Lyon : Que retenir de la conférence du Fonds mondial de lutte contre le sida, la paludisme et la tuberculose ?

SANTE PUBLIQUE « 20 Minutes » vous détaille les infos à retenir à l’issue de cette conférence du Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose qui a rassemblé ce jeudi à Lyon 14,02 milliards de dollars

Elisa Frisullo (avec J.Lau.)

— 

Des membres de l'association Aides lors d'une action organisée mercredi à Lyon à l'occasion du Fonds mondial de lutte contre le sida, la paludisme et la tuberculose. JEFF PACHOUD
Des membres de l'association Aides lors d'une action organisée mercredi à Lyon à l'occasion du Fonds mondial de lutte contre le sida, la paludisme et la tuberculose. JEFF PACHOUD — AFP
  • La 6e conférence du Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose s’est tenue mercredi et jeudi à Lyon.
  • Organisé tous les trois ans, ce rendez-vous doit permettre aux pays mais également au secteur privé d'annoncer leurs dons pour participer à la lutte internationale contre ces maladies.
  • Le financement communiqué par Emmanuel Macron ce jeudi à Lyon était très attendu. Bloqué à 13,8 milliards de dollars, celui-ci a atteint 14,02 milliards (selon Peter Sands, directeur exécutif du Fonds) grâce notamment à un effort de la France et de la fondation Bill Gates. « Un soulagement » pour l’association Aides France.

« On y est ! » Emmanuel Macron a dû se démener, ce jeudi à Lyon, pour permettre à la 6e conférence du Fonds mondial d’atteindre son objectif de 14 milliards de dollars sur les trois prochaines années pour la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. L’important investissement français (+ 20 % par rapport à la période 2016-2019, après une première annonce de +15 % le matin, soit 1,296 milliard de dollars, ou 1,176 milliard d’euros) a notamment « soulagé » les 200 ONG internationales. Celles-ci avaient signé une tribune début octobre appelant à une augmentation de 25 % de l’effort financier français.  20 Minutes vous explique les enjeux du Fonds mondial de lutte contre ces trois maladies, qui s’est tenu mercredi et jeudi à Lyon.

A quoi sert ce Fonds mondial ?

Le fonds mondial est une fondation à but non lucratif qui a été créée en 2002 afin de mettre plus rapidement un terme aux épidémies de sida, de tuberculose et de paludisme. L’organisation internationale récolte des fonds auprès des autorités publiques, du secteur privé et de fondations. 93 % des fonds proviennent des pays donateurs, d’où l’intérêt de cette conférence internationale organisée tous les trois ans. Ce rendez-vous permet aux donateurs du monde entier d’annoncer leur promesse de dons pour participer à la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, qui tuent près de 3 millions de personnes dans le monde chaque année.

Elle investit plus de 4 milliards de dollars US par an dans le soutien de programmes menés par des spécialistes locaux dans plus de 100 pays auprès des malades. « Elle met autour de la table des personnes qui jusqu’alors n’avaient pas le droit au chapitre. Les minorités, les personnes discriminées (homosexuels, migrants, travailleurs du sexe…). On part des besoins du terrain que remontent les associations », confie à 20 Minutes Aurélien Beaucamp, président de Aides France.

Quels progrès grâce aux dons ?

Selon l’organisation internationale, « 32 millions de vies ont été sauvées » à fin 2018 grâce « aux programmes de santé soutenus par le partenariat du fonds mondial ». Le nombre de décès annuels dus au sida, à la tuberculose et au paludisme a reculé de 40 % depuis 2002 dans les pays où le Fonds mondial investit, ajoute la fondation. Pour le VIH, les financements ont ainsi permis de mettre 18,9 millions de personnes sous traitement antirétroviral. Cela a notamment participé à la baisse de moitié des décès depuis 2005. Et « le taux de couverture vivant avec le VIH et bénéficiant d’un traitement est passé de moins de 20 % en 2009 à plus de 60 % l’an passé », peut-on lire dans le rapport du Fonds. « Avant, on attendait que le patient soit malade. Aujourd’hui, il est mis sous traitement dès qu’il est diagnostiqué. Cela a aussi un rôle préventif puisqu’une personne qui a le VIH et sous traitement ne transmet plus le virus », ajoute le président d’Aides.

Contre la tuberculose, la maladie infectieuse qui tue le plus, les résultats sont tout aussi probants. « En 2018, 5,3 millions de personnes ont été traitées contre la maladie. La couverture de traitement de la tuberculose est passée de 49 % en 2010 à 61 % en 2017 et le taux de succès thérapeutique a atteint 84 % en 2016 », détaille le Fonds mondial. Pour venir à bout du paludisme, qui tue un enfant toutes les deux minutes dans le monde, des actions pour améliorer la prévention, le diagnostic et le traitement des malades ont notamment été menées dans les pays les plus touchés à l’instar du Sénégal, du Congo ou de Madagascar. En 2018, 131 millions de moustiquaires ont par exemple été distribuées dans les pays où le Fonds a investi.

Pourquoi l’augmentation de l’enveloppe globale était indispensable ?

En 2016, lors de la dernière conférence, 12,2 milliards de dollars ont été collectés. Pour cette 6e conférence, un objectif minimum de 14 milliards était fixé et a été atteint ce jeudi (14,02 milliards de dollars selon le directeur exécutif du Fonds Peter Sands, soit 12,72 milliards d’euros, grâce notamment aux efforts de la France et de la Fondation Bill Gates). « Cette somme, c’est vraiment le minimum pour ne pas perdre les progrès que nous avons enregistré ces dernières années pour lutter contre ces trois maladies, explique Aurélien Beaucamp. C’est-à-dire la diminution du nombre d’infections et de décès. Même si nous espérions 25 % d’augmentation [et non 15 puis 20 % dans l’après-midi] de la France, qui se devait de donner l’exemple en tant que pays hôte, nous sommes soulagés aujourd’hui. »

Parmi les avancées notables que les associations et ONG ne veulent pas voir régresser, il y a le suivi des malades. « Aujourd’hui, pour le sida, le paludisme et la tuberculose, les 2/3 des malades ont accès à un traitement. C’est énorme et cela n’a jamais été atteint », ajoute-t-il. Pour la période 2020-2022, le fonds s’est fixé comme objectifs de sauver 16 millions de vies et de réduire de moitié la mortalité liée aux trois maladies.

Pourquoi l’engagement de la France était-il tant attendu ?

Les ONG réclamaient donc une hausse de l’engagement français de 25 %, soit 450 millions d’euros par an. « Depuis dix ans, la contribution de la France n’avait pas augmenté. La dernière fois, c’était sous Sarkozy, donc ça commençait à dater, ajoute Aurélien Beaucamp. Quand on a l’ambition de peser sur la stratégie de santé mondiale, il faut montrer un leadership en termes de financement. » Pour convaincre les pays donateurs et la société civile, les acteurs de terrain n’ont pas manqué ces derniers mois de rappeler la force du fonds international.

« Le fonds, c’est l’organisation qui a la plus grande efficacité. Les actions sont menées très rapidement une fois les dons collectés et évaluées avec précision. Cela permet de voir précisément où va l’argent et de réorienter les missions en cas d’échec », ajoute le président d’Aides. Et de compléter : « Si 500 millions venaient à manquer, cela représenterait pour les maladies 350.000 morts à terme par manque de traitement. Et 5 millions de nouvelles infections. C’est pourquoi nous serons vigilants afin de nous assurer que ces 14 milliards de dollars seront bien rassemblés d’ici décembre. »