Ils ont arrêté de fumer, mais les vapoteurs arrivent-ils à arrêter de vapoter ?

VAPOTE OR NOT VAPOTE La quatrième édition du Mois sans tabac démarre ce vendredi, le 1er novembre

Anissa Boumediene

— 

De nombreux fumeurs parviennent à arrêter le tabac grâce à la cigarette électronique. Mais arrivent-ils à arrêter de vapoter ensuite?
De nombreux fumeurs parviennent à arrêter le tabac grâce à la cigarette électronique. Mais arrivent-ils à arrêter de vapoter ensuite? — LOISON VINCENT/SIPA
  • Beaucoup de fumeurs disent adieu à la cigarette grâce à la vape.
  • Mais nombre d’entre eux n’arrivent plus ensuite à se passer de leur cigarette électronique.
  • Et si on n’y arrive pas, c’est grave docteur ?

Ne plus errer comme une âme en peine le dimanche soir, en quête d’un bureau de tabac ouvert. Retrouver son souffle, le vrai goût des aliments et un teint plus frais. Et économiser un paquet d’argent au passage. Quand on parvient à arrêter de fumer, chacun de ces petits bonheurs retrouvés se savoure comme une victoire bien méritée. Et de plus en plus, c’est à la faveur du vapotage que les fumeurs parviennent à se défaire de leur addiction au tabac. Mais parviennent-ils ensuite à transformer l’essai en arrêtant de vapoter (sans retomber dans la clope bien sûr) ? C’est ce que 20 Minutes tente de découvrir à l’occasion de la quatrième édition du Mois sans tabac, qui démarre le 1er novembre.

« J’ai tout arrêté », « Aujourd’hui, je suis libéré »

Pour beaucoup de fumeurs invétérés, la vape est une porte de sortie du tabac efficace. C’est le cas de Nadia, accro à la cigarette pendant trente ans. « Quand j’étais à court de cigarettes, je fumais les mégots dans les cendriers », confesse-t-elle. A chacune de ses deux grossesses, celle qui se définit comme « une très grosse fumeuse » est parvenue à arrêter de fumer, pour mieux reprendre dès la naissance de ses enfants. « La cigarette électronique a été mon miracle, c’est exactement ce qu’il me fallait. J’ai réduit petit à petit le taux de nicotine de mes liquides. Et un jour, j’ai oublié de vapoter ». Pour le Dr Jean-Michel Delile, psychiatre addictologue et président de la Fédération Addiction, les raisons de ce succès sont simples. « Ici, l’initiative vient des patients. Or en addictologie, ce qui marche le mieux, c’est ce qu’ils choisissent eux-mêmes. Grâce à la cigarette électronique, on obtient des sevrages en douceur », a-t-il déclaré à l’occasion d’une table ronde organisée récemment par le  Centre de recherche et d'innovation pour la vape (Cripave). « Vapoter m’a permis de gérer facilement le stress lié au sevrage », confirme Janek, vingt ans de tabac au compteur. « Désormais, la clope et la vape, c’est derrière moi, se réjouit Nadia. Je suis libre ».

Un goût de liberté partagé par Stéphane, cigarettes blondes au bec pendant trois décennies, passé au vapotage il y a un an et demi. « J’y suis allé par étapes : d’abord, je ne fumais que les " incontournables " – après le repas, avec le café – et je vapotais beaucoup, raconte-t-il. J’ai vite éliminé mes dernières cigarettes et préféré la vape. J’ai testé plein d’arômes, de puissances, et réduit jusqu’à zéro mon taux de nicotine. Un jour, je me suis lassé, et j’ai laissé tomber la vape sans problème : je n’étais plus dépendant de la nicotine. Aujourd’hui, je suis libéré ! » Car vapoter « permet d’avoir un apport en nicotine comme avec les autres substituts nicotiniques, et si c’est agréable pour les patients, c’est plus efficace, a indiqué lors de la même table ronde le Dr Marion Adler, tabacologue de l’APHP. Le but est que les patients se libèrent du tabagisme puis de la vape, dans la mesure où ils ne retombent pas dans le tabagisme ».

« C’est vraiment addictif », « c’est comme une tétine »

Mais parfois, la vape devient addictive et dure des années, là où elle ne devait être qu’une étape transitoire. « J’ai arrêté de fumer grâce à la cigarette électronique il y a six ans, et depuis, je n’ai pas cessé de vapoter, je suis toujours accro, confie Lydie. C’est tellement simple : à l’hôtel, au bar, au bureau, à la maison, on peut vapoter partout, tout le temps ! » Idem pour Eliza, qui a troqué en 2017 sa cartouche hebdomadaire contre une vapoteuse. « Je n’arrive pas à m’arrêter, c’est comme une tétine », déplore-t-elle. Mais pour le Dr Adler, « la durée de vapotage n’a pas d’importance. Ce qui compte c’est l’arrêt définitif du tabac. Si on substitue le tabac par un produit nicotinique comme la vape, c’est déjà bien », estime la tabacologue.

