Canicule: Va-t-on vraiment avoir une température ressentie de 50 degrés?

IL FAIT CHAUD A l’occasion de cet épisode caniculaire qui touche la quasi-totalité du pays, des températures ressenties de 50 degrés ont été annoncées

Anissa Boumediene

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Avec un thermomètre frôlant les 40 degrés, peut-on avoir une température ressentie de 50 degrés?
Avec un thermomètre frôlant les 40 degrés, peut-on avoir une température ressentie de 50 degrés? — ALLILI MOURAD/SIPA
  • La France connaît cette semaine un épisode de canicule.
  • Pour l’heure, 53 départements ont d’ores et déjà été placés en vigilance orange canicule, avec des températures qui localement dépasseront les 40 degrés dans la seconde moitié de la semaine.
  • Des températures ressenties de 50 degrés ont été annoncées, mais est-ce possible ? Quel rôle joue l’humidité là-dedans ?

On sue à grosses gouttes. On se traîne. Et on prie pour que nos voisins dans les transports n’aient pas zappé de mettre du déo. L’été est là, la canicule aussi. Avec des températures exceptionnelles pour un mois de juin, les prévisions météos annoncent un mercure qui frôlera les 40 °C par endroits, et 53 départements sont placés en vigilance orange canicule. Et comme s’il ne faisait pas assez chaud comme ça, les températures ressenties devraient friser les 50 °C ! Mais pourquoi notre corps perçoit-il une chaleur plus élevée que la réalité ? Quels facteurs influent sur notre perception des températures ? Et déjà, c’est quoi les températures ressenties ?

Plusieurs paramètres pour évaluer les températures ressenties

Pour notre tête et notre corps, risque-t-il vraiment de faire jusqu’à 50 °C ? Selon des cartes météo qui ont fleuri notamment sur les chaînes d’info, oui, on va bien frôler l’ébullition caniculaire (et la crise de panique).

Mais en pratique, c’est un peu plus compliqué que ça. Cette chaleur ressentie serait l’alliance de températures élevées et d’un taux d’humidité important. La combinaison des deux provoquant une sensation étouffante. Vous avez d’ailleurs peut-être entendu parler de l’indice Humidex, selon lequel le taux d’humidité dans l’air augmente les températures ressenties ? « Cet indice a été créé au Canada pour calculer l’inconfort provoqué par une chaleur humide, mais ce critère seul ne suffit pas, explique Pascal Scaviner, responsable du service prévisions de La Chaîne Météo. Nous avons développé un algorithme à partir duquel les températures ressenties sont évaluées selon une combinaison de quatre paramètres différents : le taux d’humidité, mais aussi la température prévue sous abri, l’ensoleillement et le vent moyen », poursuit-il.

Mais « on ne mesure pas à proprement parler les températures ressenties, c’est un indice sans unité, précise François Jobard, prévisionniste à Météo France. Donc dire que l’on aura des températures ressenties de 50 °C apporte de la confusion. Mais il est vrai que ces prochains jours, la chaleur sera par endroits assez humide et qu’une chaleur humide provoque davantage d’inconfort qu’une chaleur sèche ». Pourquoi ? Parce que le corps n’a pas la même capacité de régulation selon que la chaleur est sèche ou humide. Dans le premier cas, l’organisme régulera sa température en transpirant : la sueur, qui s’évacue par les pores de la peau, s’évapore et permet au corps de rester à bonne température. En cas de chaleur humide en revanche, l’air étant déjà chargé en eau, l’organisme aura beaucoup plus de difficultés à se réguler par la transpiration, d’où cette impression de chaleur lourde, collante et suffocante. « Et si en plus de l’humidité grimpante, il n’y a pas d’air, l’inconfort sera maximal », ajoute Pascal Scaviner, de La Chaîne Météo. Le risque sanitaire lié à cette vague de chaleur est ainsi d’autant plus élevé qu’elle « s’accompagne d’un très fort taux d’humidité », ce qui augmente la « chaleur ressentie », a confirmé ce lundi Agnès Buzyn.

« On risque de battre des records absolus de chaleur »

Pour les prévisionnistes, cette semaine de canicule est particulière, à la fois par son caractère prématuré et par son intensité. « De telles températures sont exceptionnelles pour un mois de juin, insiste François Jobard. Et avec cet épisode caniculaire, le mercure va tellement grimper que l’on risque de battre des records absolus de températures », prévient-il. La masse d’air venue du Sahara va pousser le thermomètre au-delà des 40 °C dans la seconde moitié de la semaine, dès mercredi. Des records vont ainsi être établis pour un mois de juin voire « localement tous mois confondus ». Le jour le plus chaud se situera entre jeudi et vendredi.

La canicule, qui implique au moins trois jours et trois nuits au-delà d’un certain seuil de température (différent selon les régions), devrait s’étendre au-delà du week-end au moins sur une large moitié du sud-est, indique Météo-France. Et aucune région ne devrait être épargnée par les pics, y compris le nord-ouest en fin de semaine. Après les vallées de la Loire, du Massif Central, du Rhône et l’arrière-pays provençal, la chaleur va gagner mardi le nord-est, avant de s’étendre entre mercredi et jeudi.

Îlots de chaleur urbains et nuits tropicales

Si au moins on pouvait se rafraîchir la nuit et dormir du sommeil du juste ! Eh bien cela va être compliqué cette semaine. Lors de cet épisode caniculaire qui va durer toute la semaine, les températures resteront élevées la nuit, « avec un mercure au-dessus des 20 °C sur une bonne partie du pays, voire 25 °C localement, en particulier dans les centres urbains, indique François Jobard. Or, l’inconfort est maximal lorsqu’il continue de faire très chaud une fois la nuit tombée, alerte le prévisionniste. Des températures minimales élevées sont d’ailleurs l’un des indices biométéorologiques sur lesquels nous déterminons l’indice de vigilance canicule ».

Ceux qui habitent en campagne, où la verdure est beaucoup plus présente qu’en ville, savoureront leur chance. « En campagne, il y a une déperdition de chaleur à la tombée du jour, et on ressentira plus de fraîcheur », expose le prévisionniste. En revanche, dans le centre des grandes villes urbaines, avec les températures nocturnes annoncées, les nuits prochaines s’annoncent tropicales.

« Dès lors, il va être difficile de se reposer la nuit, la température élevée occasionnant des troubles du sommeil, poursuit François Jobard, de Météo France. Et ce sera pire dans le cœur des grandes villes : en raison de la densité humaine, du manque d’arbres, mais aussi de tout le béton des immeubles, des bâtiments, des trottoirs et de la chaussée, qui va absorber de la chaleur durant la journée et va restituer cette chaleur emmagasinée le soir venu, comme un radiateur. C’est ce qu’on appelle l’effet îlot de chaleur urbain, qui explique d’ailleurs que le cœur des grandes villes affiche une température plus élevée qu’en banlieue ». Une différence pouvant aller de 5 à 10 degrés. Paris, Lyon, Grenoble ou encore Clermont-Ferrand comptent parmi les villes où cet effet d’îlot de chaleur urbain est le plus fort.

On n’oublie donc pas les bons réflexes pour se protéger des fortes chaleurs.