Douai: Un député incognito a testé l'attente dans un service d'urgences

HÔPITAL Après son expérience, l’élu communiste a dénoncé une situation dramatique

Mikaël Libert
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Un service d'urgences dans un hôpital (illustration).
Un service d'urgences dans un hôpital (illustration). — M.Libert / 20 Minutes
  • Le député communiste Alain Bruneel a passé une nuit aux urgences de Douai.
  • Il y était incognito pour se rendre compte de la situation à l’hôpital.
  • Après six heures dans le service, il en est ressorti avec un constat « dramatique ».

« Ô temps, suspends ton vol ! » Alphonse de Lamartine aurait pu écrire ce vers s’il avait testé le service des urgences de l’hôpital de Douai, dans le Nord. Le député communiste du Nord, Alain Bruneel, l’a fait, lui. Incognito, l’élu a passé toute une nuit sur un brancard à attendre. Il en est ressorti avec le constat amer d’une situation « dramatique ».

Aujourd’hui, de nombreux services d’urgences d’hôpitaux français sont en grève, notamment en raison d’un manque de moyens et de personnels. Celui du CHR de Lille a d’ailleurs rejoint le mouvement ce mardi. Mais le malaise ne date pas d’hier, c’est pourquoi, depuis janvier 2018, plusieurs députés communistes ont entamé un « tour de France des hôpitaux ».

Mais Alain Bruneel a voulu aller plus loin. Vendredi dernier, à 21h30, il a poussé la porte des urgences de Douai, prétextant des maux de ventre. « A cette heure, il y a encore des agents administratifs pour prendre tous les renseignements, cela a donc été relativement rapide », explique le député. L’étape suivante consistait à être vu par une infirmière de régulation.

« Sauf qu’après 22h, ça se corse »

Dans la nouvelle salle d’attente, deux infirmières sont chargées d’orienter les patients en fonction de leur pathologie. Elles doivent en plus répondre au téléphone, et s’occuper de renseigner les familles. « Pourtant, on est venu me voir après dix minutes seulement, pour prendre ma température, ma glycémie et m’orienter vers la zone des cas semi-lourds », poursuit l’élu. Sauf qu’après 22 heures, ça se corse : « Les deux infirmières récupèrent en plus les tâches de l’agent administratif qui a terminé son service », assure Alain Bruneel.

Une longue attente commence alors pour le député, installé sur un brancard, dans un couloir avec 14 autres patients. « On nous annonçait 3h20 de délai pour voir un médecin, mais c’est passé à six heures. Une infirmière est passée une fois. Le reste du temps, les patients s’entraidaient soit pour se redresser, soit pour demander à aller aux toilettes », raconte le communiste.

Le médecin, Alain Bruneel l’a finalement vu à 3h30 du matin. « Et tu as eu de la chance », lui a lancé une infirmière qu’il connaissait. « Aux urgences, ça n’arrête jamais. Le personnel court toujours partout. A Douai, 200 patients étaient passés avant moi et il en restait une cinquantaine à 3 heures du matin », poursuit-il. Ce constat « dramatique », l’élu l’a fait dans les 60 hôpitaux qu’il a visités. « La ministre nous assure d’une réorganisation pour 2022. Mais le personnel est à bout de souffle. C’est maintenant qu’il faut agir », insiste-t-il.