Strasbourg: «Le but, c'est de trouver d'ici cinq ans un médicament pour le cancer du foie», annoncent des chercheurs

DECOUVERTE Des chercheurs strasbourgeois viennent de publier le premier atlas du foie humain. Une étape qui pourrait accélérer la mise au point de traitements

Thibaut Gagnepain

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Le docteur Saviano (à gauche) avec le professeur Baumert.
Le docteur Saviano (à gauche) avec le professeur Baumert. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • En 2018, le cancer du foie aurait provoqué entre 8.500 à 9.000 décès en France, selon Santé Publique France. Un chiffre qui ne tient pas compte de toutes les autres maladies chroniques liées à cet organe vital. Hépatites, cirrhoses…
  • Un groupe de chercheurs de Strasbourg a mis au point un atlas des cellules du foie humain. Cela pourrait être un premier pas vers la mise en place de médicaments.
  • L’atlas va s’en servir comme d’un outil de comparaison. « On va pouvoir étudier toutes les maladies du foie et savoir d’où elles partent et comment elles se développent. »

En 2018, le cancer du foie aurait provoqué entre 8.500 à 9.000 décès en France, selon Santé Publique France. Un chiffre qui ne tient pas compte de toutes les autres maladies chroniques liées à cet organe vital. Hépatites, cirrhoses… sont en hausse constante au niveau mondial en raison de l’ obésité.

Peu de traitements, voire aucun dans certains cas, n’existent aujourd’hui pour soigner le foie, dont la géographie cellulaire restait jusque-là assez inconnue. Jusqu’à ce qu’un groupe de chercheurs de Strasbourg ne mettent au point un atlas des cellules du foie humain. Cela pourrait être un premier pas vers la mise en place de médicaments. Explications.

Qu’est-ce que cet atlas ?

« C’est comme une carte, un Google maps des cellules du foie », répond tout simplement le Docteur Antonio Saviano. L’hépatologue fait partie de l’équipe dirigée par le Professeur Baumert, directeur de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) des maladies virales et hépatiques à Strasbourg. Quatre ans de travail ont été nécessaires à ce groupe d’une quinzaine de personnes pour établir ce fameux atlas. Les résultats de leurs recherches ont été publiés le 10 juillet dans la prestigieuse revue scientifique Nature et sont depuis accessibles à tous sur Internet.

Comment ont-ils procédé ?

Ce n’est pas un hasard si le bâtiment de l’équipe est situé juste à côté du nouvel hôpital civil de Strasbourg. Tout est parti d’opérations sur des patients. « A partir de là, on a récupéré des déchets chirurgicaux de foie », détaille Antonio Saviano. En clair, des morceaux de « 3 à 10 centimètres » sur lesquels il a fallu dissocier et analyser des cellules vivantes dans les deux heures ». « Car sinon, l’expression des gènes de la cellule, l’Acide ribonucléique (ARN), change car il n’y a plus de sang qui arrive. » C’est aussi pour cela qu’un groupe de recherche de l’Institut Max-Planck d’immunobiologie et d’épigénétique de Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne, a participé. Le séquençage de ces cellules uniques, un procédé nouveau, leur était confié. Au total, « plus de 10.000 cellules ont été analysées ».

Qu’y a-t-il de nouveau dans cet atlas ?

Les cellules du foie étaient méconnues jusqu’alors. « Ce qu’on savait, c’est qu’il y a cinq, voire six grands types cellulaires dans le foie, reprend Antonio Saviano. « Mais ce qu’on ne savait pas, c’est que chaque population a ensuite des dizaines de sous-catégories qui ont des fonctions différentes. Par exemple, il y a des macrophages qui déclenchent l’inflammation et d’autres qui cherchent à la réduire. On a aussi remarqué que des cellules immunitaires qui infiltraient la tumeur changeaient complètement de fonction et d’expression génétique. Par exemple, à la place de défendre l’organisme contre la tumeur, elle l’aide à progresser ou à faire des métastases. »

Un résumé des recherches du groupe du Professeur Baumert.
Un résumé des recherches du groupe du Professeur Baumert. - Université de Strasbourg / Inserm / Springer Nature

A quoi va-t-il servir ?

La communauté scientifique du monde entier va utiliser cet atlas comme un outil de comparaison. « On va pouvoir étudier toutes les maladies du foie et savoir d’où elles partent et comment elles se développent, résume Antonio Saviano. Par exemple, pour la stéatose hépatique non-alcoolique (NASH), qu’on appelle aussi maladie du foie gras ou du soda, on n’a pas de médicament aujourd’hui. A part de l’activité physique ou un régime alimentaire. En analysant les cellules de cette maladie, on va les comparer à celles de notre atlas et on va trouver les différences pour trouver une cible thérapeutique. On peut trouver des cibles pour prévenir les autres maladies ou le cancer, ou leur thérapie. »

Et maintenant ?

« On utilise déjà l’atlas pour identifier des cibles afin de soigner les maladies chroniques du foie et le cancer, annonce le Professeur Baumert. Avant, on faisait des analyses sur tout l’organe. Maintenant, on peut le faire cellule par cellule et regarder leurs fonctionnements. » Cela pourrait conduire à l’élaboration de traitements au cas par cas. « Dans le futur, on pourra mieux identifier les patients à risque et ils pourraient être traités », espère Antonio Saviano. L’équipe s’est fixé un objectif majeur : « Le but, de trouver d’ici cinq ans un médicament pour le cancer du foie. »