Compteur Linky: Pourquoi la notion d'électrosensibilité reste-t-elle aussi controversée?

FAKE OFF Quelle est la réalité médicale de l’électrosensibilité, qui provoquerait des symptômes variés chez des personnes ne supportant pas les ondes magnétiques?

Alexis Orsini

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Illustration d'un compteur Linky.
Illustration d'un compteur Linky. — G. Durand / 20 Minutes
  • Depuis des années, la notion d’électrosensibilité suscite un vif débat.
  • Si les personnes électrosensibles affirment souffrir de différents symptômes, le milieu médical ne reconnaît pas l’existence d’une telle maladie.
  • Une récente étude a toutefois souligné l’existence des symptômes évoqués.

Pour les opposants au compteur Linky, la décision rendue par le tribunal de grande instance de Tours, le 31 juillet, a tout d’une petite victoire. En demandant le retrait, pour raisons médicales, chez 13 particuliers, de ce dispositif controversé d’Enedis censé faciliter la gestion de sa consommation d’électricité, la justice a en effet reconnu leur électrosensibilité.

Un état attesté, à ses yeux, par leurs certificats médicaux délivrés par le controversé professeur Dominique Prudomme – qui a fait l’objet d’une procédure disciplinaire au sein du Conseil national de l’ordre des médecins. Mais l’électrosensibilité ou hypersensibilité électromagnétique (EHS) reste un sujet très controversé, puisqu’elle n’est pas considérée comme une maladie par le milieu médical alors que les symptômes dont souffrent les personnes EHS sont, eux, reconnus.

FAKE OFF

Maux de tête, fatigue, troubles du sommeil, rougeurs, picotements… Ces syndromes, aussi nombreux que variés, seraient dus, selon ces personnes, à leur exposition aux ondes électromagnétiques, qu’elles proviennent de la communication sans fil (Wi-Fi, téléphone portable) ou de certains appareils électroménagers (et donc du compteur Linky).

Or, les différentes recherches menées sur le sujet n’ont jamais établi de lien entre cette électrosensibilité et ces symptômes. Dès décembre 2005, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) détaillait le résultat d’expériences menées dans ce domaine : « La majorité de ces études indique que les individus se plaignant [d’électrosensibilité] sont incapables de détecter plus précisément une exposition à des [sources de champ électromagnétique] que des individus ordinaires. Des études bien contrôlées et menées en double aveugle ont montré que ces symptômes n’étaient pas corrélés avec l’exposition aux [sources de champ électromagnétique]. »

Ni critères, ni base

L’OMS soulignait tout de même le caractère handicapant de ces maux pour les personnes concernées, tout en concluant : « L’électrosensibilité est caractérisée par divers symptômes non spécifiques qui diffèrent d’un individu à l’autre. Ces symptômes ont une réalité certaine et peuvent être de gravité très variable. […] Il n’existe ni critères diagnostics clairs pour ce problème sanitaire, ni base scientifique permettant de relier les symptômes de l’électrosensibilité à une exposition aux [ondes] ».

En France, si une partie du corps médical a longtemps considéré les symptômes en question comme résultant d’un effet nocebo – ces personnes étant convaincues de souffrir de tels maux en raison de la seule présence de ces différents appareils, considérée comme nocive –, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a récemment reconnu leur existence.

Des douleurs qui correspondent à une « réalité vécue »

Dans une étude publiée en mars 2018, après avoir auditionné pendant quatre ans des médecins, chercheurs, associations et les personnes concernées, elle estimait en effet que « les plaintes (douleurs, souffrance) formulées par les personnes se déclarant EHS correspondent à une réalité vécue » tout en appelant à « une prise en charge adaptée par les acteurs des domaines sanitaire et social ».

« Il n’existe pas, à ce jour, de critères de diagnostic de l’EHS validés, et il résulte de l’expertise que la seule possibilité pour définir l’EHS repose sur l’auto-déclaration des personnes », rappelait en outre l’Anses.

Quant au compteur Linky, comme nous l’expliquait en début d’année Olivier Merckel, chef de l’unité d’évaluation des risques liés aux objets physiques de l’Anses, les champs électromagnétiques observés à son niveau d’exposition actuel – semblables à ceux d’une plaque à induction – « ne présentent pas de risque ». Mais il « impossible, par nature, d’affirmer qu’il n’y a pas de risque sur la santé ».