Lyon : Comment la fondation Mérieux se mobilise pour répondre à l'urgence Ebola

EPIDEMIE Un avion dans lequel ont été embarqués ce mardi des laboratoires containers va décoller de Lyon pour rejoindre la République démocratique du Congo à l'initiative de la fondation Mérieux

Elisa Frisullo

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Des laboratoires containers acheminés dans un avion ce mardi vont décoller de Lyon le 9 octobre pour rejoindre la RDC dans le cadre de la lutte contre Ebola.
Des laboratoires containers acheminés dans un avion ce mardi vont décoller de Lyon le 9 octobre pour rejoindre la RDC dans le cadre de la lutte contre Ebola. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • A l’initiative de la fondation Mérieux, trois laboratoires containers destinés à la lutte contre Ebola ont été chargés pour un décollage de Lyon prévu mercredi matin.
  • Destination, la République démocratique du Congo, où en 18 mois, l’épidémie a fait plus de 2100 morts.
  • Ces laboratoires ultramodernes et sécurisés doivent permettre d’améliorer le diagnostic de la maladie et le suivi des patients.

Sur le tarmac de l’aéroport Lyon Saint-Exupéry, les personnels s’activent au pied de l’Antonov, l’un de plus gros avions porte containers dont le chargement se fait dans l’effervescence en ce mardi après-midi. Car si la manœuvre est habituelle, l’imposante cargaison embarquée l’est beaucoup moins. A l’initiative de la fondation Mérieux, trois laboratoires-containers destinés à la lutte contre Ebola ont été chargés pour un décollage prévu mercredi matin. Direction finale, Goma, en République Démocratique du Congo (RDC).

Cette mobilisation lyonnaise, importante pour répondre à l’urgence contre la maladie, qui a déjà fait plus de 2.100 morts en quatorze mois dans l’est de la RDC, s’est organisée rapidement. « L’homme de l’Ebola », Jean-Lacques Muyembe, qui a été chargé par le président de la RDC de coordonner la réponse à cette épidémie, a contacté Alain Mérieux. « Il m’a appelé le 22 juillet en m’expliquant qu’il avait besoin d’un centre de diagnostic pour répondre au risque sanitaire et qu’il fallait faire vite », indique l’industriel pharmaceutique lyonnais, président de la fondation Mérieux.

Le Lyonnais Alain Mérieux, industriel et fondateur de la fondation éponyme.
Le Lyonnais Alain Mérieux, industriel et fondateur de la fondation éponyme. - E. Frisullo / 20 Minutes

Des labos conçus à Grenoble

Pour répondre à l’urgence, la fondation mobilise en plein été ses équipes et fait alors appelle à la société grenobloise IMeBIO pour fabriquer ces laboratoires. Des labos préparés en deux mois pour être prêts à décoller de Lyon au plus vite. « C’est un enjeu de santé publique pour améliorer le diagnostic de la maladie et surtout le suivi des patients », ajoute l’entrepreneur lyonnais.

Concrètement, deux laboratoires P2 et P3 et un camion frigorifique, dédié au stockage des réactifs, vont être envoyés en RDC où ils pourront être utilisés clé en main. Dans le laboratoire, P3, les échantillons de prélèvements sanguins arriveront, dans de strictes conditions de sécurité pour les personnels, et seront analysés.

Analyser la souche

« Il s’agira de fait le diagnostic pour voir s’il s’agit d’Ebola ou d’une autre fièvre hémorragique », indique François Xavier Babin de la fondation Mérieux. Dans le laboratoire P2, une véritable plateforme de biologie moléculaire, il s’agira d’analyser les souches d’Ebola pour comprendre d’où est partie l’épidémie et de quelle manière elle circule, ajoute le directeur diagnostic et santé de la fondation.

En RDC, confrontée à d’importants problèmes sécuritaires, les équipes de Mérieux et de la fondation Praesens associée au projet s’assureront que le laboratoire a été installé dans une zone sécurisée avant de faire acheminer, lors d’un second voyage, les équipements de biologie moléculaire. « Si le voyage se passe comme prévu, les premiers prélèvements pourront commencer d’ici à trois semaines », précise François-Xavier Babin. Avec un rythme prévisionnel de 180 patients diagnostiqués chaque jour.

Trois laboratoires containers vont quitter Lyon ce 9 octobre dans le cadre de la lutte contre Ebola.
Trois laboratoires containers vont quitter Lyon ce 9 octobre dans le cadre de la lutte contre Ebola. - E. Frisullo / 20 Minutes

L’installation de ce centre de diagnostic à Goma a évidemment été soigneusement pensée. Cette ville de RDC est en effet située en région frontalière avec l’Ouganda et le Rwanda, deux pays qui pourraient être frappés à leur tour par l’Ebola si l’épidémie venait à exploser. A ce jour, un seul labo de ce type existe, à Kinshasa, soit à l’autre bout du pays.

« Aujourd’hui, les conditions en termes de biosécurité sont très limites », souligne François Xavier Babin. Les échantillons contaminés traversent toute la RDC pour être inactivés et devenir inoffensifs. Un voyage que l’on imagine aisément à haut risque dans ce pays marqué par une guerre sans fin.