Incendie de Notre-Dame: A quelle dose le plomb est-il un danger pour la santé?

POLLUTION L’incendie de la cathédrale de Notre-Dame a engendré une pollution au plomb au cœur de la capitale qui représente un risque pour la santé des personnes exposées

Anissa Boumediene

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Lors de l'incendie de Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019.
Lors de l'incendie de Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019. — Emma PROSDOCIMI/SIPA
  • Lors de l’incendie de Notre-Dame de Paris, 400 tonnes de plomb ont fondu.
  • Une partie de ce métal lourd s’est disséminée sous forme de particules.
  • Or le plomb est une substance toxique pour la santé, même à de faibles doses.

EDIT. Alors que le nettoyage du sol contaminé au plomb autour de Notre-Dame commence, ce mardi, « 20 Minutes » vous propose de revenir sur les risques pour la santé liés à la pollution aux métaux lourds. L’opération de décontamination réalisée en plusieurs phases durera, selon la préfecture de police, jusqu’au 23 août.

Quatre cents tonnes, voici la quantité de plomb qui a fondu lors de l’incendie de Notre-Dame de Paris le 15 avril dernier. Une quantité phénoménale qui ne s’est pas volatilisée, mais qui s’est dispersée, disséminée sur le parvis et aux abords de la cathédrale. Un plomb propagé à l’état de fumée et de poussières dans les zones avoisinant l’incendie, au gré des vents. Mais cette pollution au plomb n’est pas sans conséquence pour les riverains et ceux qui travaillent aux abords de la zone contaminée par ce métal lourd. Où se trouvent les particules de plomb disséminées par l’incendie de Notre-Dame ? Quels risques le plomb fait-il peser sur la santé ? A partir de quelle quantité dans l’environnement le plomb devient-il un danger ?

Où se trouve le plomb fondu de Notre-Dame ?

Entre ce qui a été utilisé pour la charpente de la flèche et pour la toiture de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, ce sont pas moins de 400 tonnes de plomb qui ont fondu sur ce site au cœur de la capitale. Et une partie de ces 400 tonnes s’est répandue dans les alentours sous forme de particules de plomb. Les niveaux mesurés sur le parvis (500.000 à 900.000 µg/m2) ainsi qu’à l’intérieur de la cathédrale ont justifié la fermeture du secteur au public et la suspension du chantier fin juillet.

Des mesures prises dans les alentours ont révélé des valeurs disparates, difficiles à interpréter : 50.000 µg/m2 rue de la Cité ou encore 20.000 µg/m2 place Saint-Michel, de l’autre côté de la Seine. Pour tenter d’interpréter au mieux ces données, les autorités ont cherché à déterminer quel taux de plomb était déjà présent sur les sols parisiens avant l’incendie, entre le plomb contenu dans l’essence jusqu’en 2000 ou celui utilisé pour le revêtement des bâtiments anciens. A partir de prélèvements de ces dernières années, l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France (ARS) a estimé à 5.000 µg/m2 le niveau de pollution au plomb que l’on peut s’attendre à retrouver dans les rues de Paris.

En identifiant les lieux où le taux de plomb était supérieur à 5.000 µg/m2, des mesures ont ensuite été réalisées dans les écoles situées dans un rayon de 300 m à la ronde. C’est ce qui a permis de mettre en œuvre des dépistages ciblés dans plusieurs établissements scolaires du centre de la capitale.

Quels sont les risques d’une pollution au plomb pour la santé ?

Marcher sur des poussières de plomb ne présente pas de danger, mais les riverains et travailleurs du secteur de Notre-Dame peuvent en avoir inhalé. Et on peut rapporter ces particules de plomb chez soi sous ses semelles, avec le risque que des enfants les ingèrent.

Or, le problème de cette pollution inédite au plomb, c’est que ce métal lourd est toxique pour la santé. Il entre dans l’organisme par inhalation ou par ingestion, avant de se diffuser dans les organes en atteignant le cerveau, le foie, les reins, mais aussi les os. Une exposition aiguë ou chronique à des niveaux élevés entraîne des troubles digestifs, une perturbation des reins, des lésions du système nerveux ou des anomalies de la reproduction. Dans les cas les plus graves, à fortes doses, « le plomb peut conduire à des encéphalopathies, des neuropathies et au décès chez l’adulte et chez l’enfant », prévient le ministère de la Santé.

