Homéopathie: La Haute Autorité de santé vote pour le déremboursement

MEDICAMENTS Cette conclusion très attendue confirme un avis provisoire rendu mi-mai par la Haute Autorité de santé (HAS)

20 Minutes avec AFP

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Image d'illustration du rayon homéopathie d'une pharmacie.
Image d'illustration du rayon homéopathie d'une pharmacie. — GUILLAUME SOUVANT / AFP

Son efficacité n’étant pas prouvée, l'homéopathie ne doit plus être remboursée par la Sécurité sociale, estime la Haute Autorité de santé (HAS). Adopté mercredi par la commission de la transparence de la HAS, cet avis définitif ne doit être rendu public que vendredi par l'organisme. Cette conclusion très attendue, qui confirme un avis provisoire rendu mi-mai, marque la fin du processus d’évaluation scientifique de l’homéopathie.

En revanche, elle ne marque pas celle du débat sur son déremboursement, puisqu’il revient maintenant au gouvernement de prendre la décision. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a affirmé à plusieurs reprises qu’elle suivrait l’avis de la commission de la transparence de la HAS. Selon Libération, qui a pu consulter l'avis, la « commission de la transparence de la Haute Autorité de santé a voté ce mercredi à la très grande majorité (une seule voix contre) le déremboursement des produits homéopathiques ».

Le quotidien avait déjà révélé mi-mai la teneur du projet d’avis de l’organisme, pourtant censé demeurer confidentiel. Au-delà des arguments scientifiques, les pro-homéopathie veulent déplacer le débat sur le terrain politique en tentant de mobiliser leurs troupes. Labos, homéopathes et usagers ont lancé une campagne médiatique soutenue par des élus, « Mon homéo, mon choix », avec une pétition qui revendique pour l’heure plus d’un million de signatures. Ils ont appelé à des manifestations, à Paris sur l’esplanade des Invalides et à Lyon place de la Comédie, vendredi à 10h30.

Près de 127 millions d’euros de remboursement en 2018

La HAS doit rendre son avis public juste avant, lors d’une conférence de presse à deux pas des Invalides. Elle avait été saisie par Agnès Buzyn en août 2018, pour évaluer le bien-fondé du remboursement de l’homéopathie. Controversée au sein du corps médical, cette technique consiste à administrer au patient des substances en quantité infinitésimale, diluées à l’extrême dans de l’eau.

Certains médicaments sont remboursés à 30 % par la Sécurité sociale à la faveur d’un régime dérogatoire, leur efficacité n’ayant pas été évaluée scientifiquement jusqu’à présent. L'an dernier, le remboursement de l'homéopathie a représenté 126,8 millions d'euros sur un total d’environ 20 milliards pour l’ensemble des médicaments remboursés, selon l’Assurance-maladie. Le débat sur le déremboursement est revenu à plusieurs reprises sur le devant de la scène ces dernières années.

Un coup dur pour les fabricants

Il a été relancé de façon spectaculaire en mars 2018, avec la publication d’une tribune véhémente contre l’homéopathie et d’autres « médecines alternatives » signée par 124 médecins. Depuis, ces médecins ont créé un collectif nommé Fakemed. Un déremboursement serait un coup dur pour les trois laboratoires fabricants, le Français Boiron (leader mondial), le Suisse Weleda et l’Allemand Lehning.

Boiron réalise 60 % de ses ventes en France sur des produits homéopathiques remboursables, soit 215 millions d’euros. Sur ce total, les produits dont les patients demandent effectivement le remboursement à l’Assurance-maladie, rapportent 150 à 160 millions d’euros au labo. En cas de déremboursement, le groupe lyonnais anticipe une baisse de 50 % des ventes sur ses produits remboursables la première année, puis de nouveau 50 % la deuxième. Les labos assurent que cela menacerait 1.000 emplois chez Boiron en France (sur près de 2.500) et 300 chez Weleda et Lehning.