Plan pour les aidants : La création d’un congé indemnisé, vraie révolution ou premier pas ?

SOLIDARITE La Premier ministre, la ministre de la Santé et la secrétaire d’Etat chargée du Handicap dévoilaient ce mercredi la Stratégie pour les aidants familiaux 2020-2022, avec notamment la création d’un congé indemnisé

Oihana Gabriel

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Illustration de solidarité. En France, on compte entre 8 et 11 millions d'aidants familiaux.
Illustration de solidarité. En France, on compte entre 8 et 11 millions d'aidants familiaux. — Pixabay
  • La stratégie pour les aidants a été dévoilée ce mercredi dans l’Essonne par le Premier ministre, la ministre de la Santé et la secrétaire d’Etat chargée du Handicap.
  • Le plan, avec une enveloppe de 400 millions d’euros, prévoit la création d’une plateforme pour trouver des informations, d’une grande étude sur la santé des aidants, mais surtout d’un congé indemnisé de trois mois maximum et fractionnable.
  • Qui pourra en bénéficier ? Dans quelles conditions ? Comment les associations ont réagi à ces annonces ? 20 Minutes fait le point.

Entre 8 et 11 millions de Français seraient aujourd’hui concernés. Et chacun peut, un jour, se retrouver dans cette situation. Les « aidants », qui prennent soin d’un enfant, parent, frère, tante handicapé, malade ou âgé en perte d’autonomie, doivent parfois mettre entre parenthèses leur carrière. Ce mercredi, le Premier ministre, la ministre de la Santé et la secrétaire d’État chargée du Handicap se déplaçaient en Essonne pour dévoiler la stratégie pour les aidants 2020-2022, avec une enveloppe de 400 millions d’euros à la clef. Et une mesure phare : la création d’un congé indemnisé. Une grande première que beaucoup d’associations et d’aidants attendaient.

En quoi consiste ce congé proche aidant indemnisé ?

Environ 60 % des aidants travaillent. Non sans difficulté. Car quand il faut emmener sa mère qui s’est cassé le col du fémur aux urgences ou caler trois séances chez l’orthophoniste par semaine pour son enfant, la vie professionnelle en pâtit. Voilà pourquoi à partir d’octobre 2020, ces Français pourront demander un congé de proche aidant. Si un congé aidant existait déjà, cette nouvelle mouture apporte des nouveautés. Jusqu’ici, il n’était ni rémunéré, ni indemnisé. Prendre un an sans solde pour s’occuper d’un proche malade pouvait donc représenter une perte financière, et parfois même une entrée dans la pauvreté.

Ce congé proche aidant indemnisé devra durer au maximum trois mois sur toute une carrière. Par ailleurs, il sera fractionnable et sera pris en compte de façon automatique au titre des droits à la retraite. Une victoire pour les associations. Autre avancée : les aidants qui bénéficient de ce congé ne se verront plus amputer au niveau des droits au chômage. Et le salarié pourra demander ce congé dès son arrivée dans l’entreprise, quand il devait attendre un an auparavant. Avec l’accord de l’employeur, ce congé pourra être transformé en période d’activité à temps partiel.

Qui pourra en bénéficier ?

Les salariés, mais aussi les fonctionnaires et les chômeurs indemnisés. « Ce qui pose la question du périmètre : que faire des indépendants ? interroge Bérangère Pénaud​, ex-aidante familiale et co-fondatrice d'Amantine , qui propose une aide personnalisée aux aidants. Et combien vont-ils toucher ? Cette allocation, versée par la Caisse d’allocation familiale ou les caisses de la mutualité sociale agricole, est fixée à 43 euros par jour pour les personnes vivant en couple et 52 euros par jour pour une personne seule.

Qu’en pensent les experts et associations ?

« C’est un premier pas, salue  Florence Leduc, présidente de l’Association française des Aidants. L’ancien congé proche aidant était très peu utilisé, car pas rémunéré. Certains, qui ne pouvaient pas s’arrêter, se retrouvaient avec des arrêts maladie. Personnellement, quand j’ai été aidante dans les années 1990 et que je devais me déplacer en urgence à 1.000 km, j’éclusais mes congés payés. Et on était content quand l’employeur montrait un peu de souplesse… » C’est dire si ce nouveau congé indemnisé pourra faciliter la vie des certains. « C’est une avancée en particulier sur le fait qu’on puisse morceler ce congé, car les aidants ont souvent besoin de prendre une journée ou même une demi-journée à la volée », renchérit Bérangère Pénaud.

