Paracétamol et ibuprofène en libre-service : « Il faut arrêter de banaliser ces médicaments »

INTERVIEW Pour Gilles Bonnefond, président de l’Union des Syndicats des Pharmacies d’Officine et pharmacien à Montélimar, « il faut stopper les achats réflexes » de paracétamol et d’ibuprofène

Propos recueillis par Manon Aublanc

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Dès janvier 2020, le paracétamol et l'ibuprofène pourraient repasser derrière le comptoir du pharmacien.
Dès janvier 2020, le paracétamol et l'ibuprofène pourraient repasser derrière le comptoir du pharmacien. — CHARLY TRIBALLEAU / AFP
  • L’Agence du médicament (ANSM) veut que l’ibuprofène, le paracétamol et l’aspirine soient obligatoirement rangés derrière le comptoir des pharmacies.
  • Actuellement, ces médicaments peuvent être vendus en accès direct, c’est-à-dire en se servant soi-même dans les rayons de la pharmacie.
  • Cette mesure vise à limiter les risques liés à un mauvais usage de ces produits vendus sans ordonnance.

« Un médicament, ce n’est pas un produit banal ». La vente d’aspirine, de paracétamol et d’ibuprofène en libre-service pourrait cesser, dès janvier 2020. Pour limiter les risques liés au mauvais usage de ces produits, vendus sans ordonnance, l’Agence du médicament (ANSM) veut placer ces médicaments derrière le comptoir du pharmacien.

Actuellement, les médicaments contenant du paracétamol, de l’ibuprofène et l’aspirine peuvent être vendus en accès direct, c’est-à-dire en se servant soi-même dans les rayons de la pharmacie. « L’ANSM souhaite qu’ils ne soient plus en libre accès et soient tous placés derrière le comptoir du pharmacien, renforçant ainsi son rôle de conseil auprès des patients », a indiqué l’ANSM. Pourquoi cette décision ? Quels dangers présentent ces médicaments ? 20 Minutes a interrogé Gilles Bonnefond, président de l’Union des Syndicats des Pharmacies d’Officine et pharmacien à Montélimar.

Pourquoi l’ANSM veut-elle instaurer cette mesure ?

Ces médicaments sont très efficaces, mais s’ils sont mal utilisés, avec des surdosages, ils peuvent être dangereux. Il faut renforcer le conseil pharmaceutique. Cette notion de libre accès, que certains ont même baptisé libre-service​, est la porte d’entrée pour demain de la grande distribution. Il ne faut pas oublier que ce sont des médicaments, il ne s’agit pas d’un simple produit de consommation. Toutes les techniques de marketing ne sont pas adaptées au bon usage. Nous ne sommes pas là pour pousser à la consommation, on est là pour renforcer un message. Ce médicament, si vous êtes âgé, si vous êtes jeune, si vous avez une insuffisance rénale ou hépatique, ce n’est pas les mêmes dosages, il faut faire attention. On peut les utiliser, mais sous certaines précautions.

Cette position de l’ANSM est soutenue par la profession, car la mesure est cohérente. D’ailleurs, plus de la moitié des pharmaciens n’avaient pas mis le paracétamol et l’ibuprofène devant le comptoir. Et ceux qui l’ont fait, en faisant des promotions, sont complètement à côté de la plaque.

Y a-t-il un problème d’automédication et de surdosage en France ?

Ce qui est important avec les médicaments que l’on peut avoir sans ordonnance, c’est d’avoir un conseil pharmaceutique renforcé. Il faut stopper les achats réflexes. Il faut que ce soient des petites boîtes, des petits conditionnements. Les patients doivent connaître les conditions dans lesquelles on peut utiliser ces médicaments et à quels membres de la famille on peut les donner. Il faut arrêter de banaliser ces médicaments. C’est à cause de ça qu’on a des accidents.

Quels risques peuvent engendrer le surdosage d’ibuprofène ou de paracétamol ?

Pour le paracétamol, la posologie maximum pour un adulte est de 3 grammes par jour. On peut aller jusqu’à 4 grammes exceptionnellement. Le médicament est éliminé par le foie. Quand il y a surdosage, il y a trop de molécules à éliminer et le foie se fatigue jusqu’à se dégrader et donner lieu à une insuffisance hépatique.

Pour l’ibuprofène, c’est le rein qui élimine la molécule. En cas de surdosage, ça peut donner lieu à une insuffisance rénale grave. Si les patients ont déjà les reins ou le foie fragile, pour eux, les dosages doivent être inférieurs. Il faut être beaucoup plus attentifs au dosage et à l’utilisation à long terme de ces médicaments.

Cette décision permet-elle de réaffirmer le rôle des pharmaciens ?

Ce qui nous intéresse, nous pharmaciens, c’est le bon usage des médicaments. Un effet secondaire pour nous, c’est un échec. Quand un patient rentre dans une pharmacie, ce qui est important, c’est l’échange d’informations avec le spécialiste. Le pharmacien est là pour aider le patient, le conseiller sur des médicaments adaptés. Toutes les stratégies marketing peuvent contrarier le conseil du pharmacien. Un médicament, ce n’est pas un produit banal. Banaliser le médicament, c’est ce qui crée le danger et les risques de mésusage.