Paracétamol: Tout comprendre à la nouvelle alerte sur le risque de surdosage

MEDICAMENT L'Agence du médicament demande aux industriels d'afficher sur les boîtes de Doliprane, Fervex et autres Efferalgan un message pour éviter les surdosages

Oihana Gabriel

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Une personne pose avec des boîtes de Doliprane sur le site du groupe Sanofi-Aventis à Lisieux, le 28 octobre 2009
Une personne pose avec des boîtes de Doliprane sur le site du groupe Sanofi-Aventis à Lisieux, le 28 octobre 2009 — Mychele Daniau AFP
  • L'Agence nationale de sécurité du médicament demande aux industriels d'aposer sur toutes les boîtes de médicaments contenant du paracétamol un nouveau logo et message d'information. 
  • En cause: le risque de surdosage de cet antalgique qui peut attaquer le foie. 
  • Pourquoi cette alerte? Quelles sont les bonnes pratiques à avoir? «20 Minutes» fait le tour des questions sur ce médicament le plus prescrit et utilisé en automédication. 

La plupart des pharmacies familiales en regorgent. Mais peu de Français savent que le paracétamol, cette molécule présente dans le Doliprane, Efferalgan, Fervex et Dafalgan peut se révéler dangereuse. Il y a un an, le 12 juillet 2018, la procureure de Strasbourg dévoilait que le décès de Naomi Musenga, cette jeune femme qui n’avait pas été prise à temps par les urgences, était lié à un surdosage de paracétamol. Une information qui avait surpris et alerté sur les dangers du surdosage du médicament le plus consommé de France…

Ce mardi, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a tranché : pour mieux informer les patients, elle demande aux industriels de faire figurer sur toutes les boîtes contenant du paracétamol un logo et des informations pour limiter cette surconsommation aux conséquences potentiellement mortelles. 20 Minutes fait le tour des questions que cette alerte pose.

Pourquoi cette alerte ?

Le paracétamol est une molécule présente dans 200 médicaments courants, qui soulagent fièvres comme douleurs chez l’adulte et l’enfant. « Utilisé à bon escient, le paracétamol est un médicament sûr et efficace », rassure l’ANSM dans un communiqué. Le problème, c’est le surdosage. Qui peut prendre plusieurs formes : soit le patient a avalé trop de comprimés en une fois, soit il n’a pas assez attendu entre chaque prise ou encore il cumule plusieurs médicaments avec du paracétamol.

« Ce n’est pas une alerte, une inquiétude nouvelle, mais un problème de fond, insiste Dominique Martin, directeur général de l’ANSM. Ce médicament est très largement consommé, parfaitement toléré dans la plupart des cas, avec très peu d’effets secondaires. Le risque est très rare, mais extrêmement grave. »

A quoi va ressembler ce message d’information ?

« Surdosage = danger. Dépasser la dose peut détruire le foie ». Voilà le message choisi par 85 % des participants à une consultation publique menée par l’ANSM. Un message écrit en majuscule et en rouge, précédé d’un triangle d’alerte sur la face avant des boîtes de paracétamol. Un logo que Le Parisien dévoile ce mardi. En plus, la boîte affichera au verso des informations pédagogiques rappelant la dose maximale par prise et par jour, le respect du délai entre deux prises, exclusion de la prise d’un autre médicament contenant du paracétamol…. « Puisqu’on est largement dans de l’automédication, mettons l’information directement sur la boîte, n’importe quel patient qui pioche dans sa pharmacie sera ainsi au courant du danger, reprend Dominique Martin. Le paradoxe, c’est que le paracétamol est perçu comme sûr, on peut donc l’utiliser en automédication, mais si vous le prenez dans de mauvaises conditions, il peut être mortel. »

Autre dispositif pour limiter le surdosage : pour les médicaments à base de paracétamol associé à une autre substance active, un autre logo devra apparaître sur la face avant de la boîte : « Surdosage = Danger. Ne pas prendre un autre médicament contenant du paracétamol » Une démarche importante, juge Christophe Bureau, secrétaire général de la Société française d’hépatologie : « dans un certain nombre de préparations, on ne devine pas forcément qu’il y a du paracétamol. Voilà pourquoi il fallait informer sur cette prise de paracétamol "cachée". » L’ANSM a donné neuf mois aux industriels qui commercialisent ces traitements pour que les boîtes soient modifiées.

Illustration de comprimés de paracétamol.
Illustration de comprimés de paracétamol. - Pixabay

Quels sont les risques du paracétamol ?

La mauvaise utilisation du paracétamol est la première cause d’hépatite toxique et de greffe hépatique d’origine médicamenteuse en France. « Il faut différencier le surdosage et le mésusage, tranche Christophe Bureau. Pour le surdosage, c’est un patient en bonne santé qui prend plus de 6 g en une journée, le paracétamol va devenir toxique car il s’accumule dans le foie, organe qui permet l’épuration du sang en particulier des médicaments. Cette personne risque donc de développer une hépatite aiguë grave : le foie est détruit, elle risque de mourir et va avoir besoin d’une greffe. Dans la majorité des cas, ce surdosage est volontaire. Le mésusage en revanche, concerne des patients fragiles qui en prenant une dose habituellement tolérée par le foie, maximum 3g par jour, peuvent avoir une hépatite. Il s’agit de patients qui consomment chroniquement de l’alcool, qui sont dénutris, qui ont des maladies du foie comme la cirrhose… »

Quelles sont les bonnes pratiques à avoir ?

Pour l’ANSM, la recommandation se résume ainsi : « La dose la plus faible, le moins longtemps possible ». Mais pour être plus au clair, il faut attendre six heures entre deux prises de paracétamol et ne pas dépasser 4000 mg (4 comprimés) par jour. Surtout, il faut se renseigner pour vérifier que l’on ne consomme pas plusieurs médicaments contenant du paracétamol. Autre conseil : « commencer par un cachet de 500 mg avant d’avaler 1 g », suggère Dominique Martin. Quant aux enfants, Arnaud De-Verdelhan de la Direction de la surveillance de l’ANSM rappelle que les parents « doivent s’informer auprès de leur médecin ou pharmacien car la dose à donner dépend de l’âge et du poids de l’enfant ».

Pour vérifier que cette information sur les boîtes limite les dégâts, l’ANSM a prévu deux processus de suivi : voir quelles sont les causes des greffes hépatiques grâce à un accord avec l’Agence de Biomédecine et surveiller avec la pharmacovigilance, qui fait remonter des signaux de la part des professionnels de santé et patients, les cas d’hépatites et de décès.

Quelle est la consommation des Français en paracétamol ?

« Le paracétamol est le médicament le plus couramment prescrit et utilisé, comme antalgique (antidouleur) ou antipyrétique (enfièvre) chez les adultes et les enfants », souligne l’ANSM. Concernant le Doliprane (Sanofi) et Efferalgan/Dafalgan (UPSA), il s’en vend près de 14 boîtes par seconde ou 422 millions de boîtes par an en France. Et les Français n’ont pas fini de gober ces pilules… « La consommation du paracétamol a augmenté de 53 % en dix ans et les ventes de comprimés d’1 g ont fait un bond de 140 %, ce qui traduit une banalisation », insiste Arnaud De-Verdelhan de l’ANSM. « Attention, c’est un bon médicament, il n’y a aucune raison de s’en priver quand on a une douleur, nuance Dominique Martin. L’important, c’est de respecter les doses. »