bâtir une société de progrès. »

« J’ai bossé comme une dingue pendant deux ans ! »

Si Myriam El Khomri revient aujourd’hui, c’est parce qu’on lui a demandé, assure-t-elle. « Elle a été ministre du Travail, de l’Emploi. Alors, qu’elle assure une mission sur les métiers liés au grand âge, ça ne me choque pas, juge Juliette Méadel, qui l’a côtoyée en Conseil des ministres, en tant que secrétaire d’Etat chargée de l’Aide aux victimes. Je ne pense pas que ce soit un acte politique, mais un acte d’intérêt général. » L’intéressée sourit à l’idée qu’on lui présente la rédaction de ce rapport comme un retour. « Ce n’en est pas un. Je n’ai rien demandé, c’est Agnès Buzyn qui est venue me chercher et j’ai accepté, à condition que ce soit bénévole et avec une certaine liberté. »

Elle semble ne pas avoir mal vécu son retrait de la vie publique. « Tout le monde pense que j’étais en vacances pendant deux ans, mais j’ai bossé comme une dingue ! L’image des politiques qui galèrent pour trouver du boulot après ne me correspond pas. J’ai apprécié monter ma propre boîte [qui est aujourd’hui « en sommeil », selon ses dires]. Je n’ai pas besoin d’un rapport pour avoir une raison d’être. »

Et concernant sa loi, qui a tant fait parler ? Aucun regret. « Il y a eu de très bonnes choses mises en œuvre dans cette loi, même s’il y a eu des ordonnances Macron qui l’on un peu modifiée », conclut l’ex-ministre. Avant de glisser : « De manière un peu cynique, je me dis que le seul candidat qui proposait une loi comme la mienne puissance 10 a été élu… »