Alertes aux orages: Projection, brûlures, irritations… Quels sont les effets de la foudre sur le corps humain?

ECLAIRS Des acouphènes à la paralysie en passant par la dépression, la foudre peut avoir de multiples conséquences sur la vie de ceux qui lui survivent

Lucie Bras

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Image d'illustration d'un éclair au-dessus d'une ville.
Image d'illustration d'un éclair au-dessus d'une ville. — Pixabay/ Neja5
  • Dimanche, près d’Antibes, un enfant d’une dizaine d’années qui se trouvait sur une plage a été touché par la foudre. Il est aujourd’hui en urgence absolue.
  • Météo France a placé six départements en vigilance orange aux orages ce lundi : elle suit de près une alerte similaire dans l’est de la France.
  • Acouphènes, paralysie, crise cardiaque… 20 Minutes s’est penché sur les effets de la foudre sur le corps humain.

L’orage s’est abattu d’un coup sur la plage des Vieux-Rochers, à Vallauris (Alpes-Maritimes). Dimanche, dans cette commune près d’Antibes, un enfant d’une dizaine d’années a été frappé par la foudre alors qu’il se baignait avec son père. Hospitalisé, il est en état d’urgence absolue. Comme lui, une centaine de personnes sont touchées par ce type d’accident chaque année en France. Alors que Météo France a de nouveau déclenché une alerte orange aux orages pour les jours à venir, 20 Minutes s’est intéressé aux conséquences de la fulguration (terme utilisé quand une personne survit à un choc de foudre).

En termes de chiffres, la foudre, c’est 100 millions de volts, 30.000 ampères. Cette électricité naturelle atmosphérique est stockée par un nuage, qui, à saturation, se décharge vers le sol. « La chaleur dégagée peut atteindre 30.000 degrés. Ça laisse perplexe quant à la survie de la personne touchée », reconnaît Christian Virenque, professeur émérite au CHU de Toulouse, spécialiste de la foudre. Et pourtant, 70 % d’entre elles survivent, estime le professeur. Les 30 % restants sont des foudroyés : c’est-à-dire qu’ils décèdent au moment du choc. Pour ces personnes, « l’énorme masse d’énergie reçue "coagule" le sujet, comme lors d’une exécution capitale par la chaise électrique », peut-on lire dans un document produit par le chercheur en kéraunopathologie et médecine kéraunique (le nom de la médecine de la foudre). Le décès peut aussi survenir après un arrêt cardiaque ou respiratoire, si un massage n’est pas prodigué dans les quelques minutes suivant le choc.

Projeté sur 15 mètres

L’accident en lui-même est souvent très impressionnant. « C’est un instantané. Parfois, il y a une perte de connaissance immédiate, le sujet voit un flash énorme et entend le tonnerre en simultané. Souvent, la personne est projetée, parfois jusqu’à 15 mètres, avec toute l’énergie qui lui tombe dessus et qui déchire ses vêtements », explique le spécialiste. Le phénomène peut également toucher plusieurs personnes en même temps. Début juin, un groupe d’enfants qui jouaient au foot ont été fulgurés dans le Pas-de-Calais. « Le terrain de foot était très dégagé, sans risque particulier : un enfant a eu un arrêt cardiaque et plusieurs personnes ont été transportées au CHU de Lille en réanimation. D’autres enfants ont été plus légèrement blessés et d’autres n’ont pas eu de manifestation particulière, à part la peur », note Christian Virenque.

Ces différences se retrouvent au niveau des symptômes décrits par les fulgurés, et qui restent un mystère pour la médecine. « Aucun fulguré ne se ressemble. Plus on voit de cas, plus on est persuadé qu’il n’y a pas de profil typique. Chacun a son tableau », explique le professeur. « L’arrêt cardiaque n’est pas la seule conséquence d’une fulguration. Le plus spectaculaire, ce sont les brûlures. Normalement, à 30.000 degrés, on est carbonisé, mais là, on observe une dilution sur la peau. On constate donc des traces de brûlure au premier ou deuxième degré, pas si grandes que ça. »

Les figures de Lichtenberg en font partie. Ces brûlures, en forme de fougère ou d’arborescence, se figent sur la peau et sont caractéristiques des fulgurés. « C’est une brûlure sous-cutanée très légère du premier degré, comme un tatouage. Ça ne dure que quelques minutes. C’est une espèce de signature qui authentifie la foudre. » La brûlure de la foudre peut aussi aveugler le patient.

Des fulgurés souvent victimes d’un choc post-traumatique

Dans les minutes ou les heures suivant le choc, d’autres symptômes peuvent se présenter. « On voit des gens qui ne peuvent plus écrire, plus parler, qui ont des acouphènes, des bruits dans les oreilles dont ils ne peuvent plus se débarrasser, qui restent parfois des années. Certains ont les quatre membres paralysés, ils ne bougent plus du tout, ça dure jusqu’à 48 heures et ça passe », raconte le spécialiste. « On peut avoir une sensation de membre anesthésié, ou au contraire une excitation de la sensibilité, avec des fourmillements, des irritations… » C’est le résultat du passage du courant à travers les muscles, les nerfs et le cerveau.

Ces effets sont réversibles dans la majorité des cas. « A l’inverse de la dimension psychologique », prévient Christian Virenque. « C’est un phénomène qui vous marque définitivement. Au début, les gens sont euphoriques d’avoir survécu, mais quelques jours à quelques semaines après, on voit survenir une dépression, mais aussi un syndrome post-traumatique. C’est une sorte de réveil du phénomène qui va vous empêcher de dormir, de travailler ou de vivre en famille… », décrit celui qui lance actuellement un groupe de travail pour faire avancer la recherche sur les fulgurés.

Ces accidents aux conséquences parfois dramatiques peuvent être évités en prenant des précautions simples. « On demande aux gens de ne jamais se baigner quand il y a de l’orage, de ne pas être à proximité d’arbres ou de structures métalliques. Il faut plutôt se mettre à l’abri, dans une voiture, par exemple », rappelle le capitaine Eric Brocardi, membre de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. Ce type de phénomène peut arriver à tout moment, à l’extérieur comme à l’intérieur (via des appareils électriques branchés), directement ou indirectement, rappelle-t-il. Si une personne est malgré tout touchée par la foudre, le capitaine rappelle deux réflexes vitaux à adopter si l’on est témoin de ce type de scène : appeler les pompiers et être capable de se géolocaliser en étant précis, pour être retrouvé le plus rapidement possible par les secours.