VIDEO. Urgences : Le collectif Inter-Urgences vote la poursuite de la grève et réfléchit à fédérer tous les soignants

REPORTAGE L'Assemblée générale du collectif Inter-Urgences se tenait à Saint-Denis ce mardi, au lendemain des annonces d'Agnès Buzyn, qui a promis de mettre 750 millions d'euros pour les urgences

Oihana Gabriel

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Mardi 10 septembre 2019, le collectif Inter-Urgences organisait son AG pour voir comment poursuivre son mouvement de grève dans les urgences.
Mardi 10 septembre 2019, le collectif Inter-Urgences organisait son AG pour voir comment poursuivre son mouvement de grève dans les urgences. — O. Gabriel / 20 Minutes
  • Le collectif Inter-Urgences a décidé ce mardi en AG de poursuivre la grève.
  • Les réouvertures de lits, des recrutements et des augmentations sont toujours réclamés.
  • Fédérer les autres soignants, les usagers ou faire la grève du zèle sont des pistes évoquées.

« Vous avez obtenu 70 millions en juin, 750 millions en septembre. Dans neuf mois, peut-être qu’on aura 7 milliards ! », ironise Florian, médecin urgentiste, lors de l’Assemblée générale du collectif Inter-Urgences. Un rassemblement important, ce mardi, au lendemain des annonces d’Agnès Buzyn, qui a promis 12 mesures et 750 millions d’euros pour soulager les urgences.

Insuffisant, assure le collectif, qui a voté à main levée une motion rappelant ses revendications et a acté le principe de rassemblements locaux le 26 septembre. Avant qu’un comité choisisse une date pour une mobilisation nationale, cette fois-ci en octobre. Pendant plus de quatre heures, des infirmières, aides-soignantes, manipulateur radio, médecins, syndicalistes ou non syndiqués, ont échangé pour réinventer un mouvement social qui dure depuis six mois. Mais qui reste peu visible, car les paramédicaux, même grévistes, sont assignés à leur poste, étant donné le sous-effectif dans les services d’urgence. La question est donc la suivante : comment fédérer davantage ?

Trois revendications claires et inchangées

Le collectif Inter-Urgences continue de réclamer des « réouvertures de lits », des « recrutements à la hauteur des besoins » et une « augmentation de 300 euros net mensuels pour tous les hospitaliers ». Sachant que la ministre a assuré réfléchir à un gel de fermetures de lits sous conditions, n’a pas parlé d’effectifs précisément et a octroyé en juin une prime de 100 euros pour les paramédicaux. « On reste sur ces trois notions, ce n’est ni négociable, ni amendable », prévient Pierre Schwob, du collectif.

Mais plusieurs voix se sont élevées pour émettre des doutes sur la question de l’augmentation de salaire pour tous les hospitaliers, même les médecins. Benjamin, urgentiste au CHU d’Angers et syndicaliste chez Force Ouvrière, rétorque : « La question salariale est fondamentale pour tous, pas seulement pour l’attractivité de nos métiers, mais pour grailler à la fin du mois. C’était au cœur des revendications des " Gilets jaunes ", c’est au cœur de la colère aux urgences. Je propose qu’on laisse 300 euros pour tous. » La motion englobe donc bien davantage que les seuls paramédicaux.

Fédérer d’autres soignants

Car l’objectif est bien de fédérer. Non seulement d’autres services hospitaliers, au premier rang desquels la psychiatrie et les Ehpad, particulièrement en souffrance. Mais aussi les médecins. Certaines associations et syndicats de médecins étaient d’ailleurs présents à cette AG, ce mardi. Mais le ralliement ne va pas de soi. « Le collectif a déjà appelé tous les services à se mettre en grève, ça n’a pas pris », nuance Candice, membre du collectif Inter-Urgences. « On est tous d’accord pour dire qu’on veut un élargissement, mais on fait comment ? On a besoin de votre créativité », assure Orianne Plumet, vice-présidente du collectif. Certains proposent de passer dans les services, café et tracts à la main pour convaincre.

Renaud Péquignot, gériatre et président de l’intersyndical Avenir hospitalier, promet qu’il va militer pour que les médecins entrent dans le mouvement. « Mais nous avons une assemblée générale jeudi, et je suis président de l’intersyndicale, pas dictateur, prévient-il. Certains médecins ont du mal à faire grève alors que leurs patients attendent six mois pour obtenir un rendez-vous. Et j’entends certains qui craignent qu’en disant leur mécontentement, ils perdent ce que la ministre leur a promis. »

Pour convaincre d’autres soignants de se mobiliser, le collectif invite ses membres à organiser des assemblées générales sur le terrain. Mais aussi à manifester lors des diverses journées à l’appel des syndicats. Sans appeler clairement à marcher ce mercredi avec le CGT. « Il faut participer aux manifestations et qu’on montre l’exemple », assure Christophe Le Tallec, vice-président du collectif. « Il faut que les syndicats s’organisent en intersyndicale. Nous, on veut bien être le moteur, mais on ne peut pas aider tout le monde », prévient pour sa part Pierre Schwob, d’Inter-Urgences, sur la scène de l’amphithéâtre.

Et les usagers ?

Plus avant, certains estiment qu’il faudrait rallier les pompiers, épuisés également, pour « faire boule-de-neige ». Un syndicaliste de la SNCF souffle son admiration pour ce mouvement qui dure. « On aurait intérêt à se mettre tous ensemble pour défendre les services publics », assure-t-il. Le collectif espère aussi mobiliser les patients, les usagers par des pétitions, en donnant accès à la motion sur son site.

Il prévoit également de contacter des associations de patients pour mieux mobiliser. Une femme présente dans la salle fait remarquer : organiser une manifestation un samedi, pour que la population puisse marcher, serait une piste.

La grève du zèle

Mais pour que cette mobilisation se fasse plus visible, et devienne plus nuisible, sans doute, d’autres s’adonnent à l’auto-critique. « Notre malheur, on le fait nous-mêmes !, attaque Bertrand, aide-soignant. Il faut qu’on arrête de revenir sur nos jours de repos quand l’hôpital manque de personnel. Cela forcerait les établissements à embaucher. » Et plusieurs voix de renchérir : « Il faut refuser les heures supplémentaires ». Hugo Huon, infirmière à Lariboisière et porte-parole du collectif, le promet : « Les moyens concrets des actions, ce n’est pas en AG qu’ils se décident, mais en petit groupe ». Rendez-vous donc le 26 septembre, pour que ces grévistes se comptent et voient si leur appel a été entendu par tous les soignants.