Ecrans, dépistage insuffisant, mauvaises pratiques… Alerte sur la santé visuelle des Français, et en particulier des 16-24 ans

SONDAGE A l’occasion de la publication de son baromètre de la santé visuelle, l’association nationale pour l’amélioration de la vue demande un meilleur dépistage, notamment pour les jeunes, dont les problèmes de vue risquent de s’aggraver

Oihana Gabriel

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Une jeune fille portant ses lunettes devant sa tablette. Selon le baromètre 2019 de la santé visuelle de l'Asnav, 15% des jeunes de 16-24 ans n'ont jamais consulté un ophtalmologue.
Une jeune fille portant ses lunettes devant sa tablette. Selon le baromètre 2019 de la santé visuelle de l'Asnav, 15% des jeunes de 16-24 ans n'ont jamais consulté un ophtalmologue. — Pixabay
  • Le 15e baromètre de la santé visuelle des Français, seule étude sur le sujet, dévoile ce jeudi que la vision préoccupe, mais que les bons réflexes ne sont pas acquis, surtout chez les 16-24 ans.
  • Or, avec les écrans qui emplissent le quotidien, prendre soin de ses yeux devient de plus en plus important.
  • L’association, qui représente la filière, liste trois pistes pour que jeunes et moins jeunes puissent voir loin et longtemps.

A quoi bon chausser ses lunettes quand on enfourche son scooter ? C’est une question qu’il faudrait sans doute ajouter à l’examen pour passer son code… La prévention côté santé visuelle a encore quelques progrès à faire, si l’on en croit l’Association pour l’amélioration de la vue (Asnav). Elle a publié ce jeudi son 15e Baromètre de la santé visuelle des Français, avec l’Institut de sondage OpinionWay*. Et alerte sur les mauvaises habitudes et les yeux abîmés des Français en général, et des 16-24 ans en particulier.

Des jeunes négligents avec leur santé visuelle

Les effets indésirables de la lumière bleue diffusée par nos multiples écrans commencent à faire du bruit. En mai 2019, un rapport de l’ANSM mettait un coup de projecteur sur la toxicité des led  pour les rétines. Or, sans surprise, les jeunes forment la communauté la plus exposée aux écrans. Selon le baromètre de ce jeudi, les 16-24 ans interrogés passent en effet autour de 3h30 par jour sur leur smartphone et 2h47 sur leur ordinateur. Corollaire peu étonnant : un jeune sur deux se plaint de fatigue visuelle. Et c’est 9 points de plus qu’en 2017. Problème : ils ne changent pas leurs habitudes. En effet, 34 % d’entre eux ne font rien pour soulager leurs yeux, comme prendre rendez-vous chez le médecin. Plus inquiétant, cette étude révèle que 15 % de ces jeunes n’ont jamais consulté un ophtalmologue.

41 % des 16-24 ans conduisent leur voiture sans lunettes

Au quotidien, les bonnes habitudes sont encore méconnues ou peu respectées. « Les jeunes sont à la fois très consommateurs d’écrans et très négligents avec leur santé visuelle », résume Jean-Félix Biosse Duplan, délégué général de l’Asnav. En effet, 65 % des 16-24 ans ne font aucune pause régulière devant un écran. « Ne comptez pas sur nous pour dire qu’il faut supprimer tous les écrans, ce serait irréaliste, mais on peut consommer autrement », prévient le délégué général. Notamment en respectant la règle des 4 x 20 : prendre une pause de 20 secondes toutes les 20 minutes en regardant à 20 pas et en clignant 20 fois des yeux.

Pire, cette étude montre que les jeunes dont les myopies, hypermétropies ou astigmatismes ont déjà été détectés et corrigés snobent leurs lunettes… et de plus en plus. En 2019, plus d’un jeune sur deux ne porte pas ses verres devant un écran. Par oubli ou par souci d’esthétisme, cette mauvaise habitude n’est pas abandonnée quand ils prennent le volant : 41 % des 16-24 ans (qui portent une correction) conduisent leur voiture sans lunettes… et 37 % leur scooter. Un chiffre impressionnant qui augmente : c’est 15 points de plus qu’en 2018 pour les automobilistes et 20 % de plus pour les amateurs de deux-roues… « Ces chiffres traduisent un relâchement des bons gestes », conclut Frédéric Micheau, directeur des études chez OpinionWay.

