Hauts-de-France : « La télémédecine n’est qu’un outil, pas une réponse face aux déserts médicaux »

SANTE Avec sa plate-forme numérique Predice, la région des Hauts-de-France est la première à coordonner tous les services de santé autour d’un même outil

Gilles Durand

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Illustration de télémédecine à Redmond, aux Etats-Unis. (Archives)l
Illustration de télémédecine à Redmond, aux Etats-Unis. (Archives)l — Andy Tullis/SIPA
  • Une plate-forme de services numériques sécurisée concernant la santé doit être lancée auprès du grand public d’ici à la fin de l’année dans les Hauts-de-France.
  • Cette plate-forme, inédite en France, doit permettre, notamment, le développement de la télémédecine.
  • Les médecins contestent le fait que ce nouveau service numérique puisse être la solution pour lutter contre les déserts médicaux.

Voilà dix ans qu’on en parle. La télémédecine semble enfin pointer son nez dans les Hauts-de-France. Une journée débat sur la e-santé était organisée, ce jeudi, à Lille, pour faire le point sur le prochain lancement auprès du grand public (normalement en fin d’année) d’une plate-forme de services numériques sécurisée concernant les soins et la santé.

Predice – c’est son nom – doit permettre de coordonner téléconsultations et échanges entre patients et professionnels de santé, grâce notamment au dossier médical partagé. Coût de la construction de cette plate-forme, inédite en France : 24 millions d’euros.

« Les médecins n’auront pas cinq ou six logiciels à installer »

Pour l’instant, elle expérimente la télémédecine dans les Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) avec des chariots de consultation équipés, entre autres, de stéthoscopes connectés. « A l’avenir, un patient pourra consulter de chez soi un médecin qui fera une ordonnance directement envoyée à la pharmacie ou avoir accès directement à un spécialiste via la téléexpertise médicale », explique Etienne Champion, directeur de l’Agence régionale de santé (ARS).

La région Hauts-de-France est la première à mettre en place ce genre de plate-forme interconnecté entre tous les services de santé. « L’avantage, c’est que les médecins n’auront pas cinq ou six logiciels à installer, mais du coup, le système ne peut pas être performant tout de suite », souligne Pierre-François Angrand, président de Noragijr, une association de jeunes médecins du Nord.

Problème de la couverture numérique du territoire

Mais cette plate-forme sera-t-elle la réponse face aux déserts médicaux ? « Sûrement pas, répond Franck Roussel, secrétaire général du Nord au Conseil de l’ordre des médecins. Le numérique, c’est l’avenir, mais la télémédecine ne peut pas être la seule réponse face à la désertion de certains territoires. » Même réserve de la part de Pierre-François Angrand. « La télémédecine est plutôt un outil qu’une réponse, explique-t-il. Le problème reste la couverture numérique du territoire. Le réseau télécom est loin de désenclaver ces fameux déserts médicaux ».

« Les déserts médicaux sont avant tout des déserts administratifs, renchérit Franck Roussel. A force de tout centraliser, on a créé des endroits où il est compliqué de faire venir aussi les médecins. » Et la télémédecine, promise Predice, ne pourra vraiment se développer qu’avec le déploiement total du réseau de fibre optique. C’est dire qu’il faudra encore un peu de temps.