Les nouveaux cas de cancers de la vessie sont plus nombreux à Marseille qu'ailleurs en France

SANTE Dans certains arrondissements, le taux d'incidence du cancer de la vessie est supérieur de 80% au taux national chez les femmes et 55% chez les hommes.

Caroline Delabroy

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Cette surincidence ne s'explique pas selon Santé publique France par les niveaux socio-économiques. (Photo d'illustration)
Cette surincidence ne s'explique pas selon Santé publique France par les niveaux socio-économiques. (Photo d'illustration) — ERIC FEFERBERG / AFP
  • Le dispositif de surveillance des cancers des Bouches-du-Rhône, mis en place en 2010, a livré ses premiers résultats.
  • Des trois cancers étudiés, celui de la vessie a un taux d’incidence plus élevé qu’ailleurs en France : 80 % pour les femmes et 55 % pour les hommes.
  • Plus encore, ces cancers de la vessie sont plus nombreux à Marseille et dans le sud-est du département, que dans la zone industrielle de l’Etang-de-Berre.
  • D’autres résultats seront publiés en 2020, pour déterminer plus précisément les liens avec le tabagisme et la pollution de l’air.

On attendait des données parlantes sur la zone industrielle de l’Etang de Berre, mais c’est sur Marseille et le sud-est du département qu’une étude inédite tire la sonnette d’alarme. Les premiers résultats de l’Observatoire des cancers dans les Bouches-du-Rhône, rendus publics ce mercredi, révèlent en effet que le risque de développer un cancer de la vessie y est beaucoup plus fréquent qu’ailleurs en France : de 80 % chez les femmes et 55 % chez les hommes, pour qui le nombre de ces cancers reste toutefois bien plus élevé (avec 1.735 nouveaux cas enregistrés localement entre 2013 et 2016, contre 395 pour les femmes).

Plus encore, l’étude permet pour la première fois de disposer de données à l’échelle des villes. Et alors que l’observatoire a, notamment, été créé pour répondre à l’inquiétude des habitants du pourtour de l’Etang de Berre, les mauvais résultats se concentrent ailleurs: pour les hommes, sur la ville-centre et 20 communes situées au sud-est, parmi lesquelles Aubagne ou encore Cassis et la Ciotat. « Pour les femmes, les zones à risque élevé se retrouvent plutôt dans les arrondissements du centre et de l’est de Marseille (les 1er, 4e, 5e, 6e, 7e, 8e, 10e, 11e et 12e) et à la Penne-sur-Huveaune », détaille le Dr Laurence Pascal, de Santé Publique France.

Tabagisme et pollution de l'air

« Pour les trois cancers étudiés, à savoir ceux de la vessie, du rein, et les leucémies aiguës myéloïdes de l’adulte, les communes du pourtour de l’Etang de Berre n’ont pas de zones d’incidence élevée », ajoute-t-elle. « Ce constat est rassurant », salue ainsi Karine Huet, déléguée départementale de l’ARS Paca, qui entend prochainement restituer ces résultats aux habitants, lors d’une réunion. 

Mais comment expliquer une telle répartition hétérogène concernant le cancer de la vessie ? Selon Laurence Pascal, les « niveaux socio-économiques de la population n’interviennent pas à cette échelle communale » et « ce type d’études ne permet pas de faire le lien avec une exposition environnementale ou professionnelle. » Des analyses complémentaires vont ainsi être menées, à un niveau géographique infra-communal cette fois, avec deux indicateurs en ligne de mire : le tabagisme, en croisant notamment les données avec celles du taux de mortalité du cancer du poumon, et la pollution. « La pollution de l’air  est un facteur suspecté pour le cancer de la vessie, c’est quelque chose qu’on étudiera avec AtmoSud », assure Laurence Pascal.

D’autres résultats, plus précis, doivent ainsi être publiés à l’horizon 2020. « D’ici là, il va falloir mener des actions de sensibilisation pour aller toucher les populations sur ces territoires de surincidence », annonce Karine Huet, de l’ARS Paca. Sans compter le travail avec les médecins généralistes et les urologues. Trop souvent encore, le cancer de la vessie serait traité comme un « cancer d’homme ». « Notre objectif est que ce cancer soit identifié et pris en charge tôt, explique Laurence Pascal. Chez la femme, on n’y pense pas tout de suite, souvent il passe en premier lieu pour une infection urinaire. C’est un cancer auquel il faut penser, d’autant plus qu’il est amené à progresser dans les années à venir. » Et cela, de façon presque mathématique : le tabagisme des femmes a commencé dans les années 1950-1960, et les cancers de la vessie sont des cancers du sujet âgé, qui apparaissent le plus souvent au-delà de 75 ans.