Illustration d'un oeil. Presque tous les Français peuvent donner leur cornée, après leur décès, même âgés et avec des problèmes de vue.
Illustration d'un oeil. Presque tous les Français peuvent donner leur cornée, après leur décès, même âgés et avec des problèmes de vue. - pixabay

Les Français pas assez branchés prévention

Pour l’Asnav, tous les voyants sont au rouge. Car les jeunes ne sont pas les seuls mauvais élèves de cette étude. Le baromètre s’est en effet aussi penché sur la santé visuelle de la totalité des Français. Et montre que si la vue est devenue, pour la première fois depuis dix ans, leur sujet de préoccupation numéro 1 sur la santé, 23 % ne font contrôler leur vue que très rarement. « Il faut que le grand public soit sensibilisé sur l’importance de la prévention pour la santé visuelle avec la surconsommation des écrans, l’augmentation de la myopie et la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Une maladie qui peut rendre aveugle et qui touche en plus en plus de Français, de plus en plus tôt », plaide le délégué général.

Car un trouble de la vision peut avoir des conséquences multiples : retard ou échec scolaire, isolement Si la santé visuelle des nouveau-nés est censée être bien suivie, lors des divers rendez-vous obligatoires chez le pédiatre et d’une visite chez l’ophtalmologue conseillée avant 3 ans, beaucoup d’enfants passent sous les radars. « Systématiquement, quand nous pratiquons un dépistage dans les écoles, nous découvrons que 20 % des enfants ont un problème de vue non corrigé, avertit Jean-Félix Biosse Duplan. Or, ces enfants, quand on les dépiste et qu’on les équipe de lunettes, on change leur vie. »

Trois pistes pour améliorer le dépistage

Voilà pourquoi l’association liste trois grandes pistes pour améliorer la prévention à tout âge. Au premier rang desquelles la mise en place d’un dépistage national des jeunes en milieu scolaire. « On a besoin des pouvoirs publics pour qu’ils ouvrent les portes des écoles, lycées, facultés, des mairies, et que l’on puisse massifier le dépistage des troubles de la vision. » A l’image de l’opération pour les Journées de la vision, en octobre : les opticiens proposent des dépistages gratuits dans des écoles, les centres commerciaux ou directement dans leurs magasins. « Malheureusement, ces journées ne sont ni assez connues, ni assez soutenues, regrette Catherine Jégat, responsable de la communication de l’Asnav. Alors que cette prévention, qui peut se faire par de multiples canaux, serait peu coûteuse. »

A bord du Bus du glaucome, un médecin ophtalmologue et une orthoptiste assurent les consultations de dépistage.
A bord du Bus du glaucome, un médecin ophtalmologue et une orthoptiste assurent les consultations de dépistage. - A.BOUMEDIENE / 20 Minutes

Deuxième suggestion : doter les Français d’un carnet de santé de la vue. Pas sûr que le ministère de la Santé, qui tente d’installer dans les mœurs le Dossier médical partagé, un carnet numérique, ne se lance dans ce chantier. Troisième piste, rendre obligatoire le contrôle de la vue pour le permis de conduire. En effet, en France, s’il faut en théorie une acuité visuelle au moins égale à 5/10 et un champ visuel satisfaisant pour prendre le volant, la visite médicale n’est ni obligatoire, ni automatique pour obtenir son permis. Autant de propositions qui pourraient faire de l’œil au gouvernement, à la fois pour lutter contre l’insécurité routière, contre les difficultés scolaires liées à un problème de vue et pour limiter les dépenses de lunettes et autres lentilles.

* Etude réalisée selon un questionnaire en ligne du 2 au 11 avril 2019 auprès de 8.333 personnes et 309 jeunes.