Une étude scientifique remet en cause l’efficacité de suppléments alimentaires pour sportifs

MUSCLES Un institut de recherche nordiste dévoile une étude montrant la non-conformité et l’inefficacité relative des suppléments alimentaires d’acides aminés destinés aux sportifs

Gilles Durand

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Illustration de la musculation
Illustration de la musculation — VINCENT WARTNER / 20 Minutes
  • Un institut de recherche de Villeneuve-d’Ascq, dans le Nord, dénonce l’intérêt nutritionnel des suppléments alimentaires destinés aux sportifs.
  • L’étude portant sur 45 suppléments alimentaires tend à prouver que les recommandations de consommation sont souvent excessives.
  • Une alimentation équilibrée et adaptée apporte les mêmes acides aminés améliorant les performances

Les suppléments alimentaires BCAA sont-ils réellement efficaces ? Un institut de recherche de Villeneuve-d'Ascq, dans le Nord, a publié, ce mardi, une étude sur ce type de suppléments alimentaires destinés aux sportifs. Il dénonce la mise en vente libre de produits « hors norme nutritionnelle » dont la consommation peut être assimilée à une « conduite dopante ». On appelle ça les BCAA, un sigle qui signifie, en français, acides aminés à chaînes ramifiées. Des substances que les sportifs, de plus ou moins haut niveau, absorbent en comprimés ou en pilules pour développer de la masse musculaire ou améliorer la récupération.

Les propriétés de ces acides aminés sont reconnues, mais les médecins qui ont participé à cette étude scientifique sont formels. « La quantité de BCAA est facilement couverte par les aliments courants, dans le cadre d’une alimentation équilibrée et adaptée », note Frédéric Maton, médecin responsable du pôle nutrition à l’Institut de recherche en bien-être médecine et sport santé (IRBMS) de Villeneuve-d’Ascq.

« Un produit laitier genre fromage blanc, trois fois par jour, et des protéines d’origine animal une fois par jour suffisent », affirme le médecin. Et pour la récupération après un effort d’endurance, « rien ne vaut l’eau pour lutter contre la fatigue », assure-t-il.

Deux ans d’études ont été nécessaires pour décortiquer les données en comparant la valeur nutritionnelle de référence (VNR) pour un sportif et les apports réels des BCAA en boîte.

« Le plus gros danger, c’est la dépendance au produit »

« Nous avons expertisé 45 de ces ingrédients sur un panel de 31 fabricants, explique Frédéric Maton. Un constat s’impose : les recommandations de consommation proposées par les fabricants sont très souvent excessives, jusqu’à dix par jour, et elles ne respectent que rarement les apports nutritionnels conseillés, même pour des sportifs à haut niveau de performance. »

L’IRBMS dénonce notamment le surdosage proposé. « Un supplément sur trois propose, par exemple, une dose incompatible avec les apports nutritionnels recommandés chez un sportif de moins de 90 kg. » Dès lors, existe-t-il un danger à surconsommer ce genre de produit ? « Les risques ne sont pas clairement identifiés, estime Patrick Bacquaert, médecin-chef de l’IRBMS. Le plus gros danger, c’est la dépendance au produit. »

Assimilé à une conduite dopante

Pour lui, « la consommation de ces suppléments ne doit pas être banalisée. Elle s’assimile à une conduite dopante ». « Et surtout, ça ne sert à rien d’en prendre trop, renchérit Frédéric Maton. Cela n’apporte aucun bénéfice supplémentaire sur les performances par rapport à la VNR », assure Frédéric Maton.

L’étude doit être envoyée au ministère de la Santé et l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Objectif : faire évoluer les recommandations autour de ces produits.