Particules ultrafines, carbone suie... L'Anses alerte sur le danger de polluants méconnus

POLLUTION Seul moyen de limiter les risques : réduire la circulation automobile

G. N. avec AFP

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L'Arc de triomphe vu depuis la tour Montparnasse, un jour de pollution aux particules fines à Paris, le 29 décembre 2016.
L'Arc de triomphe vu depuis la tour Montparnasse, un jour de pollution aux particules fines à Paris, le 29 décembre 2016. — LIONEL BONAVENTURE / AFP

Les particules fines ne sont malheureusement pas les seules à être mauvaises pour la santé. Les particules ultrafines, le carbone suie et le carbone organique présentent aussi un risque, avertit mardi l'AnsesL'Agence nationale de sécurité sanitaire a passé au crible des études sur les particules de l’air ambiant extérieur et leur impact sur la santé en fonction de leur composition, leur source et leur taille. Elle a aussi étudié l’impact de la composition du parc de véhicules automobiles en France sur la pollution atmosphérique.

« Les particules recouvrent un terme générique qui comprend un mélange de polluants : on a des tailles différentes et même la composition diffère selon la source, explique à l’AFP Guillaume Boulanger, de l’unité d’évolution des risques liés à l’air à l’Anses. Nous avons regardé s’il y a des effets sur la santé en lien avec certains composés des particules ou en fonction de leur taille ou de leur source. »

Des particules qui rejoignent la circulation sanguine

Les conséquences sanitaires de l’exposition aux particules fines sont déjà connues. Selon l’agence Santé publique France, elle entraîne chaque année 48.000 morts prématurées dans le pays. Mais il existe aussi de nombreuses preuves « d’effets néfastes pour la santé concer[nant] le carbone suie, le carbone organique et les particules ultrafines (taille nanométrique) », selon un communiqué de l’Anses. Ces particules sont notamment issues du trafic routier mais aussi de l’industrie ou du chauffage au bois.

« Les particules ultrafines ont des effets au niveau respiratoire ou cardiovasculaire : elles vont dans l’arbre respiratoire, jusqu’aux alvéoles et elles rejoignent la circulation sanguine », indique Guillaume Boulanger. Quant aux carbone suie et carbone organique, ils résultent de la combustion incomplète issue des moteurs, surtout diesel ou encore la combustion résiduelle de bois ou de charbon. Ils comprennent « des composés très réactifs qui vont créer des inflammations au niveau respiratoire plus importantes et ils peuvent aussi provoquer des cancers », avertit le spécialiste.

Utiliser des indicateurs supplémentaires

Le carbone suie et les particules ultrafines pourraient aussi avoir un impact « sur le développement des performances cognitives de l’enfant », et le carbone suie avoir un rôle sur le « faible poids des naissances », selon l’Anses, pour qui il faudrait des données supplémentaires pour confirmer ce lien. L’agence recommande par conséquent de « cibler en priorité, dans les politiques publiques concernant l’air, trois indicateurs particulaires non réglementés : les particules ultrafines, le carbone suie et le carbone organique, en complément des indicateurs de particules PM2,5 et PM10 [les particules fines] actuellement en vigueur ».

L’agence a aussi développé différents scénarios concernant la composition du parc de véhicules et son évolution à 2025. Les évolutions technologiques, comme les filtres à particules sur les véhicules diesel, « permettent une diminution des émissions de particules mais sont insuffisantes pour améliorer durablement la qualité de l’air », pour Guillaume Boulanger. « Il faut encourager des technologies alternatives, dont le véhicule électrique, mais surtout il faut réduire le trafic par les transports en commun, la marche à pied, le vélo, l’intermodalité », insiste-t-il.

La France fait partie des mauvais élèves au sein de l’Union européenne en termes de qualité de l’air, ce qui lui a valu en 2018 d'être renvoyée devant la justice, avec cinq autres Etats membres. La Commission européenne reproche à Paris de ne pas respecter les limites fixées pour les émissions de dioxyde d’azote (NO2), qui s’échappent des pots d’échappement et étouffent les agglomérations congestionnées.