Sauf que tout le monde ne consulte pas un tabacologue en passant à la vape. Ainsi, Timothée, ex-accro à la cigarette, est aujourd’hui accro à sa version électronique. « Cela fait plus de trois ans que je vapote et ma consommation ne baisse pas. Je suis aussi addict à ma vapoteuse qu’à mon paquet de clopes à l’époque. J’ai déjà pensé à me sevrer mais c’est aussi difficile que d’arrêter de fumer ». En pratique, « nombre de fumeurs qui passent à la vape le font d’eux-mêmes, seuls, observe le Dr Dan Velea, psychiatre addictologue. Ils ne savent pas gérer leur consommation, ils vapotent de grosses quantités de nicotine. D’où l’importance de consulter un médecin, qui évalue la dépendance au tabac et choisit parmi les substituts nicotiniques celui qui sera adapté au patient ». Et si le Dr Velea recommande à certains patients la cigarette électronique pour leur sevrage tabacologique, « ce n’est qu’en dernier recours ». Car l’addictologue constate que « de plus en plus de vapoteurs consultent parce qu’ils n’arrivent pas à arrêter la vape. Pour traiter ces profils où la dépendance est forte, nous avons recours aux mêmes substituts nicotiniques que ceux prescrits pour l’arrêt du tabac : patchs, gommes ou Champix ». C’est le cas de Géraldine, qui, après vingt ans de tabac et « deux ans de vapotage très intense, tente d’arrêter la vape avec un tabacologue. Je m’accroche, le Champix semble me convenir sans effets secondaires ». Pour Lydie, ce seront les patchs de nicotine : « j’en ai assez de cette dépendance aussi forte que l’addiction au tabac ».

Gare à la consommation mixte

De son côté, quand Marie-Agnès a tenté la vape pour la première fois, c’était pour « réduire et non pas arrêter le tabac. Mais l’essai s’est soldé par un échec. C’est très compliqué de ne pas s’en griller une quand la vapoteuse n’a plus de batterie ou qu’on n’a plus d’e-liquide sous la main ». Cloé, elle, a « largement diminué [sa] consommation de cigarettes » mais « fumer une bonne clope de temps en temps » lui fait, de son propre aveu, « le plus grand bien. Et arrêter la vape est impossible pour le moment. Mais comme je fume moins, je compense le manque de la clope en vapotant davantage ».

Le risque, « si on n’est pas accompagné médicalement, est de rechuter dans le tabac, d’entretenir une consommation mixte entre vape et cigarette classique ». Car « il n’y a pas tant de fumeurs qui parviennent à arrêter le tabac grâce à la cigarette électronique, estime le Pr Yves Martinet, cancérologue et pneumologue au CHRU de Nancy, et président du Comité national contre le tabagisme. Beaucoup vapotent tout en continuant à fumer quelques cigarettes par jour, en se disant que c’est déjà mieux pour leur santé ».

« Tout est fait pour entretenir leur consommation »

Aleksandra, elle, a réussi à arrêter « la vraie cigarette il y a six ans. Mais j’ai progressivement augmenté ma dose de nicotine, pour ressentir ce " hit " que l’on ressent dans la gorge. Aujourd’hui, je vapote davantage que je ne fumais. Et il y a tellement de choix d'arômes que vapoter est presque devenu un atelier de dégustation. J’ai remplacé une drogue par une autre », déplore la jeune femme, qui n’envisage pas d'arrêter la vape pour autant. « Le vapotage maintient dans la dépendance à la nicotine, analyse le Pr Martinet. C’est d’ailleurs l’objectif des industriels du secteur de la vape : que les vapoteurs continuent d’acheter e-cigarettes et e-liquides. ».

Ainsi, Laurent est « toujours addict aux gestes, à la préparation des mélanges, à la fumée. Je ne me vois pas arrêter la vape de sitôt, malgré les problèmes récents aux États-Unis. Je me sens en meilleure santé, alors même s’il y a un danger, c’est toujours moins pire que la clope ! » Sauf que pour le Dr Martinet, « le problème, c’est que l’on n’a pas de recul à long terme sur les effets du vapotage. Et la différence entre les substituts nicotiniques et le vapotage, c’est que l’on prescrit les premiers pour parvenir in fine à arrêter toute consommation de nicotine, tandis que pour le second, tout est fait pour entretenir leur consommation ».

Pour l’heure, les médecins en savent peu sur les effets du vapotage à long terme, mais plusieurs études ont toutefois démontré que vapoter est moins nocif que fumer. Pour faire la lumière sur ce dossier, une étude clinique sur l’efficacité de la cigarette électronique​ dans le sevrage tabagique est en cours en France.