Vaccins: Pourquoi la France est-elle toujours championne du monde du scepticisme?

PIQÛRE Selon une étude sortie ce mercredi, la France est en première position des pays les plus méfiants vis-à-vis des vaccins

Marie De Fournas

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Selon une étude réalisée dans 144 pays en 2018, la France est le pays le plus sceptique vis-à-vis des vaccins.
Selon une étude réalisée dans 144 pays en 2018, la France est le pays le plus sceptique vis-à-vis des vaccins. — Paul Vernon/AP/SIPA
  • Un sondage mondial Gallup pour l’ONG Wellcome assure qu’un Français sur trois ne croit pas que les vaccins soient sûrs.
  • Pour Lucie Guimier, docteure en géopolitique, il est possible de faire un parallèle entre la défiance vaccinale et la contestation envers le gouvernement.
  • Selon Jocelyn Raude, enseignant chercheur en psychologie sociale, d’autres polémiques, pas forcément en lien avec les vaccins, ont ébranlé l’image que les Français avaient de l’industrie pharmaceutique et des autorités sanitaires.

Mais pourquoi toujours nous ? Ce mercredi, l’institut de sondage américain Gallupa publié une étude* pour l’ONG britannique Wellcome portant notamment sur ce que pensent les gens des vaccins. Dans cette enquête mondiale, l’Hexagone arrive en première position des pays les plus sceptiques, avec un Français sur trois qui ne croient pas que les vaccins soient sûrs.

La France était déjà championne du monde du scepticisme en la matière en 2016. A cette époque, une étude de la London School of Hygiene and Tropical Medicine révélait que 41 % des Français interrogés accordaient moins de confiance dans la sûreté des vaccins. Et plusieurs facteurs peuvent expliquer que la France soit bien plus sceptique que les autres pays qui l’entourent, à niveau de développement égal.

Désobéissance citoyenne

Pour Lucie Guimier, docteure en géopolitique, l’une des causes principales se trouve dans notre rapport spécifique à l’Etat. « C’est en particulier à partir du moment où les gouvernements se sont impliqués et ont fait de la vaccination un objet de politique publique que les mouvements citoyens de résistance aux vaccinations se sont organisés », explique l’auteure d’une thèse sur les enjeux géopolitiques du refus vaccinal. Elle prend pour exemple la Monarchie de Juillet (1830-1848). « Au cours de cette période, les territoires où la vaccination – arrivée une trentaine d’années plus tôt - est la moins pratiquée sont bien souvent ceux qui résistent au représentant politique en place», ajoute-t-elle.

Et l’experte de citer un exemple plus récent : « On l’a vu ces derniers mois : les théories anti-vaccins ont beaucoup circulé parmi le mouvement contestataire des " gilets jaunes ". Cela démontre un parallèle entre la défiance vaccinale et la contestation gouvernementale. »

2009 : La bascule

A ça, il faut ajouter des événements particuliers qui ont favorisé cette défiance vis-à-vis du gouvernement, mais aussi des institutions médicales. « En 2000 et 2005, les enquêtes sur le sujet montraient que les Français étaient favorables à la vaccination à 90 %, alors que l’on est plutôt à 80 % aujourd’hui, observe Jocelyn Raude, enseignant chercheur en psychologie sociale à l’école des hautes études en santé publiques à Rennes. Il y a eu un basculement en 2009. Cette année-là, la vaccination contre la grippe A (H1N1) a fait polémique : 94 millions de doses ont été achetées, pour seulement 5 millions de personnes vaccinées. » Ce vaccin a également suscité la méfiance de l’opinion publique à cause de la rapidité de sa production, ainsi que le risque du syndrome de Guillain-Barré auquel il était associé.

D’autres polémiques, comme l’affaire du Mediator , par exemple, ont ébranlé l’image que les Français avaient de l’industrie pharmaceutique et des autorités sanitaires. « Ces scandales autour des questions de santé publique, même s’ils ne sont pas directement liés à la vaccination, ont contribué à ce qu’en France, le niveau de confiance envers les institutions soit l’un des plus bas d’Europe », assure Jocelyn Raude, qui travaille depuis une dizaine d’années sur la perception vaccinale en France.

Impossible de prévoir où penchera la balance

Pendant et suite à cette période de crise de confiance en l’autorité sanitaire, de nombreux acteurs du domaine de la santé, mais aussi des personnalités, ont critiqué les vaccins. « Contrairement à d’autres pays européens, leurs discours vaccinosceptiques vont être particulièrement relayés sur les réseaux sociaux, les blogs et via les médias. Peut-être parce qu’en France, on a le complexe d’Astérix : on aime bien les gens qui pensent à contre-courant, observe Jocelyn Raude. Ces différents acteurs ont réussi à imprimer dans l’esprit des gens que les vaccins pouvaient être dangereux. Derrière, il y a eu une baisse significative des vaccins contre les grippes chez les personnes âgées, et contre le papillomavirus chez les jeunes. »

« La confiance ou la méfiance envers les vaccins fluctuent au gré des contextes sociaux, et il est impossible de prévoir dans quel sens la balance penchera dans un an. Ce qu’on peut dire aujourd’hui, c’est que l’on sait que l’extension de l’obligation vaccinale, qui a été si décriée à son lancement, en janvier 2018, a eu impact positif auprès des indécis. Les autorités de santé publique ont noté une amélioration non négligeable des couvertures vaccinales chez les enfants concernés depuis cette mesure », conclue Lucie Guimier.

*L’étude Gallup pour l’ONG Wellcome a été réalisée en 2018 auprès de 140.000 personnes dans 144 pays.