Et s’il n’y a pas d’âge pour souffrir des effets du plomb, ce sont les enfants, au système nerveux en plein développement, qui sont les plus vulnérables face à cette intoxication au plomb, ou « saturnisme ». D’autant que leur tendance à porter des objets à la bouche les expose davantage. Ainsi, même des concentrations sanguines faibles « peuvent affecter l’intelligence de l’enfant et entraîner des problèmes comportementaux et des difficultés d’apprentissage », indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Chez l’enfant, l’intoxication au plomb « a des conséquences graves sur le développement psychomoteur, complète le ministère de la Santé. On estime qu’une augmentation de la plombémie [la concentration en plomb dans le sang] de 100 microgrammes de plomb par litre de sang (µg/l) est associée à une baisse de quotient intellectuel de 1 à 5 points ». Le plomb présente également des effets sur la reproduction et le développement de l’enfant

Les enfants dépistés sont-ils intoxiqués au plomb ?

Le Haut conseil de la santé publique (HCSP) recommande un dépistage du saturnisme infantile en cas de dépassement du seuil de 70 µg/m2 dans les « poussières déposées dans les logements », et préconise une attention particulière envers les sols des écoles et autres espaces collectifs pour enfants. Deux écoles maternelle et élémentaire du 6e arrondissement ont été fermées fin juillet par mesure de précaution.

A ce jour, plus de 160 enfants ont été dépistés pour contrôler leur taux de plomb dans le sang. Sur ce total, 146 enfants se situent sous le « seuil de vigilance » (25 à 50 μg/l), 16 sont dans ce seuil, et 2 dépassent le seuil de déclaration obligatoire de saturnisme (50µg/l). Pour l’un de ces deux cas, une source d’exposition au plomb sans lien avec l’incendie a été découverte : le balcon de son logement.

Pour l’autre enfant, une enquête est en cours. « Le taux observé chez cet enfant ne nécessite pas de thérapeutique particulière mais impliquera un suivi régulier », assure l’ARS. En outre, « toutes les personnes dont les taux se situaient dans l’intervalle de vigilance (25-50 microgrammes) ont fait l’objet d’un suivi spécifique renforcé, au-delà des exigences réglementaires ».

Mais que signifient ces seuils ? Dans un communiqué publié ce lundi, l’association des familles victimes du saturnisme (AFVS) rappelle que « le plomb – neurotoxique, reprotoxique, cancérogène et toxique cardio-vasculaire – est dangereux quel que soit le niveau d’exposition. Les seuils réglementaires sont des valeurs de gestion du risque ».

Et maintenant ?

Le chantier de la cathédrale doit reprendre progressivement à partir de la semaine du 12 août, avec de nouvelles mesures de protection pour les travailleurs du site.

Dans le même temps, l’application d’une couche de gel et une méthode d’ultra haute pression avec ajout d’un tensioactif devraient permettre la semaine prochaine d’enlever les particules de plomb qui ont pénétré dans les sols, notamment, l’asphalte, autour de Notre-Dame, a indiqué mardi le ministère de la Culture.

Le procédé du gel devrait permettre l’aspiration des particules de plomb qui y ont pénétré après l’incendie. L’application de la couche devrait durer un jour. Elle devra sécher pendant trois jours et sera ensuite retirée progressivement, ce qui devrait prendre au moins cinq jours.

Toutefois, pour un collectif de syndicats CGT et d’associations, dont l’AFVS et l’association Henri Pézerat​, les réponses apportées par les autorités face à cette pollution au plomb sont insuffisantes. Le collectif, qui avait lancé l’alerte à la pollution au plomb dès le 18 avril dernier, demande « le confinement total du site et la création, à l’Hôtel-Dieu, d’un centre de suivi pour toutes les personnes exposées » (pompiers, travailleurs, riverains).