Automédication: « Mon médecin est très sollicité, inutile de le déranger pour de la bobologie »

VOUS TEMOIGNEZ Par manque de temps ou par facilité, nombreux sont nos internautes à avoir recours à l’automédication malgré les risques

Ingrid Zerbib

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Illustration de médicaments.
Illustration de médicaments. — Pixabay

Par facilité et par manque de temps, huit Français sur dix ont recours à l’automédication, malgré les risques. L’Agence du médicament demande d’ailleurs aux industriels d’afficher sur les boîtes de paracétamol comme Doliprane, Efferalgan et Fervex, un message pour éviter les surdosages. Nous avons demandé à nos internautes si eux aussi se soignent parfois par eux-mêmes, pour quels maux et pour quelles raisons, et s’ils sont conscients des risques.

Difficulté à prendre rendez-vous avec un médecin

« Je pars au travail à 7h et je rentre à 18h50, impossible de consulter un médecin sans poser un jour. Alors, quand ce n’est pas grave, j’ai recours à l’automédication », explique Elisa. « Chez nous, il faut 8 à 12 jours pour avoir rendez-vous avec notre généraliste. Il me fait les ordonnances adéquates et me donne des conseils pour gérer au mieux les urgences, donc l’automédication est bien utile », détaille Claude. « Il devient de plus en plus difficile d’avoir des rendez-vous, c’est lamentable », lance Marcelle. « C’est toujours la même chose qui m’est prescrite, donc je m’en charge seule vu la difficulté à trouver un médecin qui prend rendez-vous sous 48h. Je n’ai pas le choix vu le désert médical dans mon coin », confirme Sandy qui expérimente cependant une autre méthode pour pallier cette difficulté à consulter un médecin : « Les applis de chat en direct avec les médecins (Qare, LIVI) bien efficaces et rapides. »

Méfiance envers les médecins

Une certaine méfiance envers les médecins est aussi soulevée et pousse à l’automédication. « Je ne prends que des médicaments à base de plantes, ceux prescrits par le toubib m’ont toujours rendue malade », témoigne Martine. « J’ai 64 ans et je ne mets jamais les pieds chez un médecin ou une pharmacie. Le meilleur moyen de ne pas avoir affaire à ces gens-là est de respecter son organisme pour ne pas tomber malade. La prévention, c’est le secret de la santé. Les laboratoires pharmaceutiques sont pires que la mafia », juge Mari-Jo.

Pour des maladies jugées bénignes, des maladies chroniques ou déjà eues

C’est essentiellement pour soigner des maladies jugées bénignes, des maladies chroniques ou déjà eues que l’automédication est pratiquée. « Mon médecin est très sollicité inutile de le déranger pour de la bobologie ! Rhume, rhumatisme, estomac barbouillé, je prends ce que j’ai et pas de problème », déclare Evelyne. « Doliprane, Doliprane codéiné, Ibuprofène, Tramadol » en cas de « mal de tête, de mal de dents ou de crise de calculs rénaux » pour Sabrina, « Spasfon » en cas de « douleurs gastriques » pour Valérie, « huiles essentielles (ravinstara, niaouli, thym thuiyanol) » en cas de « rhumes » pour Sandy. Ce sont des « maladies bénignes qui partent seules de toute manière. On prend des pastilles et du miel pour la gorge, on prend de l’Efferalgan et on se repose si on a mal à la tête… Le médecin, c’est quand ça dure ou qu’on n’est pas sûr des symptômes », résume Elisa.

« J’ai deux maladies chroniques, alors je fais de l’automédication. Avant même d’aller chez mon médecin, je sais déjà ce qu’il va me prescrire. Alors, je grappille d’une ordonnance sur l’autre, je fais un peu de mendicité auprès de mon pharmacien qui me connaît bien et qui accepte de me délivrer de temps en temps certains médicaments pour “dépanner”. Je pense que tout le monde y gagne : mon médecin qui a peu de temps, moi du temps également et la Sécu un remboursement », explique Myriam.

En cas de maladie déjà eue, ce sont les médicaments prescrits précédemment et dont des restes figurent dans l’armoire à pharmacie, qui sont pris en automédication. C’est ce qu’a fait Elisa avec « des antibiotiques qui [lui] restaient », un week-end, pour soigner « une infection urinaire soudaine. Ça a été miraculeux, j’ai pu finir mon week-end et consulter le lundi par sécurité. Le médecin m’a d’ailleurs dit que ce n’était pas bien, mais que j’avais eu raison. »

Malgré les risques

L’histoire d’Elisa se finit bien. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Avoir recours à l’automédication comporte des risques. Yoann a vécu « une très mauvaise expérience » : « Un jour, j’étais malade, patraque et fiévreux en période de grippe, j’ai donc pris de l’amoxicilline (antibiotique type pénicilline) qu’il restait d’un traitement de ma sœur. J’en prenais depuis mon enfance, donc rien d’exceptionnel, sauf que là je me suis mis à éternuer, puis à avoir des boutons sur le cou, et de plus en plus de mal à respirer. Allergie à la pénicilline. Le Samu a refusé la prise en charge et nous a envoyés dans une “maison des médecins” à quelques kilomètres. Heureusement que je n’étais pas seul. J’ai failli y passer, le médecin m’a délivré en quelques secondes avec une piqûre de cortisone et tout allait mieux. »

Consciente des « dangers du paracétamol pour le foie », Anaïs, elle, a « drastiquement divisé par trois [s]a consommation de médicaments. Les messages de prévention, je les ai lus moi-même sur Internet. Aucun pharmacien ne m’avait mis en garde contre les potentiels dangers mortels du paracétamol. Aujourd’hui en pharmacie, acheter du Nurofen Flash, c’est comme acheter un paquet de bonbons au magasin du coin. »