Les pharmaciens facturent-ils vraiment la délivrance de médicaments sur ordonnance?

FAKE OFF Un post Facebook s’insurge contre les honoraires de dispensation appliqués par les pharmacies

Alexis Orsini

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Une enseigne de pharmacie, à Paris (illustration).
Une enseigne de pharmacie, à Paris (illustration). — Clément Follain / 20 Minutes
  • « Les pharmaciens se font rembourser le "conseil" qu'ils nous donnent quand ils nous donnent les médicaments », s'insurge une internaute sur Facebook.
  • Elle entend ainsi dénoncer les honoraires de dispensation appliqués par les pharmacies.
  • En vigueur depuis plusieurs années, ceux-ci ne représentent en réalité aucun coût supplémentaire pour les clients.

« Un le matin, un le midi et un le soir pendant les repas ». Qu’elle soit prononcée lors d’un passage en caisse ou inscrite directement sur des boîtes de médicament, cette prescription est répétée quotidiennement en pharmacie.

Mais ces consignes a priori anodines cacheraient – au même titre que la simple lecture d’une ordonnance – des sources de revenus insoupçonnées pour les pharmaciens, selon une internaute qui sonne l’alerte dans un groupe Facebook de « gilets jaunes » : « Mon infirmière vient de me faire remarquer un truc qui me rend dingue ! Sur toutes mes ordonnances, les pharmacies s'appliquent des "honoraires de dispensation". A chaque fois il y a 2 lignes les "Remboursables" à 0,51 euro, et les "Spécifiques" à 2,04 euros et il y a un honoraire pour chaque médicament de l'ordonnance. Et l'infirmière de m'expliquer que les pharmaciens se font rembourser le "conseil" qu'ils nous donnent quand ils nous donnent les médicaments . »

« Ben si, vous savez bien, quand le pharmacien relit l'ordonnance du médecin, […] hop, il facture 0,51 euro. Et s'il vous vend un autre médicament hors ordonnance (une boite de paracétamol) ou plus compliqué à expliquer, hop il facture 2,04 euros. Bien sûr, nous, on ne voit rien passer. […] Moi, je n'y aurais jamais pensé sans mon infirmière ET tout ça c'est la c'est la sécu qui paye !! », poursuit-elle en partageant des photos illustrant son propos.

Si cette pratique est bien en vigueur, elle n’entraîne en réalité aucune dépense supplémentaire pour les clients, comme l’expliquent les différents acteurs du milieu pharmaceutique.

FAKE OFF

« Toutes les pharmacies appliquent ces honoraires, c’est systématique », nous confirme Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). « Ils s’appliquent sur tout le territoire français et concernent uniquement les médicaments portés au remboursement », ajoute l’Assurance maladie.

Ces honoraires de dispensation ont été mis en place il y a quelques années, en vue de « rendre le mode de rémunération des pharmaciens compatible avec la transformation de leur métier, » selon Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO). Ces changements visent à valoriser le travail de conseil réalisé par les pharmaciens, pour les rendre moins dépendants des revenus liés à la vente de médicaments – dans un contexte global de baisse de prix.

Depuis 2015, conformément à l’avenant n°5 à la convention nationale des pharmaciens titulaires d’officine, les pharmacies appliquent donc un « honoraire au conditionnement » (1,02 euro pour chaque boîte de médicament) et un « honoraire pour ordonnance complexe » – celles qui comprennent au moins cinq spécialités pharmaceutiques – de 0,51 euro, dès lors que les pharmaciens procèdent à la « vérification de la validité de l'ordonnance ».

Depuis le 1er janvier 2019, de nouveaux honoraires sont également appliqués, dont un réservé aux médicaments destinés aux enfants de moins de trois ans et aux personnes de plus de 70 ans (pour 0,51 euro).

« Il n'y a aucune pénalisation des assurés »

Mais contrairement à ce que laisse entendre le post Facebook, ces honoraires n’imposent pas de dépense supplémentaire aux personnes qui achètent des médicaments. « Il n’y a aucune pénalisation des assurés. Nous avons divisé la marge commerciale sur le prix des médicaments par quatre – d’environ 25 % à 7 % – pour la remplacer par ces honoraires de dispensation. Le mode de rémunération apparaît désormais clairement [sur l’ordonnance après encaissement] alors qu’avant il était caché par la marge commerciale, et il compense simplement la baisse de prix des médicaments », assure Gilles Bonnefond.

« Ce coût est matérialisé alors qu’il était jusqu’ici invisible aux yeux des patients, très peu de gens sont au courant de l’existence de ces honoraires, même s’il y avait eu une campagne d’information sur le sujet », indique Philippe Besset.

En outre, les honoraires pour ordonnance complexe sont « pris en charge à 100 % par le régime obligatoire », comme le souligne l’Assurance maladie, tandis que les autres types d'honoraires sont le sont à 70 %, les 30 % restants étant remboursés par les  complémentaires santé. Ce processus coûte en revanche 280 millions d'euros à l'Assurance maladie et aux organismes complémentaires, comme l'indiquait récemment Nicolas Revel, directeur général de l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam).