Vacances: Comment gérer ses problèmes de constipation?

TRANSIT Alors que certains s'inquiètent de souffrir d'un transit bousculé pendant les vacances d'été, «20 Minutes» ne tourne pas autour du pot pour répondre aux questions sur la constipation

Oihana Gabriel

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La constipation peut être amplifiée pendant les vacances, quand on est loin de chez soi, qu'on change de rythme et d'alimentation.
La constipation peut être amplifiée pendant les vacances, quand on est loin de chez soi, qu'on change de rythme et d'alimentation. — Pixabay
  • Pendant les grandes vacances, on sort parfois de sa zone de confort, ce qui peut créer quelques désagréments côté digestion.
  • Entre la chaleur, la collectivité, l’hygiène douteuse de certains WC, le décalage horaire, les raisons s’accumulent pour que les intestins tournent au ralenti.
  • Fibres dans l’assiette, activité physique, café et suppositoires, les bonnes résolutions et coups de pouce existent pour que la constipation ne gâche pas vos congés.

« Tu vas faire une salade de riz ? » Cette question avec mine contrite d’un membre d’une maisonnée pendant des vacances en collectivité peut être un message subliminal concernant un transit empêché. Car les vacances représentent une période de laisser-aller mental, mais pas toujours digestif. En France, entre 15 et 35% de la population souffrirait de constipation. Et certains verraient leurs maux de ventre amplifiés pendant les congés d’été…

Ah, les vacances d’été, ses grasses matinées, ses voyages lointains… Et ses maux de ventre. Pour certains, sortir de sa routine rime avec ballonnements. « Pas pour des raisons biologiques ou pathologiques, mais psychologiques : quand vous partez loin chez vous, en collectivité, vous changez vos habitudes et rythme de vie, alors ça peut vous coincer », analyse Frédéric Cordet, gastro-entérologue, secrétaire général du Syndicat national des médecins spécialistes de l’appareil digestif. Qui rassure : « C’est un phénomène qui touche prioritairement les personnes qui ont un transit difficile [le reste de l’année] ».

A l’étranger, quelques facteurs aggravants

« Beaucoup de mes patients se plaignent d’être davantage constipés en vacances : ils ne sont pas dans leur environnement, mal installés, ça va du camping au séjour chez sa belle-mère… », renchérit Philippe Godeberge, gastro-entérologue et auteur de Qu’est ce que tu as dans le ventre ?. D’autant qu’avec la chaleur, les estivants peuvent se déshydrater plus vite, surtout si on fait un peu de sport.

Illustration de wc en forêt.
Illustration de wc en forêt. - Pixabay

Des difficultés d’évacuation accentuées quand on part à l’étranger. Pour ceux qui auraient choisi un pays exotique et en voie de développement, les repères en termes d’hygiène et d’alimentation peuvent être modifiés. « Certains vont boire plus de sodas, manger du riz pour éviter la tourista, illustre Philippe Godeberge. L’avion cumule beaucoup de facteurs constipants : le relâchement psychologique n’est pas forcément au rendez-vous (surtout pour les phobiques de l’avion), l’état des toilettes pas toujours rassurant, l’air très sec et l’air conditionné assèchent beaucoup. ».

« D’autant que la différence de pression peut aggraver les ballonnements et douleurs abdominales et pendant un long vol, on bouge peu », renchérit son collègue gastro-entérologue.

Le décalage horaire n’arrange rien

Autre ennemi de vos intestins : le décalage horaire. « Le transit se fait sous l’action d’une contraction colique hormono-dépendante, voilà pourquoi les gens vont majoritairement à la selle le matin car ces hormones sont sensibles à l’alternance jour/nuit. Quand vous avez un décalage horaire, les sécrétions hormonales ne vont pas se faire au bon moment. D’ailleurs les hôtesses de l’air se plaignent de difficultés à se caler pour le sommeil comme le transit. »

La constipation, c’est désagréable, inconfortable, gênant quand on ne peut plus aller au restaurant ou qu’on souffre de gaz intempestifs, mais pas mortel. « L’occlusion intestinale [arrêt du transit qui nécessite une hospitalisation en urgence] reste tout à fait exceptionnelle », rassure Frédéric Cordet. Ce qui est plus courant, en revanche, ce sont les hémorroïdes ou fissures anales à force de pousser.

