Crise aux Urgences : A quoi va ressembler le service d’accès aux soins (SAS) que souhaite Agnès Buzyn ?

URGENCES La ministre de la Santé a annoncé dans son Pacte de refondation des urgences la création d'un service d’accès aux soins (SAS)

Oihana Gabriel

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Un véhicule du Samu en intervention, le 25 août 2019, à Paris.
Un véhicule du Samu en intervention, le 25 août 2019, à Paris. — Clément Follain / 20 Minutes
  • Parmi les annonces du pacte de refondation des urgences, Agnès Buzyn veut lancer avant l’été 2020 un service d’accès aux soins (SAS), qui devrait soulager des services débordés.
  • Des représentants d’hospitaliers et de libéraux vont plancher pendant deux mois pour définir les contours de ce nouveau service public.
  • La crise des urgences a fait ressurgir une bataille ancienne : la possibilité de créer un numéro unique de secours.

Edit: A l'occasion de la première réunion de travail pour lancer le service d'accès aux soins (SAS) mardi 1er octobre, nous remontons cet article écrit le 19 septembre. 

Ce jeudi, à 10h30, les premiers ateliers de préfiguration pour concrétiser le « Pacte de refondation des urgences », tout juste annoncé, se tiendront au ministère de la Santé. Car la ministre veut aller vite. Et de nombreux dossiers sont à explorer rapidement. Notamment celui qui concerne l’une des annonces fortes de la semaine dernière :  la création d’un service d’accès aux soins (SAS). Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a donné deux mois aux partenaires, hospitaliers comme libéraux, pour définir les contours précis de ce SAS. Un nouveau service public qui devrait coûter, selon les estimations, 340 millions d’euros sur trois ans et se concrétiser à l’été 2020. Mais de nombreuses questions restent en suspens.

En quoi cela va-t-il consister ?

« Aujourd’hui, 15 % des Charentais n’ont plus de médecin traitant, explique Thomas Mesnier, député LREM de ce département et chargé par la ministre d’une mission sur les urgences. Les Français se dirigent vers les urgences parce qu’ils savent qu’ils auront toujours accès à un soignant. » Cet ancien urgentiste prône donc une réorganisation de soins, coordonnée entre ville et hôpital pour éviter l’engorgement des urgences.

La feuille de route est ainsi définie : le SAS devra permettre aux patients de joindre par téléphone ou via Internet, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, un médecin qui pourra, en fonction des besoins, les orienter vers une consultation en ville, vers les urgences, ou encore envoyer une ambulance. Mais le professionnel de santé pourra également faire une téléconsultation ou du téléconseil. Et envoyer par fax ou email une ordonnance. Un dispositif proche de SOS médecin, mais public, donc gratuit. « On peut également imaginer que des infirmières répondront à ce numéro d’appel pour donner des conseils ou orienter », ajoute Thomas Mesnier. Ce qui pourrait par exemple permettre d’éviter aux personnes âgées en Ehpad de passer cinq heures sur un brancard après une chute qui ne nécessiterait pas d’hospitalisation. D’autant que la ministre souhaite  développer la vidéo-assistance entre Ehpad et Samu. 

Quels moyens seront alloués ?

Ce SAS s’inscrit dans la droite ligne d’une meilleure permanence des soins prônée par Ma santé 2022, la réforme globale du système de santé annoncée par Emmanuel Macron il y a tout juste un an. Si un budget a déjà été évalué – 340 millions d’euros –, son utilisation n’est pas encore précisée. Pour le collectif Inter-Urgences, cette annonce n’a rien d’une révolution, car elle oublie l’essentiel :  l’augmentation des effectifs demandée par les paramédicaux, en grève depuis six mois. « La régulation existe déjà par les pompiers et par le Samu, critique Anne-Claire, infirmière et membre du collectif. Aujourd’hui, les assistants de régulation médicale sont trop peu nombreux. Tant qu’on n’aura pas davantage de lits ou d’effectif, ce que propose la ministre ne pourra pas fonctionner. » Car ces paramédicaux craignent que ce premier tri par téléphone ou par Internet ne freine pas l’afflux aux urgences de nombreux patients qui auront besoin d’examens médicaux ou d’une suture, par exemple.

Pour être efficace, « le SAS suppose de pouvoir renvoyer vers des plages libres de consultation en ville », avance Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF). Ce qui, en période de pénurie de généralistes comme de spécialistes, ne va pas forcément de soi. « La nuit, ces cabinets de ville resteront fermés », ajoute Anne-Claire, membre du collectif Inter-Urgences. « On manque de médecins, donc on propose du téléconseil, tempête pour sa part Christophe Prudhomme, porte-parole de l’AMUF (Association des médecins urgentistes de France) et leader CGT. Est-ce qu’on va aller jusqu’à proposer dans les déserts médicaux uniquement un numéro d’appel ? »

Et certains de s’étonner qu’une grosse partie de l’enveloppe promise aux urgences (750 millions) soit dédiée à un support technique. « En réalité, ce SAS, c’est le 15 couplé avec Doctolib [plateforme numérique de prise de rendez-vous médical], s’était ainsi agacé un médecin présent à l’Assemblée générale du collectif Inter-Urgences, le 10 septembre dernier. Dépenser 340 millions pour cela, c’est beaucoup trop ! ».

Quel numéro choisir ?

Autre question : quel numéro de téléphone utiliser ? Le SAS viendra-t-il s’ajouter aux numéros de secours actuels, ou bien les remplacera-t-il ? Car à la différence des Américains, qui n’ont qu’à composer le fameux 911 pour tout problème, les Français ont le choix. Ils peuvent en effet joindre le 17 (police), le 18 (pompiers), le 15 (Samu), le 112 (numéro européen qui redirige vers une plateforme où pompiers et médecins répondent), le 116-117 (numéro des médecins libéraux, mais qui ne fonctionne que dans certains départements)… Et on ne sait pas forcément lequel privilégier quand son nourrisson a 40 °C de fièvre.

Emmanuel Macron avait promis, pendant la campagne présidentielle, la création d’un numéro unique. Mais la question ne semble pas encore tranchée. Car ce vieux serpent de mer crée des crispations, les pompiers refusant de laisser tomber le 18, les médecins poussant plutôt vers le 15. « Nous avons proposé qu’un numéro unique, le 15, réalise à la fois une régulation et du conseil médical, souligne Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France (FHF). Un médecin régulateur, généraliste ou hospitalier, aurait accès aux plages horaires disponibles à l’hôpital et dans les cabinets en ville. Cela nous paraît cohérent d’avoir une seule porte d’entrée plutôt qu’un numéro pour les réelles urgences et un autre pour les soins non programmés. »

« Uber a un meilleur système d’organisation que nous, s’agace Christophe Prudhomme, de l’AMUF. Si on ajoute un nouveau numéro, personne ne va plus rien y comprendre. Nous souhaitons qu’ils coordonnent le 15 et le 18 pour aller vers un numéro unique, le 112. » Deux mois pour mettre d’accord tout le monde, voilà un défi de taille.