« Mais il y a certaines situations pour lesquelles ce dispositif ne va pas être suffisant », prévient Florence Leduc. En effet, le quotidien des aidants varie énormément. Si certains peuvent trouver en quelques semaines une organisation adéquate pour accompagner un parent dépendant, d’autres devront épauler un enfant handicapé toute la vie. « Cette mesure me laisse perplexe, avoue Hélène Rossinot, médecin de santé publique et auteure de Aidants, ces invisibles. Un congé qui se limite à trois mois maximum, cela ne répond pas à la grande majorité des situations, qui durent des années. C’est une base, mais le congé proche aidant seul n’est pas suffisant pour soulager réellement ces personnes. » Autre question : est-ce que les personnes pourront prendre ce congé proche aidant en urgence ? Normalement, il faudra prévenir son employeur un mois avant. Sauf en cas de détérioration brutale de l’état de son proche malade ou handicapé. « Mais quelle sera la réactivité de la CAF ?, interroge Hélène Rossinot. Si on peut le prendre en urgence quelques jours après le diagnostic ou au moment d’une crise, ce congé indemnisé va aider. Mais si les personnes doivent attendre deux mois, ça sera moins utile. »

Comment cela se passe-t-il ailleurs ?

D’autres pays ont creusé dans cette voie. Et Hélène Rossinot de citer en exemple l’Irlande, où le congé proche aidant est beaucoup plus long, de 13 à 104 semaines par proche et rémunéré sur condition de ressources. « On peut multiplier par deux cette durée, si on accompagne ses deux parents par exemple, précise Hélène Rossinot. Malheureusement, on ne peut pas prévoir qui on va aider dans sa vie, et il peut arriver qu’après l’Alzheimer d’un parent, on se retrouve à accompagner un conjoint atteint d’un cancer. Surtout, en Irlande, on propose à ces aidants de se former pendant ce congé. L’aidant n’est ainsi pas obligé de passer 100 % de son temps avec son proche malade et il peut préparer son retour dans le monde du travail. »

Comment cette mesure sera-t-elle évaluée ?

Le gouvernement s’engage à remettre au Parlement, au plus tard le 1er janvier 2022, un premier bilan sur le recours au congé indemnisé, afin de voir si ce dispositif répond aux besoins des aidants et s’il faut proposer des adaptations. « Un suivi est indispensable », selon Florence Leduc, présidente de l’Association française des aidants.

« Il faudra regarder de près si ce congé est utilisé, malgré une indemnisation qui n’est pas à la hauteur de la rémunération, précise-t-elle. Tous les aidants n’ont pas besoin d’un congé, mais il existe des réponses pour chacun. Certains ont besoin d’information, d’une solution de répit, de rencontrer des pairs lors d’un café des aidants, d’une meilleure prise en charge de leur santé. » Pour les associations et experts du sujet, la question des aidants est enfin sous le feu des projecteurs. «Edouard Philippe s’est déplacé, aux côtés de la ministre de la Santé et du handicap, c’est bon signe, d’autant qu’ils ont pris le temps d’écouter des aidants ce mercredi matin, se félicite Hélène Rossinot. Ce n’est pas parfait, c’est un début, ils le reconnaissent eux-mêmes. Mais il était temps. »

Entre le vieillissement de la population, l'explosion des maladies chroniques et le virage de l'ambulatoire, la société va de plus en plus se reposer sur les aidants.
Entre le vieillissement de la population, l'explosion des maladies chroniques et le virage de l'ambulatoire, la société va de plus en plus se reposer sur les aidants. - Pixabay

Quelles autres mesures pour les aidants ?

La Stratégie pour les aidants, dévoilée ce mercredi, comprend 17 mesures en tout. Notamment la mise en place d’un numéro gratuit et d’une plateforme internet pour que les aidants aient accès à des informations sur leur territoire pour trouver des solutions.

Par ailleurs, le gouvernement n’a pas oublié les situations particulièrement compliquées des jeunes aidants. Avec deux dispositions : une sensibilisation des personnels de l’Éducation nationale pour repérer et orienter les mineurs aidants et un aménagement des cours et examens pour les étudiants aidants. « Les politiques ont pris la mesure de l’importance du sujet, salue la présidente de l’Association française des Aidants. On va continuer à se retrousser les manches pour que ces annonces se concrétisent sur le terrain. Aujourd’hui c’est encore très inégal, il faut harmoniser. »