Les signes qui alertent

« La constipation est un problème courant et sous-estimé par les patients, reprend le secrétaire du Synmad. Il vaut mieux prendre un traitement doux au long cours qu’attendre d’être coincé une semaine. » Le problème, c’est que le jugement sur ses excréments varient beaucoup d’un patient à l’autre. « Pour la constipation, la notion de volume est plus importante que la fréquence, explique Frédéric Cordet. Certains vont à la selle tous les deux jours et ça ne leur pose aucun problème. D’autres y vont trois fois par jour, mais présentent un défaut de vidange. »

« C’est l’apparition de douleurs intestinales et des excréments très durs qui doivent alerter », complète le Dr Godeberge. Qui avertit qu’il faut connaître une troisième manifestation… plutôt contre-intuitive. « Certains peuvent avoir une fausse diarrhée, vous évacuez des selles semi-liquides avec des fragments durs, parfois doublés de douleurs coliques. Le pire, c’est de prendre un antidiarrhéique qui va encore aggraver la constipation… »

Comment éviter la constipation ?

En prenant quelques bons réflexes, vous devriez pouvoir raccourcir la durée de vos séjours aux toilettes. Première bonne résolution : faire attention à son alimentation. Pas de secret, il faut ajouter des fibres à votre alimentation, soit légumes, fruits (notamment pruneaux, dates, fruits à coques) et céréales complètes. Donc des couleurs à votre assiette. Cela tombe bien, l’été reste la meilleure période pour se régaler de salades aux tomates, concombres, poivrons et se jeter sur les fruits juteux. « Ce conseil peut être difficile à suivre en Inde, où il vaut mieux bien éplucher les fruits, or c’est dans la peau qu’on trouve le plus de fibres », nuance le Dr Godeberge. Attention à ce que votre pique-nique comporte donc un peu de gaspacho et autres amandes et pas seulement des sandwichs donc.

Deuxième changement à apporter pour une meilleure hygiène de vie : se remettre au sport. Ou plus exactement faire une activité physique au moins une demi-heure par jour, qui stimule la motricité intestinale. On prend donc les raquettes de plage ou les chaussures de marche dans la valise. « On peut aussi profiter des vacances pour prendre du temps pour aller aux toilettes, pour manger lentement », suggère Frédéric Cordet. Et savoir écouter son corps et ne pas remettre à plus tard la grosse commission. Enfin, penser à boire entre 1,5 et 2 litres par jour ramollira vos selles. Et pour les plus anxieux qui partiraient à l’autre bout du monde, garder dans sa besace un rouleau de papier toilette, voire un petit nécessaire pour nettoyer des WC nauséabonds et un sachet de café (aux vertus laxatives) peut se révéler utile.

Illustration de toilettes.
Illustration de toilettes. - Pixabay

Et si les difficultés d’évacuation persistent ?

Et si malgré une hygiène de vie irréprochable vous avez toujours des difficultés d’évacuation ? « Une des façons de faciliter le transit, c’est de surélever ses pieds d’une dizaine de centimètres quand on est sur le trône, explique le Dr Godeberge. Cela augmente l’efficacité de la poussée, car les excréments sont dans un meilleur axe et le périnée se relâche. On peut aussi anticiper en prenant un laxatif doux de façon transitoire, qui n’entraîne pas d’accoutumance. » Plusieurs options : des comprimés oraux type mucilage, des substances végétales qui hydratent les selles. Ensuite, les laxatifs lubrifiants (à la paraffine ou vaseline) facilitent le transit à l’aide de corps « gras ». « Le suppositoire à la glycérine peut être utilisé en parallèle quand on a une sensation de bouchon », précise Frédéric Cordet.

Si la situation est vraiment coincée, les gastro-entérologues conseillent de passer, ponctuellement, aux laxatifs actifs qui stimulent la motricité intestinale. Tout comme les tisanes (bourdaine, le séné)… « Mais avec parcimonie, on a des patients qui traitent leur constipation à base de tisanes et qui se retrouvent avec des intestins atones », prévient Frédéric Cordet. Autant de petits conseils et traitements qui vous aideront à voyager sans la peur au ventre...