Sida : « On peut vraiment mettre fin à l’épidémie à l’horizon 2030 »

INTERVIEW L’infectiologue niçois Pascal Pugliese, nommé président de la Société française de lutte contre le Sida, fait le point sur la progression du virus et les moyens de le contrer

Fabien Binacchi

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Le médecin encourage les dépistages gratuits sans ordonnance dans les labos
Le médecin encourage les dépistages gratuits sans ordonnance dans les labos — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Le médecin du CHU de Nice Pascal Pugliese vient d’être nommé président de la Société française de lutte contre le Sida.
  • Il évoque l’efficacité de la Prep, le traitement préventif contre le Vih, qui permet d’imaginer une fin de l’épidémie à l’horizon 2030.

Déjà président du CoreVih Paca-est, le Dr. Pascal Pugliese, infectiologue au CHU de Nice, vient de prendre la tête de la Société française de lutte contre le Sida (SFLS). Créée en 1994, cette association regroupe les professionnels hospitaliers et libéraux concernés par la prise en charge et la prévention de l’infection par le VIH.

Votre nomination à ce poste est-elle liée à l’importance de l’épidémie dans la région niçoise ?

Cela fait longtemps que je suis impliqué au sein de la SFLS. J’avais notamment présidé le congrès qu’elle avait organisé à Nice en 2017. Mais il est vrai que toute la région Paca est regardée différemment vue la dynamique importante qui nous occupe ici parce que l’épidémie elle-même y est justement importante. Les Alpes-Maritimes sont le département le plus touché après Paris. Selon une étude Prevagay, la part d’hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes infectés à Nice est de 17,1 % [devant Montpellier et Paris].

Il y a pourtant des raisons d’espérer qu’il n’y ait plus de contaminations…

Nous avons annoncé l’autonome dernier que le nombre de nouveaux patients infectés pris en charge dans le département avait baissé de 40 % entre septembre 2017 et septembre 2018. Les chiffres qui seront annoncés fin novembre devraient confirmer cette tendance que l’on peut notamment attribuer à la Prep.

Aujourd’hui, entre ce traitement préventif, le traitement comme prévention, qui permet aux personnes infectées de ne pas transmettre le virus, le traitement post-exposition [après un rapport sexuel à risque] et le préservatif, on peut vraiment mettre fin à l’épidémie à l’horizon 2030. Nous ne sommes plus fatalistes.

Les Alpes-Maritimes et Paris testent également depuis juillet la possibilité de se faire dépister gratuitement et sans ordonnance dans tous les laboratoires de ville. Les premiers chiffres sont-ils encourageants ?

En deux mois, dans le département, nous avons eu environ 800 tests effectués dans ce cadre-là, dont trois qui se sont révélés positifs. On espère que ce nouveau dispositif augmentera de 15 % le nombre total de dépistages. On est encore un peu en deçà mais il faut attendre que l’information circule. En juillet 2020, nous ferons un bilan de cette expérimentation pour voir s’il faut la pérenniser et l’étendre. L’espoir, c’est que d’autres publics aillent se faire dépister et que les personnes les plus à risques se fassent tester régulièrement. Il y a encore trop de diagnostics tardifs.

Le CHU de Nice est aussi impliqué dans la recherche concernant de nouveaux traitements…

Comme d’autres, nous accueillons des essais cliniques. Et certains concernent des formes retard des médicaments qui devraient améliorer le confort des personnes infectées. D’ici deux ans, une injection tous les deux ou trois mois pourrait remplacer les comprimés.