Poitiers : Les praticiens à l’origine des essais cliniques sauvages poursuivis par l’Ordre des médecins pour « charlatanisme »

SANCTIONS DISCIPLINAIRES Le conseil national de l’Ordre des médecins a engagé des poursuites disciplinaires contre huit médecins après des expérimentations médicamenteuses sur des malades d’Alzheimer et de Parkinson

E.P. avec AFP

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Henri Joyeux, lors d'une conférence de presse, le 7 novembre 2017.
Henri Joyeux, lors d'une conférence de presse, le 7 novembre 2017. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Des essais cliniques non autorisés ont eu lieu dans une abbaye près de Poitiers sur plus de 350 malades d’Alzheimer et de Parkinson.
  • Les huit médecins impliqués dans ces expérimentations sont poursuivis par l’Ordre des médecins pour « charlatanisme », parmi eux le professeur Henri Joyeux, connu pour ses positions anti-vaccins.

Après la justice c’est au Conseil national de l'Ordre des médecins de réagir à l’affaire des essais cliniques organisés sans autorisation sur plus de 350 malades d’Alzheimer et de Parkinson dans une abbaye de Poitiers. L’Ordre a engagé des poursuites disciplinaires pour « charlatanisme » contre le professeur Joyeux, connu pour ses positions controversées anti-vaccins, et sept autres médecins membres de la structure qui a organisé les expérimentations.

Le pôle santé publique du parquet de Paris avait ouvert le 27 septembre une information judiciaire au sujet de ces expérimentations, notamment pour « tromperie », « abus frauduleux de l’ignorance ou de la faiblesse d’une personne vulnérable » ou « exercice illégal de la profession de pharmacien ». L’affaire avait été révélée le 19 septembre par l'Agence du médicament (ANSM), qui avait alors dénoncé un « essai clinique sauvage ».

Les sanctions peuvent aller jusqu’à la radiation

Le Conseil de l’ordre les poursuit « pour violation notamment des articles 15 (recherches impliquant la personne humaine), 39 (charlatanisme) et 40 (risque injustifié) du code de déontologie », précise-t-il dans un communiqué. Cette procédure peut aller jusqu’à la radiation. Par ailleurs, le Conseil de l’ordre a « pris la décision de se constituer partie civile dans le volet pénal de cette affaire ».

Les huit médecins que le Conseil de l’ordre poursuit devant ses instances disciplinaires appartiennent à la structure organisatrice de ces expérimentations, le fonds Josefa, du nom d’une religieuse espagnole du début du XXe siècle.

Trois sont membres de son conseil d’administration, dont son vice-président, Henri Joyeux, contesté par la communauté médicale notamment à cause de ses positions anti-vaccins. Les cinq autres sont membres de son comité consultatif.

Le Conseil de l’ordre ne peut en revanche pas engager de procédure disciplinaire contre le président du fonds Josefa, Jean-Bernard Fourtillan, car celui-ci n’est pas médecin mais pharmacien. Il fait « déjà l’objet d’une plainte pour exercice illégal de la médecine portée en juin 2019 par le Conseil départemental de la Vienne de l’Ordre des médecins », rappelle le Conseil de l’ordre.

L’expérimentation consistait à appliquer aux patients des patchs contenant deux molécules aux effets inconnus, appelées valentonine et 6-méthoxy-harmalan, dans l’espoir de traiter plusieurs maladies neurologiques (Parkinson, Alzheimer) ainsi que des troubles du sommeil.